Ces dernières semaines, les États-Unis ont mené ou revendiqué des attaques ciblées contre des bateaux dans l’espace caribéen, officiellement au nom de la sécurité maritime, de la lutte contre les trafics ou de la protection de leurs intérêts stratégiques.
Ces opérations ont ravivé une question simple en apparence, mais politiquement explosive : les États-Unis ont-ils le droit d’agir militairement dans la mer des Caraïbes ? Et, au fond, à qui appartient cette mer ?
Derrière ces interventions se cache une réalité juridique souvent mal comprise : la mer des Caraïbes https://mylenecolmar.com/mer-des-caraibes-5-faits-etonnants-que-vous-ne-connaissez-sans-doute-pas/ n’appartient à aucun État, même si elle est étroitement encadrée par le droit international.
La mer des Caraïbes, un espace stratégique sous haute tension
Mer semi-fermée de l’océan Atlantique, la mer des Caraïbes borde plus de 30 territoires. Elle constitue un carrefour maritime majeur entre l’Amérique du Nord, l’Amérique centrale, l’Amérique du Sud et l’Europe, avec des routes essentielles vers le canal du Panama.
Cette importance stratégique explique la forte présence militaire, en particulier américaine, mais aussi les crispations régionales dès lors que des opérations armées ont lieu dans cet espace.
Ce que dit le droit international, très clairement
Le cadre juridique de référence est la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM). Elle ne laisse que peu de place à l’interprétation politique.
- Les eaux territoriales : la souveraineté des États
Chaque État côtier dispose d’eaux territoriales s’étendant jusqu’à 12 milles nautiques depuis ses côtes.
Dans cette zone, l’État est souverain. Toute intervention militaire étrangère y est, en principe, strictement encadrée et politiquement sensible.
- Les zones économiques exclusives (ZEE) : droits sans souveraineté
Au-delà des eaux territoriales, les États disposent d’une zone économique exclusive (ZEE) pouvant aller jusqu’à 200 milles nautiques.
Dans une ZEE :
- l’État ne possède pas la mer
- il détient des droits exclusifs sur les ressources naturelles
- la navigation et certaines opérations militaires étrangères restent autorisées, sous conditions.
C’est précisément dans ces zones que se situent la plupart des tensions actuelles.
Une mer découpée en une multitude de ZEE
La géographie caribéenne rend la situation particulièrement complexe. Les ZEE de nombreux pays se chevauchent ou se touchent directement : Mexique, Colombie, Venezuela, Cuba, Jamaïque, Haïti, République dominicaine, Nicaragua, Costa Rica, Panama, mais aussi la France via la Guadeloupe, la Martinique, Saint-Martin et Saint-Barthélemy.
Ce morcellement explique l’existence de litiges maritimes récurrents, parfois arbitrés par la Cour internationale de justice, notamment entre la Colombie et le Nicaragua.
La haute mer : un espace sans propriétaire
Les zones qui ne relèvent ni des eaux territoriales ni des ZEE constituent la haute mer.
Elles n’appartiennent à personne. Tous les États peuvent y naviguer et y opérer, dans le respect du droit international.
C’est souvent dans ces espaces que les États-Unis justifient leurs interventions, en invoquant la liberté de navigation et la sécurité internationale.
Pourquoi les actions américaines posent question
- Sur le plan juridique, les États-Unis peuvent intervenir en haute mer, voire dans certaines ZEE.
- Sur le plan politique, ces actions sont perçues par plusieurs pays caribéens comme une extension de l’influence américaine dans une région historiquement considérée comme sa zone stratégique.
La question n’est donc pas seulement juridique. Elle est profondément géopolitique.
La mer des Caraïbes n’appartient à personne. Cependant, dans les faits, ce sont les rapports de force qui dictent qui agit, où et comment. Les récentes attaques de bateaux rappellent une réalité brutale : dans cet espace maritime morcelé, le droit existe, mais la puissance militaire continue de peser lourdement sur son application.




