Tsunamis dans la Grande Caraïbe : un siècle de vagues meurtrières et d’alertes

La Grande Caraïbe est une région à risque de tsunami. Séismes, effondrements volcaniques, glissements de terrain sous-marins : depuis un siècle, plusieurs vagues ont frappé ses côtes, de la République dominicaine au Costa Rica, de Montserrat à la Guadeloupe.

Une région plus exposée qu’il n’y paraît

Les chiffres surprennent. Au cours des 500 dernières années, la Caraïbe a connu 75 tsunamis, soit environ 10 % de l’ensemble des tsunamis océaniques recensés dans le monde sur la même période.

Provoqués par des séismes, des glissements de terrain ou l’activité volcanique, ils ont fait plus de 3 500 morts dans la région depuis le milieu du XIXe siècle, selon l’agence américaine NOAA.

Juste avant la période étudiée, le séisme de 1918 à Porto Rico avait déjà rappelé cette réalité : le tsunami associé avait fait 140 morts.

1946 : la catastrophe de Samaná, le tsunami le plus meurtrier du siècle

Le 4 août 1946, à 13 h 51, heure locale, un séisme frappe les environs de Samaná, au nord-est de la République dominicaine. Sa magnitude atteint 7,8 sur l’échelle de moment et 8,1 sur l’échelle des ondes de surface.

Le tsunami qui suit dévaste la côte nord. Les vagues, estimées à 4 ou 5 mètres à Nagua, détruisent si complètement la localité voisine de Matanzas que celle-ci est abandonnée. Le bilan exact reste débattu : la NOAA retient 1 790 morts, tandis que d’autres sources évoquent entre 1 600 et 1 800 victimes du tsunami.

L’onde traverse ensuite une grande partie du bassin : de petites vagues sont enregistrées par les marégraphes de San Juan à Porto Rico, des Bermudes, de Daytona Beach en Floride et d’Atlantic City dans le New Jersey.

Quatre jours plus tard, le 8 août, une forte réplique génère un second tsunami, qui fait 75 morts du côté de Santo Domingo selon la NOAA. Pour les chercheurs, l’épisode de 1946 constitue le dernier tsunami destructeur majeur de la Caraïbe.

1991 : le Costa Rica et le Panama surpris côté caraïbe

Le 22 avril 1991, un séisme de magnitude 7,7 frappe la région de Limón, sur la côte caraïbe du Costa Rica. Il s’agit du plus puissant jamais enregistré dans l’histoire du pays.

Quelques minutes plus tard, des vagues de 2 à 3 mètres, selon les témoins, touchent le littoral entre le Río Matina au Costa Rica et l’île Bastimentos au Panama. Le tsunami fait deux victimes, les seuls décès causés par un tsunami de l’histoire du Costa Rica. Le séisme a aussi remodelé la côte : selon l’Université du Costa Rica, le soulèvement a atteint 1,85 mètre près de Limón, tandis que la côte de Bocas del Toro, au Panama, s’est affaissée de près de 90 centimètres.

1992 : le Nicaragua frappé sur sa façade pacifique

La Grande Caraïbe comprend aussi des États dotés d’une façade pacifique. Le 1er septembre 1992, un tsunami meurtrier frappe la côte pacifique du Nicaragua et le nord du Costa Rica. Au moins 116 personnes sont tuées, pour la plupart des enfants endormis.

Ce séisme appartient à une catégorie redoutée, les « séismes tsunamigènes » : la secousse, peu ressentie, a provoqué une vague bien plus importante que ne le laissait prévoir sa magnitude de surface. Le Centre d’alerte aux tsunamis du Pacifique n’avait émis aucune alerte, car la magnitude initiale calculée n’était que de 6,8. La vague a frappé quelque 220 kilomètres de littoral, avec des hauteurs atteignant 10 mètres par endroits.

2003 et 2006 : quand le volcan de Montserrat atteint la Guadeloupe

Les tsunamis ne naissent pas seulement des séismes. Le 12 juillet 2003, à 23 h 35, heure locale, le dôme de lave du volcan de la Soufrière Hills, à Montserrat, s’effondre massivement.

L’effondrement génère un tsunami : la vague atteint environ 4 mètres sur la côte est de Montserrat. En Guadeloupe, à une cinquantaine de kilomètres, des témoins directs évoquent une hauteur de 0,5 à 1 mètre à Deshaies et près de la plage de la Perle, où les bateaux ont été dispersés. L’Observatoire volcanologique et sismologique de Guadeloupe, rattaché à l’IPGP, mentionne pour sa part une vague de 1 à 2 mètres et quelques dégâts matériels dans le port de Deshaies.

Le phénomène s’est reproduit le 20 mai 2006 : l’effondrement d’un nouveau dôme a de nouveau provoqué un petit tsunami observé à Deshaies.

2010 : Haïti, un tsunami dans la catastrophe

Le séisme du 12 janvier 2010 en Haïti reste dans les mémoires pour son bilan humain effroyable. Il a aussi provoqué des tsunamis, moins connus. À Petit Paradis, dans la baie de Grand-Goâve, un glissement de terrain côtier a généré une vague dépassant 3 mètres de hauteur. Le tsunami a fait au moins trois morts selon l’équipe scientifique internationale qui a étudié le phénomène, en raison d’une absence totale de sensibilisation au risque. Les sources de la NOAA évoquent pour leur part au moins sept victimes.

2020 : l’alerte entre la Jamaïque et Cuba

Le 28 janvier 2020, un séisme de magnitude 7,7 frappe la fosse des Caïmans, entre la Jamaïque et la pointe sud de Cuba. Le Centre d’alerte aux tsunamis du Pacifique prévient d’abord que des vagues de 30 centimètres à un mètre peuvent atteindre les côtes de la Jamaïque, du Belize, de Cuba, du Honduras, du Mexique et des îles Caïmans.

La vague observée reste finalement modeste : 11 centimètres à George Town, aux îles Caïmans, une trentaine de minutes après la secousse. L’alerte a néanmoins jeté des centaines de personnes dans les rues de La Havane, signe d’une conscience du risque désormais plus présente.

Une région qui s’organise

Ces événements ont accéléré la mise en place d’outils de prévention. En 2005, le système d’alerte aux tsunamis et autres risques côtiers pour la Caraïbe et les régions adjacentes (CARIBE-EWS) a été créé sous l’égide de la Commission océanographique intergouvernementale de l’UNESCO, sur le modèle des systèmes du Pacifique et de l’océan Indien.

Depuis 2011, la région organise chaque année l’exercice Caribe Wave. La première édition, en mars 2011, simulait un séisme de magnitude 7,6 au large des Îles Vierges et avait révélé plusieurs failles dans la transmission des messages d’alerte. La mobilisation a ensuite fortement progressé, avec 330 000 participants en 2016 et 740 000 en 2017.

La vigilance reste de mise. Depuis 1946, la population et le tourisme ont explosé sur les littoraux, multipliant le nombre de personnes exposées chaque jour au risque. Un siècle d’histoire le rappelle : dans la Grande Caraïbe, la question n’est pas de savoir si un tsunami frappera à nouveau, mais quand.

Mylène Colmar
Mylène Colmar

Journaliste, consultante éditoriale et éditrice, je décrypte la Grande Caraïbe depuis 2015. Mon objectif : rendre cette région plus lisible, plus compréhensible et plus visible auprès du grand public.