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Cuba : le départ de l’Erol Bey prive l’île d’une nouvelle centrale électrique flottante

Le 2 novembre, la centrale électrique flottante turque Erol Bey a définitivement quitté le port de La Havane. Avec ce départ, Cuba ne compte plus qu’une seule des huit centrales flottantes louées depuis 2019 au groupe turc Karpowership. Une perte de capacité qui intervient en pleine crise énergétique, alors que les coupures de courant dépassent vingt heures par jour dans la capitale.
Un départ discret
L’Erol Bey, d’une capacité installée de 63 mégawatts, a quitté le port de La Havane. Ni le ministère de l’Énergie et des Mines (Minem) ni l’Union électrique (UNE) n’avaient mentionné ce départ sur leurs comptes officiels dans l’après-midi. Les autorités n’ont pas non plus expliqué les raisons de ce retrait.
La perte réelle de production doit toutefois être nuancée : selon 14ymedio, l’unité était à l’arrêt depuis plusieurs mois faute de combustible. Elle reste néanmoins une capacité de moins pour un système électrique à bout de souffle.
De huit centrales à une seule
Cuba a loué depuis 2019 huit centrales flottantes au groupe Karadeniz Holding, exploitées par sa filiale Karpowership. Ancrées dans les baies de La Havane et de Mariel, elles ont fourni ensemble plus de 400 mégawatts au réseau national. Début 2023, elles produisaient près du quart de l’électricité du pays.
Le retrait s’est fait par étapes. En décembre 2024, le ministre de l’Énergie et des Mines, Vicente de la O Levy, indiquait devant une commission de l’Assemblée nationale qu’il ne restait que trois centrales sur huit, pour 337 mégawatts, car le pays ne pouvait honorer les paiements faute de devises. Le 17 septembre 2025, il n’en restait plus que deux, pour 70 mégawatts. Désormais, seule la Belgin Sultan demeure dans la capitale.
Le rôle exact de cette dernière unité reste incertain. Arrivée à La Havane en avril 2026, après des effondrements répétés du réseau en mars, elle avait été présentée comme un renfort. Certains médias affirment toutefois qu’elle servirait aujourd’hui surtout au logement et à l’appui logistique, sans alimenter le réseau.
Le carburant, l’autre talon d’Achille
La capacité installée ne garantit pas la production. Selon Diario de Cuba, les centrales flottantes n’ont pu fonctionner que deux semaines en mai, après le déchargement du pétrolier russe Anatoli Kolodkin en mars, avant que la pénurie de fioul ne les maintienne à l’arrêt pendant la majeure partie de l’année 2026.
Le réseau cubain repose sur des centrales thermiques vieillissantes : elles affichent en moyenne plus de quarante ans de service et un rendement d’environ 34 %, après des années de sous-investissement.
Une crise électrique sans précédent
Le départ de l’Erol Bey s’inscrit dans un contexte critique. Le réseau électrique national a connu au moins huit effondrements totaux depuis le début de l’année 2026. Les coupures dépassent régulièrement vingt heures par jour à La Havane et peuvent durer jusqu’à trois jours consécutifs dans les provinces. Le jour du départ, le déficit de production atteignait 1 922 mégawatts.
Cap sur le Costa Rica
L’Erol Bey se dirigerait vers le Costa Rica. Elle s’inscrirait dans un contrat conclu par ce pays avec plusieurs entreprises, dont Aggreko, Soenergy International et Karpowership. La Havane n’a fait aucun commentaire sur cette destination. L’épisode illustre une réalité régionale : dans la Grande Caraïbe, les centrales flottantes sont devenues des ressources mobiles, qui suivent les contrats et la solvabilité des clients.
La fin d’une solution temporaire
Le retrait progressif des centrales turques met en lumière les limites d’une stratégie d’urgence qui, après des années de fonctionnement, n’a pas résolu les problèmes structurels du système énergétique cubain. Le départ éventuel de la Belgin Sultan marquerait la fin de la production électrique turque à La Havane. Pour les Cubains, il signifierait surtout la disparition d’une des dernières solutions d’appoint face à des coupures qui rythment désormais leur quotidien.
