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Ethique de l’Intelligence artificielle : la Grande Caraïbe adopte sa feuille de route 2026-2027

Réunis à Saint-Domingue les 25 et 26 juin, les ministres et hautes autorités de la région ont adopté la Déclaration de Saint-Domingue ainsi qu’une nouvelle feuille de route régionale pour une intelligence artificielle éthique.
Ce troisième sommet, organisé par le gouvernement dominicain via l’OGTIC, l’UNESCO et la CAF (Banque de développement de l’Amérique latine et des Caraïbes), avec le soutien de l’Union européenne, marque un tournant : après deux éditions consacrées à poser les principes, celle de Saint-Domingue engage la région dans la phase de mise en œuvre concrète.
Un processus enclenché depuis 2023
Le sommet de Saint-Domingue s’inscrit dans la continuité d’un dialogue régional entamé à Santiago du Chili en octobre 2023, où avait été créé un groupe de travail spécialisé sur l’éthique de l’IA. La deuxième édition, tenue à Montevideo en octobre 2024, avait permis l’adoption d’une première feuille de route 2024-2025, dont les résultats ont nourri directement les travaux de 2026.
Le nouveau document, daté du 17 septembre 2025 et validé lors du sommet, a été élaboré tout au long de l’année 2025 selon une méthodologie à deux niveaux : un cycle politico-technique associant les pays membres du groupe de travail, et un cycle technique piloté par l’OGTIC, la CAF et l’UNESCO pour harmoniser les contenus. Le processus a également permis d’assurer la cohérence entre la feuille de route et la Déclaration de Saint-Domingue, dans la continuité de celle de Montevideo.
Selon l’UNESCO, l’édition 2026 a enregistré la plus forte participation d’États membres depuis la création de ce mécanisme régional, avec une progression notable de la présence des pays caribéens, renforçant le caractère pleinement latino-caribéen de ce dialogue.
5 axes prioritaires pour 12 mois
La feuille de route 2026-2027 fixe un horizon de mise en œuvre de 12 mois autour de 5 lignes d’action prioritaires :
- gouvernance et régulation
- talent et avenir du travail
- protection des groupes vulnérables
- environnement, durabilité et changement climatique
- infrastructure.
Sur la gouvernance, le texte prévoit la mise en place du Groupe régional d’experts sur la désinformation et l’intelligence artificielle, chargé notamment d’élaborer un manuel de réponse rapide incluant des cas d’usage, des protocoles d’intervention et des mécanismes de coordination interinstitutionnelle, en particulier dans les contextes électoraux.
Un cycle d’ateliers nationaux sur la conception réglementaire de l’IA est également programmé, aligné sur les standards internationaux de l’Union européenne, de l’OCDE, de l’UNESCO et des Nations unies.
Concernant le talent et l’avenir du travail, la priorité va au lancement d’un cours en ligne ouvert (MOOC) destiné à diffuser le cadre de compétences en littératie numérique en IA auprès des autorités nationales, ainsi qu’à une étude comparative sur les programmes d’incitation et de subvention pour la reconversion professionnelle.
La protection des groupes vulnérables s’appuie sur un programme de formation pratique autour du guide d’intégration du genre dans les politiques d’IA, complété par une étude comparative sur les impacts de l’intelligence artificielle sur les enfants et les adolescents.
Sur le volet environnemental, l’accent est mis sur l’élaboration d’un standard régional de données pour mesurer, suivre et comparer l’impact environnemental de l’IA dans la région, sur la base de données ouvertes et transparentes.
Enfin, l’axe infrastructure prévoit une étude régionale sur la demande en infrastructures de calcul haute performance, ainsi qu’un atelier consacré à la conception de bacs à sable de données (data sandboxes), environnements contrôlés permettant d’évaluer la faisabilité technique, légale et éthique de l’usage des données dans les projets d’IA.
Un mécanisme de gouvernance renforcé
La Déclaration de Saint-Domingue institutionnalise les sommets ministériels comme rendez-vous annuel permanent d’examen des progrès régionaux. Le groupe de travail sur l’éthique de l’IA voit son rôle consolidé comme mécanisme de coordination chargé du suivi de la feuille de route, avec un objectif minimal de quatre interactions formelles par an avec des organisations et réseaux internationaux, évaluées trimestriellement par le comité exécutif CAF-UNESCO-OGTIC.
Chaque équipe thématique dispose d’un délai de mise en œuvre plafonné à douze mois, sauf accord exceptionnel. Les politiques, programmes et projets développés par les pays de la région en matière d’IA seront par ailleurs publiés dans l’Observatoire mondial de l’éthique et de la gouvernance de l’IA de l’UNESCO, avec une coordination recherchée auprès d’autres initiatives régionales comme l’Agenda numérique eLAC et le réseau GEALC.
L’UNESCO souligne que ce sommet réaffirme l’engagement de la région envers sa Recommandation sur l’éthique de l’intelligence artificielle, premier cadre normatif mondial en la matière, adopté par les 194 États membres de l’organisation. Le sommet a également mis l’accent sur la nécessité de renforcer les compétences des agents publics, enseignants, professionnels de la justice, journalistes, chercheurs et entreprises pour accompagner cette transition.



