La Grande Caraïbe expliquée, analysée et racontée autrement
Pont atlantique : 5 ans après, l’Afrique et la Caraïbe passent des symboles aux chantiers

La Journée Afrique-CARICOM du 7 septembre 2026 marque le cinquième anniversaire d’un rapprochement lancé en pleine pandémie.
Le président en exercice de la CARICOM, Philip J. Pierre, la Première ministre de la Barbade, Mia Mottley, et le Premier ministre de Saint-Kitts-and-Nevis, Terrance Drew, ont publié le même jour trois déclarations qui, mises bout à bout, dessinent le bilan d’une alliance devenue concrète : liaison aérienne directe, siège caribéen d’Afreximbank en construction, coopération sanitaire, et une justice réparatrice désormais inscrite à l’agenda des Nations unies.
5 ans, 2 sommets, un mémorandum
Le premier sommet Afrique-CARICOM s’est tenu le 7 septembre 2021, en format virtuel, sous le thème « Unité par-delà les continents et les océans : opportunités pour approfondir l’intégration ». La date est devenue celle de la Journée Afrique-CARICOM.
Le deuxième sommet s’est tenu le 7 septembre 2025 au siège de la Commission de l’Union africaine, à Addis-Abeba, première rencontre en présentiel entre les deux ensembles. Son thème annonçait la couleur : « Partenariat transcontinental en faveur de la justice réparatrice pour les Africains et les personnes d’ascendance africaine ».
Entre les deux, un mémorandum d’entente a été signé le 26 septembre 2024 entre les secrétariats de la CARICOM et de l’Union africaine, couvrant le commerce, la santé, l’éducation, la technologie et la diplomatie.
Dans son message du 7 septembre 2026, Philip J. Pierre rappelle que les peuples de la Communauté caribéenne sont « des composantes essentielles de la Sixième Région de l’Union africaine » et qualifie cette alliance de « modèle de coopération Sud-Sud » censé produire « des bénéfices pratiques et mesurables ».
Ce que le partenariat a produit en 18 mois
Le 24 mars 2025, Afreximbank a posé la première pierre de l’Afreximbank African Trade Centre à Jemmotts Lane, à Saint-Michel, à la Barbade. Le projet, évalué à 180 millions d’euros, prévoit deux tours de douze étages abritant le siège caribéen de la banque, des bureaux, un hôtel et des espaces de conférence, ainsi qu’une plateforme numérique de commerce.
Environ un millier d’emplois sont attendus pendant le chantier et 300 postes permanents à l’ouverture. Philip J. Pierre salue un partenariat dont le bureau caribéen « continue de catalyser le financement des infrastructures, des petites entreprises et du commerce ».
Le 24 mai 2026, la compagnie nigériane Air Peace a inauguré une liaison directe Lagos-Barbade, opérée en Boeing 777 à raison de deux rotations mensuelles. Le vol inaugural transportait plus de 284 passagers. La desserte vise à supprimer les escales multiples qui séparaient jusqu’ici les deux régions.
Le volet sanitaire suit la même logique. Un mémorandum signé le 20 mai 2026 à Genève entre la Barbade et l’Éthiopie établit un cadre de mobilité des personnels de santé, permettant le recrutement éthique de médecins et d’infirmiers spécialisés pour combler les pénuries du système public barbadien. Mia Mottley y fait référence en citant le renfort de professionnels éthiopiens au Queen Elizabeth Hospital.
La justice réparatrice, colonne vertébrale du dialogue
C’est le champ où la progression a été la plus rapide. Le 25 mars 2026, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté la résolution A/RES/80/250, portée par le président ghanéen John Dramani Mahama, reconnaissant la traite transatlantique et l’esclavage racialisé comme le crime contre l’humanité le plus grave. 123 États l’ont soutenue, les États occidentaux se sont abstenus, les États-Unis, Israël et l’Argentine ont voté contre.
En juin 2026, Accra a accueilli une conférence consultative de haut niveau intitulée « Next Steps », dont sont issus les engagements d’Accra sur la justice réparatrice et la création de trois panels internationaux chargés d’en piloter la mise en œuvre. Mia Mottley siège au Panel consultatif mondial sur la justice réparatrice, mandat qu’elle mentionne dans sa déclaration.
3 jours avant la Journée Afrique-CARICOM, le 4 septembre 2026, l’Assemblée générale a adopté une résolution présentée par le Togo au nom du groupe africain, encourageant gouvernements, écoles, organisations internationales et entreprises technologiques à recourir aux projections cartographiques équivalentes, la projection Equal Earth en particulier, lorsque la comparaison des superficies est en jeu. Le texte a recueilli 164 voix pour, une contre, celle des États-Unis, et six abstentions. « Une carte juste ne change pas la géographie du monde, elle change la façon dont nous voyons le monde », a déclaré le ministre togolais des Affaires étrangères, Robert Dussey.
3 voix, une même métaphore
Les trois déclarations convergent vers une image, celle de l’océan retourné comme un gant.
- Terrance Drew évoque la transformation de l’Atlantique, « autrefois symbole de séparation et de souffrance », en « pont atlantique, un pont d’espoir, de progrès et de prospérité partagée ».
- Mia Mottley écrit que « l’Atlantique doit désormais porter la promesse de notre avenir aussi sûrement qu’il porte la mémoire de notre passé », avant de conclure : « Nos ancêtres se sont vu refuser le droit de choisir leur destination. Notre devoir est de garantir que leurs descendants puissent façonner leur destin. »
La Barbadienne est la seule des trois à formuler explicitement un reproche. Elle constate qu’il reste « beaucoup à faire pour que les voyages, le commerce, l’éducation et les opportunités circulent plus librement » entre les deux régions, et appelle davantage de voix à montrer ce qui unit plutôt que ce qui divise.



