Caribbean Tech Week : la Caraïbe numérique se donne rendez-vous en 2027

La Caribbean Tech Week revient du 28 février au 6 mars 2027 pour sa deuxième édition. Le festival a été lancé en 2026 par SiliconCaribe, la plateforme créée par Ingrid Riley, l’une des grandes figures du numérique dans la Grande Caraïbe. Il réunit pendant une semaine, dans plusieurs villes de la Caraïbe et de la diaspora, entrepreneurs, investisseurs, créateurs et décideurs du numérique. Le site officiel de l’événement, caribbeantechweek.com, présente désormais le programme et les modalités de participation de cette nouvelle édition.

Une semaine, plusieurs villes, une Caraïbe numérique

Le slogan de la Caribbean Tech Week résume le concept : « One Week. Many Cities. One Digital Caribbean. » (« Une semaine, plusieurs villes, une Caraïbe numérique »). Il ne s’agit pas d’un salon installé dans une seule ville. L’événement est décentralisé et hybride : il fédère des rencontres organisées localement, en présentiel ou en ligne, autour d’un calendrier commun. Le site officiel le présente comme une « plateforme connectée de découverte, d’apprentissage, de collaboration et d’opportunités ».

Pour 2027, le site annonce comme villes principales Kingston, Port-d’Espagne, Miami, Londres, Toronto et New York. D’autres territoires de la Caraïbe anglophone, francophone, hispanophone et néerlandophone pourront aussi participer. Les formats sont variés : hackathons, petits-déjeuners d’investisseurs, tables rondes sur les politiques publiques, dîners de fondateurs, concours de pitchs, lancements de produits, ateliers et podcasts enregistrés en direct.

Ingrid Riley, pionnière de la tech caribéenne

Derrière la Caribbean Tech Week se trouve Ingrid Riley, l’une des grandes figures du numérique dans la Grande Caraïbe.

Jamaïcaine, elle vient de la communication et du journalisme. Elle s’est ensuite tournée vers l’entrepreneuriat technologique, jusqu’à devenir l’une des pionnières de l’écosystème régional. Sa biographie officielle la présente comme une productrice d’événements et une « super-connectrice ». Elle la décrit aussi comme l’une des premières à avoir bousculé le secteur de la tech et de l’innovation dans la Caraïbe.

Elle a fondé SiliconCaribe, une plateforme d’information, de récits et de communautés consacrée à la tech et à l’innovation caribéennes. Elle a aussi créé Kingston BETA, présentée comme la première série durable de rencontres consacrées aux start-up technologiques dans la région. Selon le site officiel de l’événement, SiliconCaribe revendique près de 20 ans d’expérience et plus de 380 événements dans plus de 35 pays et villes. L’organisation affirme aussi avoir mis en relation plus de 150 000 personnes et facilité la mobilisation de plus de 10 millions de dollars, soit environ 8,8 millions d’euros, au profit de l’écosystème.

Son parcours a été plusieurs fois récompensé. En 2012, le titre de « Queen of Caribbean Tech » lui a été décerné par Caribbean Media. La même année, elle a reçu le Game Changer Award de la Private Sector Organisation of Jamaica. En 2013, Techlinks Caribbean Innovators lui a remis un autre prix Game Changer. En 2019, le magazine britannique Pitch l’a désignée « Caribbean Future Proofer ». Elle résume ainsi ce qui l’attire dans le numérique : il offre, selon elle, des « conditions équitables » aux talents de la Caraïbe et de la diaspora.

Un premier bilan en 2026

La première édition de la Caribbean Tech Week s’est tenue fin février 2026. Elle a rassemblé 10 villes hôtes, 15 événements et plus de 35 intervenants, pour une audience de plus de 500 000 personnes. Elle a été préparée en 40 jours.

Le programme en présentiel s’est déroulé du 23 au 27 février 2026 :

  • Miramar, en Floride, a accueilli une rencontre sur l’intelligence artificielle.
  • Newark, dans le New Jersey, a réuni la diaspora lors d’un mixer.
  • Kingston a célébré les 19 ans de Kingston BETA.
  • Curaçao a organisé une soirée consacrée à la blockchain.
  • Saint-Christophe-et-Niévès a tenu son propre mixer technologique.
  • Trinité-et-Tobago a proposé deux rendez-vous, l’un sur la blockchain et l’IA, l’autre réservé aux fondateurs de la fintech.
  • Saint-Martin a accueilli INNOVATE 2026, ce qui a ancré l’événement dans un territoire à la fois néerlandais et français.

En ligne, les participants ont débattu de l’inclusion financière en Haïti, du financement des start-up et du rapport entre intelligence artificielle, patrimoine et identité caribéenne. Ce dernier panel, organisé le 25 février par la Society for the Advancement of the Caribbean Diaspora (SACD), réunissait notamment Nicol Turner-Lee, directrice du Center for Technology Innovation, et Ezra S. Engling, archiviste de la culture caribéenne. Une table ronde régionale sur le thème « Are We There Yet? » a clos le programme le 2 mars.

5 priorités pour une région qui se structure

Le 24 février 2026, Ingrid Riley a publié une analyse des 5 tendances qui se dégageaient du programme :

  • Intelligence artificielle : une IA « caribéenne », envisagée comme une infrastructure essentielle et pensée à partir de l’identité et de la culture régionales.
  • Fintech : l’inclusion financière comme nécessité, de l’accès bancaire en Haïti aux nouveaux systèmes de paiement à Sainte-Lucie.
  • Financement : des fondateurs qui dépassent la recherche de subventions pour maîtriser le capital-risque et les réseaux d’investisseurs providentiels.
  • Blockchain : une technologie de coordination plutôt que de spéculation, pertinente dans une région marquée par les transferts de fonds et le commerce transfrontalier.
  • Coopération : l’alignement des écosystèmes entre territoires, diasporas et décideurs publics.

Pour l’autrice, ce programme n’était « pas une programmation aléatoire », mais le signe d’« une région qui clarifie sa stratégie ».

Mylène Colmar
Mylène Colmar

Journaliste, consultante éditoriale et éditrice, je décrypte la Grande Caraïbe depuis 2015. Mon objectif : rendre cette région plus lisible, plus compréhensible et plus visible auprès du grand public.