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Rapport Égalité entre les femmes et les hommes dans les Outre-mer : 15 propositions sans réels moyens supplémentaires

Remis en juin 2026, le rapport « Égalité entre les femmes et les hommes dans les Outre-mer : consolider la gouvernance et renforcer l’efficacité des politiques publiques » est signé par Aude Luquet, coordinatrice interministérielle à l’égalité femmes-hommes en Outre-mer.
Le document de 58 pages s’appuie sur des échanges avec les préfectures, les déléguées régionales aux droits des femmes, les collectivités et les associations, ainsi que sur des déplacements, notamment en Guadeloupe. Il s’organise en 4 axes et formule 15 propositions.
Il part d’un constat clair : dans les territoires ultramarins, les inégalités entre les femmes et les hommes sont « plus prononcées et davantage complexes qu’en Hexagone ».
Des violences surreprésentées
D’après les données du Comité interministériel des Outre-mer (CIOM) 2025 reprises dans le rapport, les Outre-mer comptent pour 10 % des violences intrafamiliales et 11 % des féminicides recensés en France.
Plusieurs dispositifs progressent.
- Des pôles spécialisés dans les violences intrafamiliales fonctionnent désormais dans l’ensemble des territoires, notamment aux Antilles.
- L’aide universelle d’urgence a été déployée dans les territoires relevant de l’article 73 de la Constitution.
- En Guadeloupe et en Guyane, une Maison des femmes, de la mère et de l’enfant est déjà ouverte. Celle de Guyane est une structure transfrontalière installée à Oiapoque.
Toutefois, des failles demeurent.
- L’accès au 3919, le numéro d’écoute national, reste à améliorer, et les structures publiques n’ont pas toujours de référents clairement identifiés pour les violences sexistes et sexuelles.
- La question de la mobilité illustre ces blocages : l’Agence de l’Outre-mer pour la mobilité (LADOM) ne dispose toujours d’aucun dispositif opérationnel pour payer le billet d’avion d’une victime qui doit quitter son territoire pour se protéger.
- Une disposition de la loi n°1159 adoptée en 2023 attend encore son décret d’application.
La Guyane, un territoire sous tension
La Guyane présente, selon le rapport, une « forte prévalence des violences faites aux femmes » dans un contexte d’isolement, d’enclavement et de pression démographique. Le territoire dispose d’accueils de jour à Cayenne, Saint-Georges-de-l’Oyapock et Saint-Laurent-du-Maroni, de 51 places d’hébergement complétées par des nuitées d’hôtel payées par les associations, et d’une « pirogue du droit » qui dessert les communes isolées comme Camopi.
Cependant, l’offre d’hébergement reste insuffisante face à la demande. Le centre de prise en charge des auteurs de violences manque de personnel qualifié, et l’observatoire des violences est encore en cours de création. Le Plan d’action régional pour l’entrepreneuriat féminin (PAREF) attend toujours d’être signé et son financement est jugé insuffisant.
Martinique, Guadeloupe, Saint-Martin : des propositions venues du terrain
La Martinique fait face à une hausse des violences en milieu scolaire et dans les familles. Les contributions locales proposent un plan « confiance et sécurité » dans les établissements, qui prévoit notamment la lutte contre la circulation d’armes. Elles proposent aussi de relancer une offre d’hébergement d’urgence destinée aux auteurs de violences, afin que la victime puisse rester dans le logement. Un premier dispositif de ce type avait échoué faute de coordination, et les places avaient fini par servir à d’autres usages.
Le rapport signale également près de 1 300 élèves relevant de l’Aide sociale à l’enfance en 2024-2025. Il évoque le risque de prostitution pour les jeunes filles qui sortent de cette prise en charge à 18 ans.
En Guadeloupe, les propositions sont issues des travaux du CAR. Elles prévoient un référent chargé des violences sexistes et sexuelles dans chaque commune, ainsi que des Assises de l’Égalité femmes-hommes pour favoriser les échanges entre territoires ultramarins.
À Saint-Martin et Saint-Barthélemy, le rapport pointe la précarité, les violences intrafamiliales et le temps partiel subi. Il recommande de renforcer l’accompagnement à la parentalité et de soutenir les projets de prévention de la soumission chimique.
Emploi : les paradoxes des chiffres
Le volet économique contient les chiffres les plus parlants. En 2024, le taux de chômage atteint 12,3 % en Martinique, 16,8 % en Guadeloupe et 16,9 % en Guyane, contre 7,2 % dans l’Hexagone.
Chez les jeunes de 15 à 24 ans, il grimpe à 35,8 % en Martinique, 38,4 % en Guadeloupe et 39,8 % en Guyane, contre 18,4 % en moyenne dans l’Hexagone.
En 2023, le taux d’emploi des femmes s’élève en moyenne à 44,2 % dans les cinq départements et régions d’Outre-mer, contre 66 % dans l’Hexagone. Pourtant, d’autres données nuancent ce tableau. Les femmes représentent 38,3 % des cadres dirigeants en Outre-mer (hors Mayotte), contre 27,3 % dans l’Hexagone. La proportion atteint 38,8 % en Guadeloupe et 48,6 % en Guyane. En 2022, les Ultramarines (hors Mayotte) étaient aussi moins souvent à temps partiel : 19,8 % contre 24,6 % dans l’Hexagone.
Le chômage selon le sexe révèle d’autres différences. En 2024, les femmes sont moins touchées que les hommes en Guadeloupe (16,4 % contre 17,2 %) et en Martinique (10,5 % contre 14,5 %). En Guyane, la situation s’inverse nettement : 20,5 % des femmes sont au chômage contre 13,3 % des hommes. Néanmoins, les inégalités de salaire persistent partout : à qualification égale, les Ultramarines gagnent en moyenne 10 à 15 % de moins que les hommes, selon l’INSEE et la DARES (2023).
Des obstacles structurels
Le rapport identifie plusieurs freins. Près d’une famille sur deux est monoparentale dans les départements et régions d’Outre-mer, selon l’Institut national d’études démographiques (INED).
L’offre en crèches et micro-crèches reste inférieure de moitié à la moyenne nationale. Pour y remédier, la Caisse nationale des allocations familiales a fixé un objectif de hausse de 30 % des places, soit 641 places à créer en Guadeloupe, 692 en Martinique et 602 en Guyane.
La structure du tissu économique pèse aussi. Les très petites entreprises et les micro-entreprises représentent 95 % des entreprises ultramarines. Or l’index de l’égalité professionnelle n’est obligatoire qu’à partir de 50 salariés, ce qui limite fortement sa portée.
De plus, dans la plupart de ces entreprises, il n’existe aucune grille de classification des emplois permettant de comparer des métiers féminisés et masculinisés. La directive européenne 2023/970 sur la transparence salariale s’appliquera aussi aux Outre-mer. Le rapport indique toutefois que « peu de dispositions spécifiques » devraient être prévues pour ces territoires.
Le Service militaire adapté (SMA) est présenté comme un levier d’insertion. En 2024, les femmes représentaient en moyenne 32 % des volontaires, et 74,19 % des volontaires stagiaires ont trouvé une insertion. Dans le cadre du plan SMA 2025+, le régiment de Guadeloupe prévoit en 2026 une crèche de 60 places, dont 25 réservées aux volontaires. La Guadeloupe et la Martinique figurent parmi les territoires prioritaires pour améliorer l’insertion des femmes à la sortie du SMA.
15 propositions sous le signe de la sobriété
Les 15 propositions reposent sur une ligne directrice affichée : « plutôt que de créer de nouvelles politiques publiques », il s’agit de consolider l’existant. Plusieurs mesures sont explicitement prévues « sans création de fonds nouveaux » ou « à coût constant ». C’est le cas de l’orientation d’une partie des financements existants vers les entrepreneuses, avec la création d’un guichet unique régional associant notamment GuadeloupeTech et Incub’îles.
Parmi les propositions les plus concrètes, la proposition 12 vise à permettre la désolidarisation financière en cas de violences conjugales. Des victimes restent aujourd’hui liées aux dettes du couple, alors même qu’elles ont quitté le domicile.
La proposition 10 souhaite donner plus de place aux figures féminines ultramarines dans les musées, les manuels scolaires et les commémorations, en citant Jenny Alpha, Paulette Nardal, Henriette Levillain et Henriette Tidjine.
Enfin, les propositions 13 à 15 prévoient que toute création ou généralisation d’un dispositif soit précédée d’une évaluation de ceux qui existent déjà.
Mesurer avant d’agir
Ce choix de l’évaluation répond à un manque que le rapport reconnaît lui-même. Les données sur l’égalité dans les Outre-mer sont « incomplètes et hétérogènes ». Les chiffres de la justice et de la police ne concordent pas toujours, et les territoires ultramarins sont parfois absents des grandes enquêtes nationales. Le document cite aussi la Cour des comptes, dont les rapports de 2019, 2022 et 2024 critiquent la dispersion des dispositifs et des financements.
Cette volonté de rigueur se heurte cependant aux alertes venues du terrain. Le réseau des déléguées régionales aux droits des femmes est décrit comme « fragilisé ». En Guyane, le manque de personnel et de financements revient à plusieurs reprises.
En s’engageant à faire mieux sans moyens supplémentaires, l’État prend donc un pari.



