19 424 logements, 79 millions investis : la SIG a dévoilé les comptes de ses 75 ans

La Société Immobilière de la Guadeloupe (SIG) a publié son rapport annuel 2025, un document de 32 pages intitulé « Une année d’engagement au service des territoires et des habitants ». Filiale du groupe CDC Habitat depuis 2019, le premier bailleur social de l’archipel y détaille sa production, son patrimoine, sa gouvernance et ses résultats financiers, l’année où il a célébré son 75e anniversaire. Lecture des chiffres.

Un parc de 19 424 logements, premier du réseau antillais

Le patrimoine géré par la SIG atteint 19 424 logements au 31 décembre 2025, répartis sur l’ensemble du département et ses îles proches. La carte publiée dans le rapport montre une concentration nette aux Abymes, seule commune classée dans la tranche supérieure des 5 000 logements, suivie de Baie-Mahault, du Lamentin et de Pointe-à-Pitre dans la fourchette des 1 000 à 2 500 logements. Marie-Galante et Saint-Martin figurent également dans le périmètre.

Rapporté au réseau ultramarin de CDC Habitat, ce volume place la SIG devant la SIMAR martiniquaise et ses 12 457 logements, à un niveau proche de 2terHabitat en Guyane (19 950), et loin derrière la SIDR réunionnaise (27 656). L’ensemble du groupe revendique 573 465 logements, 11 200 collaborateurs et près de 20 000 nouveaux logements produits chaque année.

Une production contrariée, une réhabilitation offensive

La lecture de la production 2025 mérite d’être nuancée. La société a livré 114 logements et commerces, mis en chantier ou acquis 221 logements, et lancé 262 réhabilitations, pour un total de 79 millions d’euros d’investissements.

Le rapport reconnaît lui-même des « résultats contrastés » : les objectifs de livraison en construction neuve « accusent un certain retard, imputable notamment à des défaillances de prestataires ». La stratégie d’acquisitions a permis de limiter l’écart, avec 177 mises en chantier émises sur les 198 initialement prévues. Cette franchise dans un document de communication institutionnelle mérite d’être relevée.

La réhabilitation constitue l’autre versant, nettement plus dynamique. Trois résidences ont été livrées après vingt-quatre mois de travaux : Les Barbadines au Moule (261 logements, 13,2 millions d’euros TTC), Morne Flory aux Abymes (86 logements, 4,76 millions d’euros TTC) et Les Glycines au Moule (619 000 euros TTC). Les deux premières opérations comportaient un volet de confortement parasismique lourd, réalisé en site occupé, c’est-à-dire avec les locataires maintenus dans les logements.

Cinq nouvelles opérations de réhabilitation ont été lancées en 2025 pour près de 20 millions d’euros, dont les 111 logements des Citronniers à Saint-François (8,113 millions), les 119 logements de Champ Grillé au Moule (9,175 millions) et les 34 logements de la résidence Kalpata au Raizet (2,621 millions).

Le redressement du résultat net

Les données financières livrent l’information la plus éclairante du document. Le chiffre d’affaires s’établit à 116,25 millions d’euros en 2025, quasi stable par rapport aux 116,54 millions de 2024, après une progression de près de dix millions entre 2023 et 2024.

Le résultat après charges et produits calculés, lui, change d’échelle : 7,76 millions d’euros en 2025, contre 2,89 millions en 2024 et 5,34 millions en 2023. Un quasi-triplement en un exercice. Le résultat avant amortissements, dépréciations et provisions suit la même pente, passant de 49,22 à 58,04 millions d’euros.

Deux éléments contribuent à cette performance. La vente de 71 logements a généré 7,1 millions d’euros de plus-values, ventes de terrains incluses. La cession de 44 logements de la résidence Fleurs de Canne à l’ONV Action Logement ouvre par ailleurs l’accession à la propriété aux locataires concernés.

Côté ressources humaines, l’effectif moyen atteint 202 salariés, en hausse continue depuis 2023 (197 puis 199). La masse salariale s’élève à 11,39 millions d’euros et les charges patronales à 6,11 millions. L’index d’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes affiche 91 points.

Une gouvernance à trois clés

Le capital de la SIG atteint 100,94 millions d’euros. Sa répartition dessine clairement l’équilibre des pouvoirs :

  • CDC Habitat détient 51,29 %
  • le Département de la Guadeloupe 36,66 %
  • les communes 10,96 %
  • la Caisse d’allocations familiales 1,06 %
  • l’association du personnel 0,03 %
  • l’État une part résiduelle de 0,00092 %.

Le conseil d’administration réunit les représentants de ces actionnaires, présidé par Jean-Philippe Courtois, vice-président du Conseil départemental, la direction générale étant assurée par Olivier Bajard. Anne-Sophie Grave, présidente du directoire de CDC Habitat, y siège aux côtés de Florence Desille pour le ministère des Outre-mer.

Rénovation urbaine : Pointe-à-Pitre et Cap Excellence en phase opérationnelle

Soixante ans après la première rénovation urbaine de Pointe-à-Pitre, la SIG est engagée dans deux opérations majeures. Le bilan prévisionnel de la concession d’aménagement RUPAP a été réévalué à 128,3 millions d’euros hors taxes par un avenant numéro 11, afin d’intégrer la démolition des immeubles récemment acquis auprès de la Ville et le rôle d’opérateur d’aménagement de la société sur les secteurs de Bergevin et de Chanzy. Ces opérations concerneront à terme 333 logements.

L’indicateur le plus parlant reste le taux de vacance observé au 31 décembre 2025 sur ces secteurs : supérieur à 80 %, il témoigne de l’avancement effectif de la libération des immeubles, condition préalable aux premières démolitions programmées dès 2026.

L’opération d’aménagement de Grand Camp a vu son bilan financier actualisé à 93,4 millions d’euros hors taxes par un avenant signé en juin. Sur le projet RUCAP porté avec Cap Excellence, les relogements sont réalisés à plus de 80 %.

Une première guadeloupéenne : la certification NF Habitat HQE

La résidence Georges Dagonia, au Lamentin, est devenue la première résidence neuve certifiée NF Habitat HQE Très Performant en Guadeloupe, l’attestation finale de conformité ayant été délivrée le 10 décembre 2025 par Cerqual Qualitel Certification.

Le programme, signé de l’architecte Erick Halley, comprend 22 logements locatifs sociaux, treize T2 et neuf T3, dont six entièrement accessibles aux personnes à mobilité réduite, auxquels s’ajoute un espace médical de 263 mètres carrés en rez-de-chaussée. Cédric Caillier, responsable outre-mer et international chez Cerqual, souligne dans le rapport que la certification va au-delà des exigences de la Réglementation Thermique de Guadeloupe. Christelle Yameogo, cheffe de projet à la SIG, y voit « une référence en matière d’habitat inclusif sur le territoire guadeloupéen ».

Bik Bô Kaz, le pari de la proximité

L’année 2025 a été marquée par le lancement du label Bik Bô Kaz, outil d’ingénierie partenariale destiné à structurer un réseau de tiers-lieux inclusifs. Le premier comité technique s’est tenu le 18 mars à Lacroix, aux Abymes, avec l’association Les Fromager. La Guadeloupe Recyclerie Solidaire, la CRESS-IG, le CCAS des Abymes et l’UFOLEP ont rejoint le dispositif.

Le partenariat avec les Compagnons Bâtisseurs a touché 236 locataires du parc social en 2025, à travers treize dépannages pédagogiques, dix-huit animations collectives et trois chantiers solidaires. La Guadeloupe Recyclerie Solidaire a déployé une trentaine de colonnes d’apport volontaire textile dans les résidences.

Autre inflexion notable, l’arrivée des treize premiers gardiens d’immeuble, une politique de présence de terrain que la SIG entend étendre en 2026. Le Centre de la Relation Client, créé en 2015 et premier du genre aux Antilles, a fêté ses dix ans le 17 octobre.

Ce que 2026 réserve

Les négociations engagées avec la SEMSAMAR, portant sur l’échange du parc saint-martinois de la SIG contre une partie du patrimoine guadeloupéen de la société d’économie mixte, « progressent de manière très satisfaisante » et devraient aboutir à une cession croisée à l’horizon 2026. Cette opération renforcerait le parc sur Basse-Terre, Grande-Terre et Marie-Galante, et améliorerait le résultat financier dès le prochain exercice.

Le chiffre à retenir : 7,76 millions d’euros de résultat net, soit un quasi-triplement en un exercice, dans un territoire où la demande de logements dépasse les 14 000 selon le rapport lui-même.

Mylène Colmar
Mylène Colmar

Journaliste, consultante éditoriale et éditrice, je décrypte la Grande Caraïbe depuis 2015. Mon objectif : rendre cette région plus lisible, plus compréhensible et plus visible auprès du grand public.