Géothermie en Guadeloupe : un financement stratégique pour changer d’échelle

Le 23 avril, à Baie-Mahault, la Banque des Territoires et Bpifrance ont officialisé un partenariat majeur autour de la centrale de Bouillante en Guadeloupe. Leur communiqué de presse met en lumière un projet structurant pour la transition énergétique en Guadeloupe, porté aux côtés d’ORMAT, un groupe énergétique international spécialisé dans la géothermie et, plus largement, dans la production d’électricité à partir de chaleur (y compris chaleur industrielle récupérée).

Derrière l’annonce, des montants significatifs et des ambitions claires pour le territoire.

Un financement massif pour accélérer la production

Le cœur de l’annonce repose sur un soutien financier conséquent :3,2 millions d’euros en investissement pour la Banque des Territoires et 22 millions d’euros sous forme de prêt accordé par Bpifrance.

Ce financement vise trois objectifs opérationnels précis :augmenter la capacité de production grâce à de nouveaux forages, moderniser les installations existantes et améliorer la résilience du réseau électrique local.

L’enjeu dépasse la simple optimisation technique. Il s’agit de réduire la dépendance de l’archipel aux énergies fossiles, dans un contexte insulaire où les coûts et la sécurité énergétique restent des défis majeurs.

Une centrale déjà stratégique pour l’île

La centrale géothermique de Bouillante n’est pas un projet émergent. Elle constitue depuis plus de 30 ans un pilier du système énergétique guadeloupéen.

Aujourd’hui, elle affiche une capacité de production de 15,5 MW, soit près de 10 % des besoins électriques de l’île.

Son impact environnemental est loin d’être marginal : environ 220 000 tonnes de CO₂ évitées chaque année.

Autre point clé, souvent sous-estimé : la ressource exploitée repose sur un réservoir situé à 1 200 mètres de profondeur, avec une température avoisinant les 260°C, à la jonction de deux failles tectoniques majeures.

Cela confirme le potentiel géologique exceptionnel de la zone, encore largement sous-exploité.

Cap sur 2030 : doubler la capacité, changer d’échelle

L’ambition affichée est nette : atteindre 50 MW installés d’ici 2030. Si cet objectif est atteint, la centrale pourrait couvrir jusqu’à 20 % des besoins électriques de la Guadeloupe.

Ce changement d’échelle repositionne la géothermie comme une énergie de base, stable et pilotable, contrairement au solaire ou à l’éolien.

Au-delà du territoire guadeloupéen, le projet porte une dimension régionale : Bouillante pourrait devenir un hub géothermique pour la Caraïbe, avec une capacité d’export d’expertise vers d’autres îles comme la Martinique ou la Dominique.

Un projet aligné avec les stratégies nationales

Le projet s’inscrit directement dans les objectifs de la Stratégie nationale bas carbone, qui vise 40% d’énergies renouvelables dans le mix électrique d’ici 2030.

Il s’intègre également dans le plan France 2030, qui consacre 1,2 milliard d’euros au développement de la géothermie.

Autrement dit, la Guadeloupe devient un terrain d’expérimentation concret des politiques énergétiques françaises, avec une technologie adaptée aux contraintes insulaires.

Derrière l’énergie, un enjeu économique et territorial

Au-delà des chiffres, le projet porte un double impact :la décarbonation de l’économie locale et la création d’emplois. Il illustre aussi une tendance de fond : la montée en puissance de partenariats publics-financiers pour sécuriser des projets industriels à forte intensité capitalistique.

Mylène Colmar
Mylène Colmar

Journaliste, consultante éditoriale et éditrice en Guadeloupe. Caribbean blogger depuis 2007.