Je n’ai pas voulu écrire tout de suite sur Irma.

1. Parce qu’il y avait déjà une foule d’articles sur le sujet.
2. En rédigeant trop tôt, l’émotion peut s’avérer être mauvaise conseillère.

En discutant avec les uns et les autres, qu’ils habitent la Guadeloupe ou ailleurs dans la Caraïbe, j’avais une phrase qui tournait dans ma tête : face aux ouragans, nous ne serons jamais assez bien préparés. Et je ne pouvais continuer à alimenter ce blog, sans l’écrire.

Les préparatifs vite faits, mal faits

A la différence des séismes, les ouragans ne nous prennent plus par surprise en Guadeloupe. Je dis « plus », car ma mère me rappelait combien, pour Lenny, en 1999 (voir commentaire 1), l’alerte avait été déclenchée tardivement. Il avait alors fallu, dans la plus grande des paniques, sortir du travail, récupérer les enfants à l’école, faire quelques courses.

Pour Irma, nous avons été informés tôt. Nous avons suivi son évolution et constaté qu’hélas, cet ouragan gagnait en intensité. La seule incertitude concernait sa trajectoire…

Bien sûr, les gens se sont empressés d’aller acheter bouteilles d’eau, piles, bougies, allumettes, etc. Certains se sont rués sur les matériaux pour protéger leur habitation. Et d’autres ont rangé tout ce qui pouvait être emporté par le vent et se transformer en projectile.

Cependant, en voyant cette frénésie, je me suis demandée combien de personnes – comme moi, je dois l’avouer – n’avaient à nouveau rien préparé pour cette saison cyclonique, alors que celle-ci a lieu chaque année et que nous connaissons les risques ? Pourquoi n’avais-je pas déjà effectué ces préparatifs indispensables : avoir une trousse de premier secours, une lampe et une radio qui fonctionnent, des bouteilles d’eau et autres produits de nécessité dans un coin de ma maison, mais aussi une liste des abris sûrs ?

Quelques jours après le passage d’Irma, j’ai noté que mon voisin coupait (enfin) les branches de son énorme arbre à pain, tout proche de son domicile. Pourquoi ne l’a-t-il pas fait avant ? Lors d’un trajet pour aller à Basse-Terre, j’ai observé les abords des routes, il y a nombre d’arbres non élagués. Leurs branches résisteront-elles à un ouragan de forte intensité ? Et ce ne sont que quelques exemples. 

Nous ne serons jamais assez bien préparés.

Faux messages après faux messages

Si vous utilisez WhatsApp, combien de messages avez-vous reçus pendant les jours précédents le passage d’Irma ? Moi, des dizaines. Quelques-uns étaient vrais, informatifs.  Cependant, beaucoup d’entre eux étaient faux. Je vous en livre certains et ensuite la vérité :

  • l’ouragan passe pile sur la Guadeloupe -> Il y avait de l’incertitude, mais les projections prévoyaient un passage plus au nord de nous
  • coupure d’eau générale à prévoir à partir de telle heure -> Démenti par la préfecture
  • pas de distribution de carburant -> Rien à signaler, comme c’est le cas – généralement – pour ce type de message d’ailleurs
  • alerte rouge déclenchée -> message reçu bien trop tôt, puisqu’on était encore en alerte orange.

Si vous lisiez et croyiez ces messages mensongers, vous ne pouviez que vous terrer terrifié chez vous ! Ou comme l’ont fait certains, vous précipitez dans les stations service… Petite question : du carburant plein le réservoir pour aller où ? Nous sommes sur une île et en cas de cyclone, la première consigne est de rester chez soi, jusqu’à levée de l’alerte. (voir commentaire 2)

J’ai évoqué Whatsapp, mais sur les réseaux sociaux, ce n’était guère mieux. Et cependant, comme me le rappelait mon amie Axelle, grâce à WhatsApp & co, nous obtenons aussi une foule d’informations auxquelles nous n’aurions pas eu accès. 

Face à cet afflux d’informations vraies ou fausses, nous ne serons jamais assez bien préparés.

Terrible sentiment

En Guadeloupe, les conséquences d’Irma ont été finalement minimes. Nos regards se sont rapidement tournés vers les îles voisines. Et là, le choc, l’horreur. Les photos de Saint-Martin ont commencé à se multiplier sur les réseaux sociaux, dans les médias. Terribles !  Ensuite, arrivèrent celles de Saint-Barthélemy, Barbuda, Anguilla… Toutes aussi effrayantes. Le bilan s’est alourdi au fil des heures.

Sur place, la stupéfaction, l’abattement, le désarroi, la détresse.  Il faut les secourir, les aider. Vite ! Annonces par ci, cellules de crise par là. Réunions tous azimuts. Les autorités nationales, régionales, locales ont bien du mal à se coordonner. Quel est exactement le plan d’actions concerté à mettre en application APRES de pareilles catastrophes naturelles ? 

Cela rend mal à l’aise, ce sentiment d’improvisation. Cela angoisse, cette impression de cacophonie. 

Eux, comme nous, ne serons jamais assez bien préparés.

Puis, vinrent les pillages à Saint-MartinLa sécurité des habitants n’est pas assurée. Dans une île d’environ 80 000 habitants ? 

Et que dire de ces témoignages dénonçant le choix des personnes évacuées en priorité de Saint-Martin ? Qui a donné l’ordre ? Pourquoi ? Ce n’est pas clair. Bis repetita : quel est exactement le plan d’actions concerté à mettre en application APRES de pareilles catastrophes naturelles ? 

Oui, « la situation est grave », et sans doute plus que nous le croyons.

Beaucoup de force et de courage aux habitants des territoires ravagés par Irma, à tous ceux qui leur portent secours. 

NB : Quelques articles supplémentaires à lire :