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Martinique : 98 % des eaux de baignade conformes, et pourtant l’excellence s’érode

L’Agence Régionale de Santé de Martinique a publié son bilan 2025 de la qualité des eaux de baignade, une brochure qui livre le classement annuel des 62 sites de baignade du territoire référencés auprès de l’Union européenne.
Le document s’appuie sur 6 148 échantillons prélevés entre le 1er octobre 2021 et le 30 septembre 2025, analysés par le Laboratoire Territorial d’Analyses, agréé par le ministère chargé de la santé.
Un territoire conforme, un classement stable
La Martinique compte 62 sites de baignade sous contrôle sanitaire, dont 59 en mer et 3 en rivière. Sur l’ensemble, 61 sites répondent aux exigences européennes, soit 98 % du total, un niveau strictement identique à celui de 2024.
La répartition détaillée nuance cependant ce résultat global.
- 29 sites sont classés en qualité excellente, soit 47 % du total.
- 23 sites obtiennent la mention bonne, soit 37 %.
- 9 sites, soit 14 %, se contentent de la catégorie suffisante, dernier échelon avant le déclassement.
- Un seul site est jugé insuffisant.
Le classement ne repose pas sur une photographie instantanée. Il résulte de l’exploitation statistique des données bactériologiques recueillies sur les quatre dernières saisons balnéaires, chaque saison courant du 1er octobre au 30 septembre. Chaque année, plus de 1 500 échantillons d’eau sont prélevés et analysés en Martinique.
7 sites progressent, huit reculent
Entre 2024 et 2025, 78 % des sites conservent leur classement.
- 7 sites se sont améliorés, soit 11 % du total, contre seulement 2 % l’année précédente.
- 8 sites ont été rétrogradés, soit 13 %, une proportion en recul par rapport aux 19 % enregistrés en 2024.
Les progressions concernent La Cherry au Diamant, l’Anse l’Étang et L’Autre Bord Les Raisiniers à La Trinité, Désert et Gros Raisins à Sainte-Luce, ainsi que Grand Macabou au Vauclin.
Les dégradations touchent le Bourg aux Anses d’Arlet, le Pont de l’Alma à Fort-de-France, l’Anse Céron dite Tamarinier au Prêcheur, l’Anse Madame, la Batelière et le Bourg à Schoelcher, La Brèche à La Trinité et le Petit Macabou au Vauclin. La commune de Schoelcher concentre à elle seule trois des huit reculs.
La tendance sur 5 ans inverse la lecture
Le chiffre de 98 % de conformité reste inchangé depuis 2019. Cette stabilité masque toutefois un mouvement continu, documenté par l’ARS depuis 2018 : la diminution progressive du nombre de sites classés en qualité excellente, doublée d’une augmentation des sites classés en qualité suffisante, observée pour la troisième année consécutive.
L’analyse sur 5 ans confirme ce glissement. Sur la période, 35 % des sites de baignade se sont dégradés, contre 5 % seulement qui se sont améliorés. Le rapport est donc de sept sites qui reculent pour un site qui progresse. La brochure qualifie explicitement cette dynamique de tendance défavorable, malgré le haut niveau de conformité affiché.
Cette érosion par le haut est le véritable enseignement du bilan. La conformité réglementaire tient, néanmoins la marge de sécurité se réduit à mesure que les sites glissent des catégories supérieures vers la catégorie suffisante, celle dont le franchissement à la baisse entraîne le déclassement.
Grand’Rivière, le cas isolé et sa cause inattendue
Le site de baignade en rivière de Grand’Rivière est le seul classé en qualité insuffisante. Sur la période de référence, 28 % des échantillons y ressortent en bonne qualité, 68 % en qualité moyenne et 4 %, soit sept prélèvements, en mauvaise qualité, incompatible avec la baignade.
L’origine de la contamination distingue ce site de la plupart des autres points de mesure du territoire. Contrairement à certains sites urbanisés, où les pollutions renvoient aux eaux usées insuffisamment traitées, les pollutions fécales relevées à Grand’Rivière pourraient être liées à la présence de populations de porcs féraux, des cochons domestiques retournés à l’état sauvage, sur le bassin versant naturel de la rivière. Le site fait l’objet d’un suivi rapproché et d’interdictions temporaires dès que les seuils critiques sont franchis.
L’assainissement au cœur des leviers annoncés
Les perspectives listées par l’ARS désignent sans ambiguïté la source principale du risque.
- Le premier levier consiste à poursuivre et renforcer les travaux de mise en conformité de l’assainissement collectif dans les secteurs susceptibles d’impacter des sites de baignade.
- Le deuxième porte sur l’assainissement individuel des particuliers, avec une mobilisation des citoyens autour de la mise en conformité de leurs installations et une information sur le dispositif de financement de l’assainissement des particuliers, le DFAP.
L’agence prévoit également de renforcer la surveillance quotidienne des sites, d’adapter les outils de gestion tels que les profils de baignade, de consolider les mesures de protection de la santé des baigneurs en cas de pollution ponctuelle et d’intégrer au classement annuel de nouveaux sites actuellement à l’étude.
La chaîne d’acteurs mobilisée illustre la dimension collective du sujet : les mairies, responsables des baignades et de la surveillance quotidienne, l’ARS, la préfecture, les trois intercommunalités que sont CAP Nord Martinique, la CACEM et l’Espace Sud, les exploitants de l’assainissement et l’Office de l’eau Martinique.
Ce que le baigneur doit retenir
Les risques sanitaires liés à une eau dégradée sont d’origine microbiologique et se traduisent principalement par des infections cutanées, des otites, des infections des yeux et, plus rarement, par des symptômes gastro-intestinaux.
L’ARS recommande de consulter la qualité de l’eau avant tout déplacement, de respecter les interdictions temporaires de baignade, d’éviter la baignade après un épisode pluvieux intense ainsi qu’en présence de sargasses, de signaler tout incident à la mairie et de consulter un médecin en cas de symptômes. Les résultats d’analyses et les mesures d’interdiction temporaire sont tenus à jour toute l’année et accessibles publiquement.



