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Golfe de Californie : la justice mexicaine stoppe un terminal gazier américain

En avril 2025, l’autorité portuaire de Guaymas, dans l’État de Sonora, a cédé 36 hectares de la baie Catalina au projet AMIGO GNL. Ce terminal doit exporter vers l’Asie du gaz naturel liquéfié extrait au Texas. Le 23 septembre 2026, un juge fédéral a suspendu sa construction.
La presse mexicaine et internationale détaille un conflit entre stratégie énergétique et protection de l’un des écosystèmes marins les plus riches du Mexique.
36 hectares cédés sans appel d’offres
L’Administration du système portuaire national (Asipona) de Guaymas, rattachée au ministère de la Marine, a signé en avril 2025 un contrat de cession partielle de droits sur environ 36 hectares de zone maritime fédérale dans la baie Catalina, au sud de Guaymas. Selon Mexico News Daily, l’attribution a été faite de gré à gré, sans appel d’offres.
Le projet associe un développeur texan, Epcilon LNG selon Mexico Business News, et LNG Alliance, basée à Singapour. L’investissement atteint environ 130 milliards de pesos, soit environ 6,6 milliards d’euros.
Du gaz texan pour l’Asie
Le terminal doit recevoir par gazoduc du gaz du bassin permien, au Texas, puis le liquéfier, le stocker et le charger sur des méthaniers à destination de l’Asie-Pacifique : Inde, Japon, Indonésie. La capacité annoncée peut atteindre 7,8 millions de tonnes par an à pleine capacité. Les chiffres varient selon les sources sur la montée en charge. La mise en service, d’abord prévue en 2028, est désormais annoncée pour 2029.
AMIGO GNL fait partie de plusieurs projets visant à faire transiter le gaz du Permien par le Mexique pour rejoindre les marchés du Pacifique sans passer par le canal de Panama.
Une autorisation environnementale contestée
La chronologie interroge les opposants.
- Le contrat portuaire date d’avril 2025.
- La demande d’autorisation environnementale est déposée le 26 novembre 2025.
- La consultation publique, du 13 février au 13 mars 2026, recueille 4 804 contributions.
- L’Agence de sécurité, d’énergie et d’environnement (ASEA) délivre son autorisation le 13 avril 2026, sous conditions : interdiction de travaux de décembre à avril, plafond de 60 arrivées de méthaniers par an et suivi du bruit sous-marin.
L’organisation Nuestro Futuro dépose un recours en amparo en mars 2026. Elle dénonce des « lacunes d’information dès les premières étapes » et des « défaillances dans la consultation publique ». Une première suspension est accordée en mai 2026.
La suspension définitive du 23 septembre
Le 23 septembre 2026, un juge fédéral de Sonora prononce une suspension définitive. Toute construction terrestre ou maritime est interdite et l’ASEA ne peut délivrer de nouveaux permis jusqu’au jugement sur le fond. La décision n’annule toutefois ni le projet ni le contrat portuaire.
« Cette suspension définitive a posé une limite très claire : AMIGO GNL n’a pas pu avancer tant qu’existaient de sérieuses interrogations sur sa légalité », a déclaré Nora Cabrera, directrice exécutive de Nuestro Futuro.
Un patrimoine mondial menacé
Le golfe de Californie est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO. Il abrite tortues, dauphins, requins, raies et mammifères marins, ainsi que le vaquita, marsouin en danger critique d’extinction. Plus de 100 scientifiques ont signé une déclaration jugeant l’industrialisation de la zone porteuse d’un risque « direct, existentiel et inacceptable » : collisions entre méthaniers et baleines, hausse du bruit sous-marin, introduction d’espèces invasives et dragages.



