La Grande Caraïbe expliquée, analysée et racontée autrement
Choose Outre-mer : le 1er octobre, Paris mettra ses territoires en vitrine devant les investisseurs

Le premier sommet économique « Choose Outre-mer » se tiendra le 1er octobre 2026 à la Banque de France, à Paris. Voulu par la ministre des Outre-mer Naïma Moutchou, il entend transposer aux territoires ultramarins la mécanique de « Choose France » et attirer les capitaux privés vers la Guyane, les Antilles, l’océan Indien et le Pacifique. Pour la Caraïbe française, dont les économies restent structurellement dépendantes des importations, le rendez-vous vaut test de crédibilité.
Un Choose France en format ultramarin
La méthode est connue. Depuis 2018, le sommet Choose France réunit à Versailles les dirigeants de multinationales autour du chef de l’État et convertit ces rencontres en annonces d’implantations. L’édition 2026 a été présentée comme un record, avec 93 milliards d’euros d’investissements et 15 600 emplois annoncés.
Le format ultramarin reprend ce principe à une autre échelle. La ministre des Outre-mer, nommée le 12 octobre 2025 dans le gouvernement Lecornu II, assume une lecture économique de sa feuille de route et considère que la meilleure politique sociale reste la création de richesses, dans des territoires dont l’économie a selon elle été délaissée.
Ce que prévoit la journée
3 briques structurent le programme annoncé.
- Des rencontres directes entre entreprises, investisseurs et décideurs publics d’abord, sur le modèle des rendez-vous d’affaires de Versailles.
- Un fonds à impact public-privé ensuite, doté de plusieurs dizaines de millions d’euros.
- Un dispositif de « job dating » enfin, organisé avec France Travail et l’Apec à Paris ainsi que dans cinq préfectures ultramarines.
L’ordre de grandeur du fonds mérite d’être rapporté aux besoins. Plusieurs dizaines de millions d’euros représentent une fraction très modeste des montants brassés par le sommet hexagonal, ce qui situe l’exercice davantage dans l’amorçage et le signal envoyé aux marchés que dans le financement massif.
Or guyanais, nickel calédonien, biodiversité polynésienne
Les filières mises en avant pour convaincre les investisseurs dessinent une géographie précise :
- l’or et le spatial en Guyane
- le nickel en Nouvelle-Calédonie
- la biodiversité en Polynésie française.
3 territoires, 3 ressources identifiables, trois récits d’attractivité facilement exportables.
L’absence des Antilles de cette vitrine sectorielle interroge. Ni le tourisme, ni l’agroalimentaire, ni l’économie bleue guadeloupéenne ou martiniquaise ne figurent dans les secteurs cités lors de la présentation du sommet. Pour un bassin caribéen qui cherche à faire reconnaître ses avantages comparatifs face à ses voisins de la région, la question du positionnement reste donc ouverte.
Les chiffres qui expliquent l’urgence
Le tableau de bord économique des Outre-mer publié en avril 2026 par l’IEDOM et l’IEOM situe l’écart. Le produit intérieur brut par habitant atteint :
- 28 638 euros en Guadeloupe, soit 67,4 % du niveau national
- 29 195 euros en Martinique, soit 68,8 %
- 17 425 euros en Guyaane, soit 40,8 % du niveau national.
Le déséquilibre commercial est plus parlant encore. Le taux de couverture des importations par les exportations s’établit à :
- 10,2 % en Guadeloupe
- 11,8 % en Martinique
- 7,0 % en Guyane.
Autrement dit, ces territoires achètent au reste du monde près de 10 fois ce qu’ils lui vendent.
Le marché du travail complète le tableau. Le chômage touche :
- 16,8 % des actifs en Guadeloupe
- 12,3 % en Martinique
- 16,9 % en Guyane
- 30,1 % à Saint-Martin.
Selon l’Insee, le taux de chômage des 15-29 ans en Guadeloupe est monté à 32 % en 2025 , en hausse de 4 points sur un an, pour un taux d’emploi des 15-64 ans de 55 % contre 70 % dans l’Hexagone.
Un sommet adossé à un calendrier législatif incertain
L’événement du 1er octobre s’inscrit dans une séquence plus large. Le projet de loi de lutte contre la vie chère dans les Outre-mer, déposé au Sénat en juillet 2025 et adopté par les sénateurs le 28 octobre 2025, attend toujours son examen à l’Assemblée nationale. La ministre en avait annoncé le report fin novembre 2025, estimant que le texte pouvait aller beaucoup plus loin, alors que les prix alimentaires peuvent dépasser de plus de 40 % ceux de l’Hexagone.
3 autres chantiers accompagnent le sommet :
- la réduction des délais de paiement qui asphyxient la trésorerie des petites entreprises
- le maintien annoncé de la LODEOM et de ses allègements de cotisations patronales
- la préparation d’une loi d’orientation économique pour l’après-2027.
La ministre a par ailleurs reconnu la lenteur de la reconstruction de Mayotte après le cyclone Chido, une part minoritaire des crédits prévus pour 2026 ayant été effectivement dépensée.



