Sortie de l’essai Le Sens de la Guadeloupe d’Axelle Kaulanjan : « que voulons-nous faire du pouvoir que nous réclamons ?  »

Je n’ai pas encore eu le temps d’acheter et de lire le nouvel ouvrage d’Axelle Kaulanjan, du fait d’un agenda chargé lié au bouclage du premier Guide des tendances culinaires de Foodîles qui sortira début novembre.

Cependant, je tenais à faire dès maintenant un clin d’œil à cette sortie. Axelle Kaulanjan est certes une amie, mais elle est surtout une auteure que j’apprécie. J’ai déjà lu et commenté deux de ses précédents ouvrages et, alors qu’elle sort ce livre en auto-édition, je ne pouvais pas ne pas en parler.

Paru le 18 septembre, Le Sens de la Guadeloupe. Pour une autonomie stratégique au cœur de la Caraïbe est un essai de philosophie politique de 141 pages, préfacé par Georges Combé. A commander sur lesensdelaguadeloupe.com et disponible en librairie en Guadeloupe.

Axelle, THE Caribbean Boss Lady

Journaliste devenue consultante en politiques publiques et coopération caribéenne, Axelle Kaulanjan est formée en philosophie, science politique et droit public. Elle a fondé le Caribbean Policy Lab et travaille sur la gouvernance, les politiques publiques, l’intégration régionale et la coopération dans la Caraïbe.

Sa bibliographie compte :

Une question posée avant toutes les autres

Quid de l’avenir institutionnel de la Guadeloupe ? Davantage de compétences, un nouveau statut, quelle relation avec la France ? A ces questions, l’essai en ajoute une autre qui les précède toutes : pour quoi faire ?

L’argument tient en une phrase d’Axelle Kaulanjan : « Je ne voulais pas écrire un livre technique de plus sur le statut. Je voulais revenir à ce qui doit le précéder : le sens du pays. » L’autrice y ajoute sa propre question : « Que voulons-nous devenir capables de faire collectivement ? »

Ce déplacement peut être résumé en 3 mouvements : du statut vers le projet de pays, des compétences vers la capacité d’agir, de l’administration vers le gouvernement.

25 ans après Cyril Serva

La filiation revendiquée avec Cyril Serva n’a rien d’un hommage décoratif. Le concept de « sens du pays », forgé par ce dernier, constitue l’un des points de départ intellectuels de l’ouvrage. Lorsque Cyril Serva disparaît en 2001, Axelle s’apprête à entrer en terminale. Sa pensée avait pourtant déjà circulé jusqu’à elle. 25 plus tard, l’essai assume cette continuité et la prolonge.

La préface de Georges Combé, agrégé de philosophie, compagnon de route de Serva et co-fondateur de la revue Études guadeloupéennes, scelle cet ancrage. Il y écrit : « L’ouvrage d’Axelle Kaulanjan nous fait du bien. Il permet de prendre de la hauteur, de s’extirper du niveau des polémiques insignifiantes pour accorder la priorité à la pensée. »

Le concept central de l’essai ? La domination coloniale n’a pas seulement organisé l’extraction des ressources et des richesses. Elle a déplacé les lieux de décision et privé les sociétés colonisées d’une partie de leur capacité à définir et conduire elles-mêmes leur action collective.

Le point décisif est le suivant : cette extraction peut survivre à la transformation juridique des institutions. Une société peut ainsi disposer de compétences nouvelles sans augmenter réellement sa capacité à anticiper, décider, produire des solutions, nouer des alliances ou maîtriser ses interdépendances.

Pourquoi je vais acheter et lire Le Sens de la Guadeloupe

Faire de la position caribéenne le point de départ du raisonnement, et non son prolongement, constitue un déplacement que peu d’essais publiés dans les départements français d’Amérique assument avec cette netteté. J’ai hâte de lire le livre pour savoir comment ces concepts se traduisent en propositions concrètes.

Mylène Colmar
Mylène Colmar

Journaliste, consultante éditoriale et éditrice, je décrypte la Grande Caraïbe depuis 2015. Mon objectif : rendre cette région plus lisible, plus compréhensible et plus visible auprès du grand public.