Sir Kirani James, premier ambassadeur des comités olympiques de la Caraïbe

Le Grenadien Kirani James est devenu le premier ambassadeur sportif de la CANOC (Caribbean Association of National Olympic Committees), l’association qui fédère les comités nationaux olympiques de la Caraïbe.

Son installation a eu lieu le 18 octobre 2026, lors de la 24e Assemblée générale de l’organisation, réunie à Willemstad, à Curaçao. Le choix de l’athlète ne doit rien au hasard : plus jeune champion du monde de l’histoire du 400 mètres, seul médaillé olympique de la Grenade et sportif revenu au plus haut niveau après une grave maladie, il incarne les valeurs que la CANOC veut promouvoir dans toute la région.

Une première pour la CANOC

« La CANOC est fière d’annoncer l’installation de Sir Kirani James comme son premier ambassadeur sportif », indique l’organisation sur son compte X. Lors de la cérémonie, son président, Keith Joseph, a remis à l’athlète une distinction commémorative marquant sa prise de fonctions. La CANOC qualifie l’événement d’« accueil historique dans un nouveau rôle ».

Un prodige venu d’un village de pêcheurs

Kirani James est né le 1er septembre 1992 à Gouyave, petit village de pêcheurs de la côte ouest de la Grenade. À 13 ans, il rejoint SpeedZone, le club de sa ville natale, où il est entraîné par Albert Joseph. Son talent éclate très tôt : selon Olympics.com, il signe le meilleur temps jamais réalisé sur 400 mètres par un athlète de 14 ans, puis une nouvelle meilleure performance mondiale à 15 ans. Aux CARIFTA Games, la grande compétition d’athlétisme des jeunes de la Caraïbe, il bat le record des moins de 20 ans, jusque-là détenu par Usain Bolt.

Il remporte le doublé 200 mètres et 400 mètres aux championnats du monde cadets de 2009, en Italie, puis le titre mondial junior du 400 mètres en 2010, au Canada. Courtisé par une dizaine d’universités américaines, il choisit celle d’Alabama, où il remporte deux titres universitaires nationaux et obtient un diplôme en gestion.

Le plus jeune champion du monde du 400 mètres

En 2011, à Daegu, en Corée du Sud, Kirani James devient à 18 ans le plus jeune champion du monde de l’histoire du 400 mètres.

Il s’impose en 44s60 devant l’Américain LaShawn Merritt et offre à la Grenade sa première médaille aux championnats du monde. Il rejoint ainsi le cercle très fermé des athlètes sacrés champions du monde dans les catégories cadet, junior et senior. Il termine la saison en remportant la Ligue de diamant.

Londres 2012, une médaille historique

L’année suivante, il se présente aux Jeux olympiques de Londres parmi les favoris. En finale, il s’envole dans la ligne opposée, sort du dernier virage avec une large avance et l’emporte en 43s94, record national. Il devance le Dominicain Luguelin Santos et le Trinidadien Lalonde Gordon. Il devient alors le premier coureur non américain à descendre sous les 44 secondes, et surtout le premier médaillé olympique de l’histoire de la Grenade.

« C’est énorme. La Grenade doit être en train de devenir folle », déclare-t-il après la course, cité par Olympics.com. « C’est une étape majeure pour notre pays en athlétisme. Nous sommes sur la carte. »

Une rivalité légendaire

La suite de sa carrière est marquée par sa rivalité avec le Sud-Africain Wayde van Niekerk. Kirani James le devance pour remporter l’or aux Jeux du Commonwealth de Glasgow en 2014, l’année où il porte son record personnel à 43s74. En 2015, à Pékin, il prend le bronze des championnats du monde, derrière Van Niekerk et Merritt, dans la première course de l’histoire où trois hommes passent sous les 44 secondes.

Aux Jeux olympiques de Rio, en 2016, Van Niekerk bat le record du monde en 43s03. Kirani James décroche l’argent en 43s76. « Je suis heureux d’avoir participé à une course qui a marqué l’histoire », déclare-t-il alors.

Il obtient ensuite le bronze olympique à Tokyo, en 2021, en 44s19, et l’argent aux championnats du monde de 2022. Selon son site officiel, il est le premier athlète à avoir remporté 3 médailles olympiques individuelles sur 400 mètres. Il compte aussi 4 victoires finales en Ligue de diamant (2011, 2015, 2022 et 2023).

Une résilience à toute épreuve

La CANOC salue chez lui « dévouement », « résilience » et « excellence sportive ».

Le mot « résilience » renvoie à un épisode marquant de sa carrière. En 2017, l’année qui suit sa médaille d’argent à Rio, Kirani James apprend qu’il est atteint de la maladie de Basedow, une affection auto-immune de la thyroïde. Sur avis médical, il interrompt sa saison. Selon la fédération internationale World Athletics, il fait son retour environ 14 mois plus tard, en remportant une course à Kingston, en Jamaïque. Il retrouve ensuite une finale mondiale à Doha en 2019, puis décroche le bronze olympique à Tokyo.

Un héros national, engagé hors des pistes

En Grenade, son statut dépasse le cadre du sport. Le stade d’athlétisme national et un boulevard portent son nom. Le 7 février 2025, jour du 51e anniversaire de l’indépendance de l’île, il a été fait chevalier grand-croix de l’Ordre de la Nation, la plus haute distinction grenadienne, pour son « service distingué et remarquable rendu à la Grenade ». Cette décoration lui confère à vie le titre de Sir.

C’est ce parcours que la CANOC entend mettre en avant. Elle estime que son exemple continue d’inspirer les athlètes « dans toute la Caraïbe ». Les missions précises de ce nouveau rôle d’ambassadeur n’ont pas été détaillées à l’heure où j’écris.

Mylène Colmar
Mylène Colmar

Journaliste, consultante éditoriale et éditrice, je décrypte la Grande Caraïbe depuis 2015. Mon objectif : rendre cette région plus lisible, plus compréhensible et plus visible auprès du grand public.