La Grande Caraïbe expliquée, analysée et racontée autrement
Aux États-Unis, les démocrates reprennent le Congrès : quelles conséquences pour la Grande Caraïbe ?

Le 3 novembre, les démocrates ont remporté la Chambre des représentants et le Sénat lors des élections de mi-mandat aux États-Unis. Opérations militaires en mer des Caraïbes, Venezuela, Cuba, statut de protection temporaire des Haïtiens et des Vénézuéliens : ce basculement du Congrès devrait ouvrir une nouvelle période pour les relations entre les Etats-Unis et la Grande Caraïbe.
Un basculement net du Congrès
Les chiffres définitifs ne sont pas encore arrêtés, toutefois l’ampleur du résultat se dessine. Pour la Chambre, les démocrates ont déjà dépassé les 218 nécessaires à la majorité. Au Sénat, les démocrates ont déjà largement remporté les sièges nécessaires à la majorité. Les nouveaux élus prendront leurs fonctions le 3 janvier 2027.
Le coût de la vie, la politique migratoire et la guerre en Iran figuraient parmi les principales préoccupations des électeurs.
Des pouvoirs nouveaux, mais encadrés
Le contrôle des deux chambres donne aux démocrates le pouvoir d’émettre des injonctions, de tenir des auditions et d’enquêter sur l’administration Trump, notamment sur ses opérations de contrôle de l’immigration, ses décisions budgétaires et son usage du pouvoir exécutif. Ils gagnent aussi un levier important sur les dépenses fédérales.
Ces pouvoirs restent toutefois limités. Le droit de veto présidentiel et les règles du Sénat restreignent leur capacité à légiférer sans soutien républicain : il faut 60 voix au Sénat pour surmonter l’obstruction parlementaire. Le chef de la majorité républicaine sortante, John Thune, a d’ores et déjà prévenu que son camp ne resterait pas les bras croisés face aux tentatives de défaire le bilan républicain. Donald Trump, de son côté, s’est montré confiant pour les deux dernières années de son mandat.
Les frappes en mer des Caraïbes sous surveillance
Pour la Caraïbe, le dossier le plus immédiat concerne les opérations militaires. Depuis plus d’un an, l’administration Trump mène des frappes contre des embarcations soupçonnées de transporter de la drogue dans la région et le Pacifique Est. Les démocrates du Congrès ont critiqué ces frappes et pourraient chercher à encadrer les opérations militaires en Amérique latine en jouant sur leur financement.
Les commissions parlementaires pourraient également demander des rapports de renseignement sur ces opérations.
Le Venezuela, premier dossier régional
Le Venezuela apparaît comme la priorité régionale du nouveau Congrès. Les accords pétroliers et les opérations militaires devraient faire l’objet d’un examen approfondi. En septembre, les élus démocrates Gregory Meeks et Robert Garcia avaient déjà demandé au secrétaire d’État Marco Rubio et au ministre de la Justice des informations sur la gestion des revenus pétroliers vénézuéliens et sur l’accord annoncé par Donald Trump. Cet accord conclu fin août confierait aux États-Unis le « contrôle » de plus de 65 milliards de barils de pétrole vénézuélien.
Les démocrates disposent désormais des outils pour conditionner certains financements à davantage de transparence et pour pousser l’exécutif à accélérer un processus électoral au Venezuela.
Diasporas et statut de protection temporaire
Les communautés caribéennes des États-Unis suivent de près la question migratoire. Les associations de défense des immigrés caribéens ont salué le résultat. La procureure générale de New York, Letitia James, réélue, avait contesté en justice plusieurs politiques de l’administration, notamment sur le statut de protection temporaire (TPS) des Haïtiens.
Les attentes doivent cependant être nuancées. Le rétablissement du TPS suppose l’accord des deux chambres et la signature présidentielle : la nouvelle majorité ne peut donc pas l’imposer seule.
A noter : côté représentation, l’élue démocrate Yvette Clarke, fille d’immigrés jamaïcains et représentante d’une circonscription de Brooklyn à forte population caribéenne, a été réélue.
Cuba et la marge de manœuvre caribéenne
Le quotidien jamaïcain The Gleaner rappelle les pressions exercées par Washington sur les pays caribéens, dont la Jamaïque, pour qu’ils mettent fin à leurs accords de coopération médicale avec Cuba, alors que l’embargo contre La Havane s’est durci. Le journal évoque aussi les pressions pour réduire les relations avec la Chine, devenue une source majeure de financement des infrastructures dans la région.
Pour le Gleaner, la perspective d’un contre-pouvoir parlementaire pourrait offrir aux petits pays de la région un peu d’air face aux pressions de l’administration Trump. Le quotidien appelle les 14 membres indépendants de la CARICOM à convoquer rapidement un sommet spécial pour coordonner leur approche, et à dialoguer à la fois avec la Maison-Blanche et avec les démocrates qui contrôlent désormais le Congrès.
Une région qui n’était pas au cœur du scrutin
Il convient enfin de relativiser. L’Atlantic Council souligne que la politique latino-américaine n’était pas vraiment en jeu dans ce vote et que les démocrates devraient d’abord se concentrer sur le pouvoir d’achat. Le sénateur Bernie Sanders a lui-même reconnu que son parti n’était « pas très populaire », malgré sa victoire.
Pour la Grande Caraïbe, le changement passera donc moins par de grandes lois que par le contrôle parlementaire, les auditions et les arbitrages budgétaires, dans un rapport de force où la Maison-Blanche conserve l’essentiel de la politique étrangère.
