Le BTP guadeloupéen au bord du gouffre ? Cri d’alarme des acteurs économiques

Un communiqué signé par 9 organisations professionnelles représentatives, daté du 8 juin et émanant de Guadeloupe Économique, sonne l’alarme sur une crise qui menace l’ensemble du secteur du bâtiment et des travaux publics sur le territoire.

Réunies le 5 juin à Pointe-à-Pitre, ces organisations dressent un tableau sombre d’une filière prise en étau entre une crise d’approvisionnement en matériaux et un ralentissement administratif qui paralyse les chantiers.

9 organisations signataires : l’unité du monde économique

Ce qui confère à ce communiqué un poids particulier, c’est l’ampleur de la coalition qui le porte. Neuf organisations ont apposé leur signature : la CCI des Îles de Guadeloupe (Patrick Vial-Collet), l’Union des Entreprises de Guadeloupe (Bruno Blandin), la MPI Guadeloupe (Franck Desalme), la CPME 971 (Victor Venutolo), la FRBTP Guadeloupe (José Gaddakhan), l’IGUAVIE (Olivier César-Auguste), l’Ordre des Experts-Comptables région Guadeloupe (Thierry Pierre-Justin), le CESER de Guadeloupe (Christophe Wachter) et Catherine Cadrot au nom d’une organisation représentant les moyennes et petites industries.

Cette convergence inhabituelle entre organisations patronales, professionnelles et consultatives illustre la gravité perçue de la situation. Guadeloupe Économique conclut sur une formule volontairement tranchée : « L’heure n’est plus au constat mais à l’action. »

La fermeture d’une carrière comme détonateur

Le déclencheur de la crise est précis : la fermeture d’une carrière locale d’approvisionnement, essentielle au marché guadeloupéen. Depuis plusieurs mois, les entreprises du BTP sont contraintes de se tourner vers des fournisseurs extérieurs à la Guadeloupe, ce qui génère des surcoûts considérables liés au transport, à la logistique et aux délais d’acheminement des matériaux.

Le document insiste sur la nature subie de cette situation : il s’agit d’une crise d’approvisionnement qui « dépasse la responsabilité des entreprises ». Pourtant, les collectivités et maîtres d’ouvrage publics refuseraient de prendre en compte ces surcoûts exceptionnels dans les marchés en cours, creusant ainsi un déséquilibre économique que les entreprises ne peuvent absorber seules.

Une accumulation de facteurs qui fragilise toute la filière

À cette première pression s’en ajoute une deuxième, d’ordre administratif : le ralentissement de la délivrance des permis de construire. Guadeloupe Économique impute ce blocage aux difficultés rencontrées en matière d’alimentation en eau potable et d’assainissement sur le territoire. Le résultat est mécanique : la diminution du nombre de chantiers lancés, le report de projets de logements, d’équipements et d’investissements privés, à un moment où les besoins du territoire demeurent pourtant importants.

La combinaison de ces deux facteurs (surcoûts des matériaux et tarissement des nouvelles commandes) fragilise l’équilibre économique de nombreuses opérations. Les conséquences listées dans le communiqué sont immédiates et concrètes : dégradation rapide de la trésorerie des entreprises, impossibilité d’exécuter les commandes en cours, reports ou ralentissements d’opérations, menaces sur l’emploi local et risques de défaillances d’entreprises, avec à la clé des pertes de compétences jugées indispensables au développement du territoire.

Un appel solennel aux pouvoirs publics

Face à cette situation qualifiée de « crise sans précédent », Guadeloupe Économique interpelle solennellement l’État, les collectivités, les établissements publics et les donneurs d’ordre. Le communiqué réclame l’ouverture sans délai d’un dialogue constructif autour de quatre mesures concrètes :

– la reconnaissance des surcoûts réels liés à l’approvisionnement extérieur

– l’adaptation des marchés publics en cours dont les conditions économiques ont été « profondément modifiées »

– la préservation du tissu économique local et des emplois

– la sécurisation des projets d’investissement structurants pour la Guadeloupe.

Le document note avec une certaine pression calendaire la proximité de deux grands événements pour le territoire (le Tour cycliste de la Guadeloupe et la Route du Rhum), dont la réalisation dépend notamment de la capacité des entreprises locales à être opérationnelles.

Mylène Colmar
Mylène Colmar

Journaliste, consultante éditoriale et éditrice, je décrypte la Grande Caraïbe depuis 2015. Mon objectif : rendre cette région plus lisible, plus compréhensible et plus visible auprès du grand public.