Comment gouverner sans chiffres fiables ? L’Organisation des États de la Caraïbe orientale (OECO) a fait le pari des données ouvertes avec sa plateforme statistique en ligne, un portail unique qui rassemble les données économiques, sociales et environnementales de la Caraïbe orientale.
Accessible à tous, chercheurs, décideurs, journalistes ou simples citoyens, cet outil de statistiques officielles comparables entre pays devient un levier essentiel de l’intégration régionale, du suivi des Objectifs de développement durable et des politiques publiques dans les petits États insulaires de la Grande Caraïbe.
Un guichet unique pour les chiffres de la région
Dans une région fragmentée en petites économies insulaires, comparer les chiffres d’un pays à l’autre relevait longtemps du parcours du combattant. Chaque office national de statistique publiait ses données selon ses propres formats et calendriers. La Commission de l’OECO a voulu rompre avec cette dispersion en créant un portail web de diffusion de données, présenté comme le « one-stop-shop » des données régionales comparables.
Concrètement, la plateforme stocke les données par pays, les agrège au niveau régional, conserve les métadonnées et les restitue sous forme de cartes, de tableaux et de graphiques interactifs.
Le portail regroupe sept modules complémentaires :
- une recherche de données par pays et par période
- un tableau de bord cartographique
- un outil permettant aux utilisateurs de téléverser leurs propres données pour les visualiser
- une interface de programmation (API) pour connecter des applications en temps réel
- un tableau de bord dédié aux Objectifs de développement durable
- un espace citoyen où chacun peut signaler les thèmes qui lui importent, et un catalogue de microdonnées recensant les enquêtes et leurs jeux de données.
Les jeux de données couvrent les champs social, économique, environnemental et celui des technologies de l’information et de la communication. Le financement du portail a été assuré par le 11e Fonds européen de développement, au titre du programme régional pour l’intégration, la croissance, l’harmonisation et la technologie (RIGHT).
Une longue marche vers la souveraineté statistique
Cette plateforme ne sort pas de nulle part. Elle s’inscrit dans la Stratégie régionale de développement de la statistique 2016-2030 de l’OECO, lancée en 2017 sous le thème évocateur « Révolutionner la statistique, développer nos sociétés ». Le mandat statistique de l’organisation figure d’ailleurs dans le Traité révisé de Basseterre, qui appelle les États membres à coordonner et harmoniser leurs actions dans ce domaine.
Le portail actuel a un ancêtre : OECSInfo 2.0, base de données lancée en juin 2017 avec le soutien de l’UNICEF, adaptation régionale de l’outil DevInfo des Nations unies. Dès cette époque, la Commission affichait l’ambition d’offrir aux décideurs, aux étudiants et aux médias un accès simple à des statistiques de qualité.
Le développement se poursuit aujourd’hui avec l’appui de deux projets structurants :
- le projet Data for Decision-Making (2022-2027), financé par la Banque mondiale au bénéfice de Sainte-Lucie, de Saint-Vincent-et-les-Grenadines, de Grenade et de la Dominique
- le projet d’évaluation renforcée de la pauvreté (eCPA), financé par la Banque de développement des Caraïbes.
Un Conseil régional de gouvernance des données, lancé en octobre 2023 à Sainte-Lucie, veille désormais à l’harmonisation des politiques et pratiques en matière de données dans toute la région.
Un chantier ouvert, un enjeu démocratique
La Commission de l’OECO ne cache pas que le portail demeure un chantier en cours, enrichi progressivement par thématiques. L’enjeu dépasse toutefois la seule technique. Des statistiques fiables et comparables conditionnent l’évaluation des politiques publiques, la lutte contre la pauvreté, le suivi des objectifs climatiques et la capacité des citoyens à demander des comptes à leurs gouvernements.
Pour des petits États insulaires en développement, exposés aux chocs climatiques et économiques, disposer de ses propres données, produites et diffusées par la région pour la région, constitue une forme de souveraineté. La Caraïbe orientale vient de s’en donner les moyens.




