La Chine s’est imposée en 20 ans comme un créancier majeur dans la Grande Caraïbe.
Le Venezuela est clairement le plus gros débiteur de la région auprès de la Chine, avec des dizaines de milliards de dollars de prêts contractés. Une grande partie de cette dette est liée à des accords « pétrole contre prêts » signés surtout dans les années 2000. Une part encore importante (estimée à environ 10–13 milliards $) reste due directement à des banques ou entités chinoises.
Ports, routes, stades, bâtiments publics : partout, les projets financés par Pékin sont visibles. Officiellement, il s’agit de coopération sud-sud. Officieusement, c’est une relation beaucoup plus asymétrique qu’il n’y paraît.
Pourquoi tant de pays caribéens ont-ils choisi la Chine ? Et à quel prix ?
1. Financements concessionnels et prêts à faibles conditions
La Chine propose des prêts à taux d’intérêt très bas (parfois autour de 2 %), avec des termes de remboursement flexibles, ce qui est particulièrement séduisant pour des économies endettées et vulnérables.
Contrairement aux prêts du FMI ou de la Banque mondiale, qui imposent souvent des réformes libérales, des mesures d’austérité ou des exigences de bonne gouvernance, les financements chinois sont plus directs et moins contraignants. Cela permet aux gouvernements caribéens de financer des projets sans sacrifier leur souveraineté économique immédiate.
Par exemple, depuis 2005, la Chine a accordé plus de 120 milliards de dollars en prêts à l’Amérique latine et à la Caraïbe, souvent en échange de ressources comme le pétrole.
2. Investissements massifs en infrastructures
De nombreux pays de la région souffrent d’un déficit infrastructurel chronique (ports, routes, aéroports, ponts).
La Chine, via son initiative Belt and Road (Nouvelle route de la soie), finance ces projets à grande échelle, comblant un vide laissé par les États-Unis et l’Occident. Des entreprises comme China Harbour Engineering Company (CHEC) sont très actives, avec des investissements dépassant les 9 milliards de dollars dans la Communauté caribéenne (CARICOM). Jamaica, par exemple, a reçu 2,1 milliards de dollars pour des infrastructures, tandis que le Suriname en a obtenu 773 millions. Ces projets sont perçus comme rapides et adaptés aux besoins locaux, sans « bureaucratie rouge » des partenaires traditionnels.
3. Accès au marché chinois et diversification économique
La Chine offre un vaste marché pour les exportations caribéennes (bauxite, or, pétrole, gaz naturel), aidant à équilibrer les balances commerciales. Le commerce bilatéral avec la CARICOM a atteint 3,4 milliards de dollars en 2018, et continue de croître.
Pour des pays dépendants des importations, les biens chinois bon marché sont une aubaine, tandis que les investissements aident à sécuriser des ressources pour la Chine tout en stimulant la croissance locale. Cela s’inscrit dans une stratégie de coopération Sud-Sud, réduisant la dépendance vis-à-vis des États-Unis.
4. Aide en cas de crises et sentiment de négligence par l’Occident
Après des catastrophes naturelles (comme l’ouragan Ivan à Grenade en 2005), la Chine a fourni une aide rapide quand d’autres partenaires, y compris Taïwan (ancien allié de certains pays), ont hésité.
Les pays caribéens se sentent souvent négligés par les Etats-UNis, qui priorise d’autres régions, créant un vide que Pékin comble avec des investissements et une diplomatie active. Cela inclut des accords avec des pays comme Antigua-et-Barbuda, la Barbade ou Cuba, qui ont signé des mémorandums pour rejoindre la BRI.
5. Considérations géopolitiques et stratégiques
La position stratégique de la Caraïbe (près du canal de Panama et des routes maritimes) attire la Chine, qui y voit un moyen d’étendre son influence. En retour, les États caribéens sont un allié puissant pour marginaliser Taïwan et diversifier leurs alliances.
Cependant, cela soulève des préoccupations sur les pièges de la dette, où des pays comme le Venezuela risquent de perdre des actifs en cas de défaut.
En résumé, l’attrait repose sur une combinaison de financements accessibles, de projets concrets et d’une alternative à l’hégémonie occidentale, bien que cela ne soit pas sans risques comme l’endettement accru ou la dépendance économique. Si la situation évolue avec des tensions sino-américaines, ces relations pourraient se complexifier.




