La Colombie choisit l’épandage d’herbicides contre la coca par drones

Fin 2025, la Colombie a repris l’épandage d’herbicides sur les cultures de coca, en utilisant des drones. Une inflexion majeure, alors que le pays fait face à des niveaux records de production de cocaïne et à une montée des tensions diplomatiques avec les États-Unis, sous la pression politique exercée par l’administration de Donald Trump.

Ce choix marque un tournant après plusieurs années de suspension de l’épandage aérien, jugé nocif pour l’environnement et la santé des populations rurales.

Un retour en arrière… technologique

La Colombie n’abandonne pas totalement les critiques formulées par le passé contre l’aspersion massive par avion. Le recours aux drones est présenté par les autorités comme une version plus ciblée, plus contrôlée, et supposément moins invasive.

L’objectif affiché :

  • limiter la dispersion des herbicides
  • réduire l’impact sur les cultures légales
  • éviter les dommages collatéraux sur les communautés rurales.

Sur le papier, la méthode se veut plus « chirurgicale ». Sur le terrain, les doutes restent nombreux.

Des chiffres de production au plus haut

Cette décision intervient dans un contexte tendu. La production de cocaïne en Colombie atteint des records historiques, alimentée par :

  • l’extension des surfaces cultivées
  • des rendements agricoles plus élevés
  • une demande internationale toujours soutenue.

Résultat : la Colombie demeure le premier producteur mondial de cocaïne, malgré des décennies de politiques antidrogue et des milliards de dollars investis.

Les Etats-Unis mettent la pression

Le retour de l’épandage ne peut pas être dissocié du climat politique avec les États-Unis. L’administration Trump a régulièrement critiqué la stratégie colombienne, jugée trop indulgente envers les cultivateurs de coca et les groupes armés.

La menace est claire, même si elle reste implicite :

  • réduction de l’aide financière
  • durcissement du discours diplomatique
  • remise en cause de la coopération sécuritaire.

Dans ce contexte, les drones deviennent un signal politique autant qu’un outil technique.

Une mesure controversée sur le terrain

Associations environnementales, organisations paysannes et ONG de défense des droits humains alertent déjà :

  • risques sanitaires persistants liés aux herbicides
  • fragilisation des économies rurales légales
  • absence de solutions durables pour les cultivateurs.

Pour beaucoup, cette stratégie traite les symptômes sans s’attaquer aux causes structurelles : pauvreté rurale, absence d’infrastructures, manque d’alternatives économiques crédibles.

En misant sur les drones, la Colombie tente de concilier efficacité, pression internationale et critiques internes. Reste une question centrale : cette nouvelle phase de l’éradication changera-t-elle réellement la donne, ou s’inscrira-t-elle dans la longue liste des stratégies coûteuses et contestées de la guerre à la drogue ?

Mylène Colmar
Mylène Colmar

Journaliste, consultante éditoriale et éditrice en Guadeloupe. Caribbean blogger depuis 2007. Rejoignez-moi sur le réseau social X et abonnez-vous à la newsletter mensuelle.

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