J’ai découvert les logiciels libres quand je faisais mes études au Canada, en 2007.

Un professeur nous a parlé du navigateur web Firefox et nous a affirmé à l’époque qu’il était bien mieux qu’Internet Explorer, le logiciel du géant bien connu, Microsoft.

Outre le fait que Firefox présentait moins de bugs, c’était un logiciel libre, développé par une communauté, nous a-t-il expliqué. L’utiliser revenait donc à soutenir une initiative collective pour plus de liberté. J’ai trouvé ça sympa. Je l’ai installé et de suite adopté.

La donne a changé quand Chrome, le navigateur de Google, a été lancé en 2008. J’ai rapidement été séduite par ce logiciel, partie intégrante d’une panoplie de services Google fonctionnant bien ensemble.

D’accord, Google est un empire qui récolte nos informations pour les vendre à des fins commerciales et que sais-je… Et Firefox est un si beau projet. Néanmoins, j’ai fait fi de tout ça, privilégiant l’efficacité en terme d’utilisation.

Je ne peux (pas encore) me passer de Chrome, comme beaucoup d’autres, si je me réfère aux chiffres livrés par le site ZDNET dans un article datant de juin dernier.

« Sur poste de travail ou desktop (ainsi que sur Android), Google Chrome a su s’imposer comme la référence des navigateurs ou le standard pour les internautes. En mai 2017, Chrome disposait d’une part de marché considérable de 63,36% (des pages vues mesurées par StatCounter). »

Firefox a lui une part de marché de 14,17%.

Pourquoi je vous raconte cela ?

Parce que j’ai décidé de changer… Pas d’un coup. Petit à petit. Première étape : j’ai réinstallé Firefox et je l’utilise régulièrement. Et ceux qui m’ont motivé à le faire, ce sont des membres de GwadaLUG

GwadaLUG = association d’utilisateurs des logiciels libres en Guadeloupe

Gwada, tout le monde connaît. LUG, c’est pour Groupes d’Utilisateurs du Libre. Je connais cette association depuis quelques années déjà. Ses bénévoles donnent de leur temps pour nous informer et ainsi nous aider à bénéficier d’une plus grande liberté. Il était bien temps que j’en parle sur le blog.

Pour ce faire, j’ai posé 10 questions – même les plus naïves – à Laurent Vergerolle, président du GwadaLUG depuis novembre 2015. Et voici ses réponses.

1. Qu’est-ce qu’un logiciel libre ?

Pour le savoir, il faut déjà commencer par définir ce qu’est un logiciel. C’est un programme informatique qui va réaliser une ou plusieurs actions, en exécutant un code écrit au préalable.

Si on fait une comparaison avec la cuisine, le code est la recette et le logiciel, le plat obtenu au final. Nous, en tant qu’utilisateurs, nous avons l’habitude de consommer des plats, sans nous poser la question des recettes.

Le logiciel libre est un plat que l’on nous sert, tout en nous permettant d’obtenir la recette, de le cuisiner, le modifier chez nous et même, si on le souhaite, de le servir à d’autres.

 

2. Quel est l’intérêt pour nous, particuliers, mais aussi pour les institutions, les entreprises, de connaître la recette ?

Les logiciels libres donnent un cadre juridique et légal qui favorise l’apprentissage, l’expérimentation et l’innovation.

Nous pouvons ainsi, pour revenir à notre métaphore sur la cuisine, savoir exactement ce qu’il y a dans un plat et ainsi, refaire, modifier et même redistribuer ou commercialiser notre propre plat.

Dans la philosophie du libre, l’interopérabilité entre les logiciels est très importante, c’est-à-dire faire au mieux pour que l’écosystème fonctionne de manière logique et cohérente selon les standards en vigueur.

 

3. En nous livrant les codes, les créateurs des logiciels ne gagnent pas d’argent, n’est-ce pas ? Quel est leur intérêt ?

Un logiciel libre n’est pas forcément gratuit, même s’il est vrai que la majorité d’entre eux le sont. Par exemple, Firefox, Libre Office, VLC. Un développeur de logiciel libre est payé pour le code qu’il produit, la valeur ajoutée qu’il fournit sur un programme ou une solution.

Pour mieux comprendre, prenons l’exemple d’un compositeur de musique. Si vous commandez un morceau à un compositeur, vous le payez pour qu’il vous transmette la partition d’un morceau et tous ses arrangements, ou juste un CD où il aura enregistré le morceau ?

Les créateurs de logiciels libres gagnent leur vie en transmettant des programmes et du savoir-faire. Ceux-ci permettent aux entreprises, administrations et particuliers d’avoir des logiciels et solutions qu’ils pourront faire vivre et évoluer, sous réserve d’avoir les compétences nécessaires.  Tout le monde ne sait pas lire une partition, mais ça s’apprend.

 

4. En Guadeloupe, où en est-on en matière d’utilisation de logiciels libres ?

Il y a une sous-utilisation de tels logiciels, dû à un manque de sensibilisation sur ceux-ci, mais plus largement sur les libertés fondamentales qu’ils confèrent.

En France, de plus en plus de collectivités et entreprises s’y mettent, car il est déjà arrivé que des services entiers se retrouvent paralysés suite à la fermeture d’une entreprise ou l’abandon du développement d’un logiciel par celle-ci.

Ne pouvant plus faire évoluer le logiciel pour qu’il respecte les normes métiers, de sécurité, etc., ils se sont retrouvés à devoir mettre en place de grosses migrations qui sont souvent très douloureuses par manque de respect des standards et d’interopérabilité par certains logiciels privateurs.

 

5. Pourquoi n’y-a-t-il pas plus d’utilisateurs de logiciels libres dans notre archipel ?

En réalité, il y en a énormément, mais peu savent qu’ils les utilisent. Voilà pourquoi GwadaLUG s’est donnée pour mission de les informer, de les sensibiliser sur les enjeux.

L’éditeur de logiciels, Microsoft, a fait en sorte d’imposer que ses licences soient installées sur la majorité des ordinateurs que vous achetez. A une époque, vous pouviez demander une machine sans le système d’exploitation. Ce n’est plus le cas. Beaucoup d’entre nous ont grandi avec Windows et ses logiciels de bureautique.

Or, il existe des logiciels libres qu’il est possible d’utiliser pour effectuer les mêmes tâches.

6. A quand une grande opération de sensibilisation menée par GwadaLUG, notamment en direction des scolaires qui sont, à mon avis, les premiers concernés ?

Au sein de l’association, nous avons des profils très variés : professionnels de l’informatique, chefs d’entreprise, fonctionnaires, etc. Cela implique une disponibilité très diversifiée, qui ne facilite pas l’organisation de tels événements.

Nous avons tout de même déjà mené une « install party » à l’Université, durant une journée, au cours de laquelle les étudiants pouvaient venir découvrir et installer Linux sur leurs ordinateurs. Des membres de GwadaLUG étaient présents pour les conseiller. Nous voulons renouveler de tels rendez-vous plus régulièrement.

Autre opération sur laquelle nous pouvons être présents : la Fête de la Science qui accueille des jeunes du primaire au lycée. Nous pouvons ainsi leur présenter des logiciels, des usages, dont ils n’ont jamais entendu parler.

 

7. Êtes-vous consultés par les collectivités ?

Nous le sommes. Par la Région, la CCI, etc. Nous faisons en sorte de sensibiliser le plus grand nombre sur le logiciel libre, mais plus généralement sur les usages.

 

8. GwadaLUG est perçue comme une association de techniciens, de geeks. Mais j’ai noté une volonté d’ouverture. Ai-je tort ?

Effectivement, nous souffrons de notre image de barbus. De manière générale, le logiciel libre en souffre. Or, ce n’est qu’une petite partie des utilisateurs.

Nous voulons nous ouvrir, communiquer davantage sur les aspects qui entourent le logiciel libre, sur la philosophie du libre, notamment sur les questions de droits d’auteur, des échanges d’informations, etc.

Par exemple : nous sommes à l’ère du big data ; il y a donc beaucoup de données qui transitent sur internet.  Cependant, que font les entreprises de nos données ? Autre exemple : Quand je mets une image en ligne, est-ce que quelqu’un a le droit de me priver de mes droits et de s’en servir, sous prétexte que j’utilise un support donné ?

Nous voulons davantage de membres pour constituer et faire vivre des groupes de travail sur des problématiques comme le cloud, l’utilisation des données sur internet, etc.

 

Laurent Vergerolle parlait avec tant de passion du libre que je me devais de lui poser deux questions plus personnelles.

9. Pourquoi aimez-vous autant le libre ?

Cela vous surprendra, mais j’étais anti-Linux (système d’exploitation libre) au début de mes années universitaires. Je ne connaissais pas le libre.

Durant mon apprentissage pour devenir développeur, il a fallu que j’aille plus loin et que je sache ce qui se passe derrière, en utilisant du code. Je me suis rendu compte que la majorité des logiciels que j’utilisais étaient libres. J’ai commencé à comprendre les libertés que cela m’offrait.

En tant que développeurs, nous avons besoin de pouvoir innover, d’avoir des outils à manipuler, des modèles pour apprendre. Le libre offre toutes ces libertés et un cadre légal pour le réaliser.

 

10. Et pour quelles raisons êtes-vous devenu président de GwadaLUG ?

GwadaLUG a connu, comme toutes les associations, de bons débuts, puis quelques passages à vide. Certaines personnes se sont mises ensemble pour la refaire démarrer. C’est à ce moment-là que l’on m’a proposé de devenir président.

J’ai accepté, car selon moi, la fonction implique deux conditions. La première : aimer sincèrement le libre, être convaincu profondément. La seconde : être suffisamment intelligent pour écouter ce que les gens nous disent et faire en sorte que l’association continue à avancer.

Nous réfléchissons et travaillons ensemble pour aller encore plus loin, répondre aux attentes plus précises des membres et du grand public.