La Grande Caraïbe décryptée depuis 2015

Climat : la Grande Caraïbe et l’Amérique latine frappées par une année 2025 extrême
L’Organisation météorologique mondiale (OMM) vient de publier son rapport State of the Climate in Latin America and the Caribbean 2025, un document de référence qui dresse un constat préoccupant sur l’évolution climatique dans la région. Températures record, sécheresses persistantes, ouragans destructeurs, montée accélérée des eaux et fonte des glaciers : l’année 2025 confirme l’intensification des dérèglements climatiques dans l’espace latino-américain et caribéen.
Selon l’OMM, les signes du changement climatique sont désormais « sans équivoque » dans toute la région. L’organisation souligne toutefois que les capacités de prévision et d’anticipation progressent également, permettant dans certains cas de sauver des vies et de limiter les dégâts.
Une région parmi les plus touchées par la hausse des températures
L’année 2025 figure entre la cinquième et la huitième année la plus chaude jamais enregistrée en Amérique latine et dans la Caraïbe. La température moyenne régionale a dépassé de +0,40 °C la moyenne de la période 1991-2020.
Le réchauffement est particulièrement marqué au Mexique, en Amérique centrale et dans plusieurs territoires caribéens, avec des anomalies comprises entre +1 °C et +3 °C. Le Mexique affiche même le rythme de réchauffement le plus rapide de toute la région depuis 1991, avec environ +0,34 °C par décennie.
Le rapport rappelle aussi que 2025 est la deuxième ou troisième année la plus chaude jamais observée à l’échelle mondiale depuis le début des relevés modernes. La concentration atmosphérique de CO₂ a atteint 423,9 ppm en 2024, un niveau record.
Des vagues de chaleur historiques
Les épisodes de chaleur extrême se sont multipliés en 2025.
Le 12 août, la ville de Mexicali, au Mexique, a enregistré 52,7 °C, un record national absolu.
Au Brésil, plusieurs villes ont franchi des seuils historiques. São Paulo a atteint 37,2 °C en décembre, sa température la plus élevée depuis 64 ans de mesures.
L’OMM alerte sur les conséquences sanitaires de ces phénomènes. L’organisation estime que la réduction de la mortalité liée à la chaleur dépendra désormais d’une meilleure coopération entre les secteurs de la santé et du climat, ainsi que d’une intégration plus forte des données climatiques dans les politiques publiques.
Sécheresse : la crise de l’eau s’aggrave
La sécheresse a touché une grande partie de la région durant l’année 2025.
Au Mexique, jusqu’à 85 % du territoire a été affecté par des conditions de sécheresse, provoquant une crise hydrique majeure pour l’agriculture et les réservoirs d’eau.
Dans la Caraïbe, plusieurs îles ont connu des déficits pluviométriques importants, tandis que certaines zones d’Amérique du Sud ont enregistré des déficits dépassant 40 % des normales saisonnières.
Le rapport souligne également que les saisons sèches deviennent plus longues dans plusieurs régions, notamment en Amazonie méridionale et orientale.
Inondations meurtrières et pluies extrêmes
Parallèlement aux sécheresses, les épisodes de pluies extrêmes se sont intensifiés.
En mars, les inondations au Pérou et en Équateur ont affecté plus de 110 000 personnes.
Au Mexique, les inondations d’octobre ont causé 83 décès.
Au Venezuela, certaines zones ont reçu près de 300 % de précipitations au-dessus des normales annuelles. Des glissements de terrain et des crues ont fait des dizaines de victimes et provoqué d’importants dégâts matériels.
En juin, le Mexique a connu son mois de juin le plus pluvieux jamais enregistré, avec des précipitations supérieures de 55,8 % à la moyenne 1991-2020.
La Caraïbe sous pression cyclonique
La saison cyclonique 2025 a également marqué les esprits dans la Caraïbe.
L’ouragan Melissa est devenu le premier cyclone de catégorie 5 jamais observé touchant directement la Jamaïque. Le bilan humain dépasse 45 morts et les pertes économiques sont estimées à 8,8 milliards de dollars américains, soit plus de 41 % du PIB jamaïcain.
Dans les Petites Antilles, la tempête tropicale Jerry a provoqué d’importantes pluies en octobre à Antigua-et-Barbuda, en Martinique et en Guadeloupe. À Trois-Îlets, en Martinique, 84 mm de pluie sont tombés en seulement trois heures.
Ces événements illustrent l’intensification des systèmes tropicaux dans un contexte de réchauffement des eaux marines.
Les océans de la région atteignent des niveaux critiques
Le rapport insiste longuement sur l’état des océans dans la région. Les températures de surface de la mer ont atteint des niveaux records dans la mer des Caraïbes et dans le golfe du Mexique.
Le niveau de la mer augmente également plus vite que la moyenne mondiale dans plusieurs zones de la Caraïbe et le long des côtes nord de l’Amérique du Sud. Certaines sous-régions affichent des hausses supérieures à 5 mm par an, contre une moyenne mondiale de 3,6 mm.
L’OMM souligne aussi la progression continue de l’acidification des océans. Le pH des eaux de surface diminue progressivement, menaçant directement les récifs coralliens, les mollusques et les écosystèmes marins essentiels à la pêche et au tourisme.
Les glaciers andins fondent à un rythme accéléré
L’un des constats les plus alarmants du rapport concerne les glaciers andins. Ces glaciers constituent une réserve d’eau stratégique pour environ 90 millions de personnes en Amérique du Sud. Ils alimentent les réseaux d’eau potable, l’agriculture, l’hydroélectricité et l’industrie.
Depuis 1976, les glaciers de la région ont perdu des milliards de tonnes de glace, avec une accélération nette durant la dernière décennie. L’OMM estime que cette évolution représente désormais l’un des principaux défis de sécurité hydrique en Amérique latine.
Une région en première ligne du dérèglement climatique
Le rapport de l’OMM montre que l’Amérique latine et la Grande Caraïbe sont désormais confrontées à une multiplication simultanée des risques climatiques : chaleur extrême, sécheresses, inondations, montée des eaux, acidification des océans et intensification des cyclones.
Pour les petits États insulaires caribéens, la situation devient particulièrement préoccupante. La dépendance au tourisme, la concentration des populations sur les littoraux et la vulnérabilité des infrastructures rendent la région extrêmement exposée aux chocs climatiques.
L’OMM insiste toutefois sur un point : les systèmes d’alerte précoce, la planification des risques et la coopération régionale permettent déjà de réduire les pertes humaines dans plusieurs pays. Le défi des prochaines années sera donc autant climatique que politique, économique et social.
