La Grande Caraïbe expliquée, analysée et racontée autrement
ONU : la CARICOM veut une Caribéenne à la tête des Nations unies

Le 28 octobre 2026, la Communauté caribéenne (CARICOM) a publié une déclaration réaffirmant son soutien total à la Guyanienne Carolyn Rodrigues-Birkett pour le poste de secrétaire générale des Nations unies.
Les chefs de gouvernement y plaident pour le respect de la rotation régionale et pour l’arrivée d’une personnalité d’Amérique latine et des Caraïbes à la tête de l’organisation. Un appel lancé au moment où la course à la succession d’António Guterres reste bloquée au Conseil de sécurité.
Une déclaration adoptée lors du sommet intersessionnel
Le texte émane de la 44e réunion intersessionnelle de la Conférence des chefs de gouvernement de la CARICOM, tenue le 23 octobre 2026. Les dirigeants y prennent acte de l’évolution du processus de sélection et réaffirment leur attachement au multilatéralisme fondé sur la Charte des Nations unies et le droit international.
Ils rappellent leur décision, inscrite dans le communiqué de leur 51e réunion ordinaire publié le 10 juillet 2026, de soutenir pleinement la candidature de l’ambassadrice Carolyn Rodrigues-Birkett, qu’ils présentent comme une fille distinguée du Guyana et de la Caraïbe.
Le profil de la candidate caribéenne
Les chefs de gouvernement mettent en avant plus de deux décennies d’expérience de terrain, législative, politique, diplomatique et dans la fonction publique internationale, ainsi que ses qualités d’agent du changement et de bâtisseuse de consensus.
Née en 1973, Carolyn Rodrigues-Birkett représente le Guyana auprès des Nations unies depuis 2020. Elle a auparavant occupé plusieurs fonctions gouvernementales, dont celles de ministre des Affaires amérindiennes, ministre du Commerce extérieur et de la Coopération internationale, puis ministre des Affaires étrangères. Le gouvernement guyanien a officialisé sa candidature le 15 juin 2026.
La rotation régionale au cœur du plaidoyer
L’argument central de la CARICOM porte sur l’équilibre géographique. Les dirigeants rappellent la déclaration des ministres des Affaires étrangères de la CELAC adoptée à New York le 21 septembre 2026 et appellent le Conseil de sécurité et l’Assemblée générale à respecter le principe d’équilibre géographique et la pratique de la rotation régionale. Ils y voient une garantie essentielle pour tous les États, en particulier les petits États qui aspirent aux plus hautes fonctions de l’organisation. Conclusion : le moment est venu, selon eux, pour un ressortissant d’Amérique latine et des Caraïbes de prendre la direction de l’ONU.
La CARICOM souligne enfin la portée symbolique de sa candidate : la sélection d’une femme de la Communauté caribéenne ouvrirait, selon les chefs de gouvernement, un nouveau chapitre historique pour les Nations unies et pour le monde. En 81 ans d’histoire, l’ONU n’a jamais été dirigée par une femme.
Ce principe de rotation n’a toutefois rien d’automatique. La Charte des Nations unies reste muette sur la question ; seule la résolution 51/241 de l’Assemblée générale, adoptée en 1997, reconnaît qu’il convient d’en tenir « dûment compte ». Les Etats-Unis ont d’ailleurs fait entendre une voix discordante : l’envoyé américain a estimé que le prochain secrétaire général devait être choisi sur le mérite, et non selon la rotation ou le genre.
L’enjeu est immédiat : le second mandat d’António Guterres s’achève le 31 décembre 2026. Selon la Charte, le secrétaire général est nommé par l’Assemblée générale sur recommandation du Conseil de sécurité, ce qui expose tout candidat au veto des cinq membres permanents. Pour obtenir cette recommandation, un candidat doit réunir au moins neuf votes favorables, sans opposition d’un membre permanent.
Un champ de candidats mouvant
La liste des prétendants a sensiblement évolué. La Chilienne Michelle Bachelet s’est retirée le 21 septembre, le Sénégalais Macky Sall en octobre, tandis que les Émirats arabes unis ont présenté le 21 octobre la candidature de Lana Zaki Nusseibeh. Restent notamment en lice l’Équatorienne María Fernanda Espinosa, l’Argentin Rafael Grossi, directeur général de l’AIEA, et l’Ougandais Olara Otunnu. Les rumeurs onusiennes évoquent aussi le nom du Jamaïcain Courtenay Rattray, chef de cabinet de l’ONU.
Pour la Grande Caraïbe, la situation présente une particularité : deux des candidats les plus en vue, Carolyn Rodrigues-Birkett et Rebeca Grynspan, sont originaires de la région, l’une du Guyana, l’autre du Costa Rica. La déclaration de la CARICOM en tient compte, en saluant le large soutien déjà accordé aux candidats latino-américains et caribéens.



