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« En corps.. ! », podcast sur la sexualité des femmes : « dire pour mieux connaître, se connaître »


Cela fait longtemps que je suis le travail de BNi. Cet ancien professeur de français devenu communicant a d’abord créé À demi-mot, en 2017, une émission d’interviews de socio-professionnels diffusée à la radio, sur Guadeloupe 1ère. Puis, il a collaboré avec le web média Kéragency qui l’a assisté techniquement afin qu’il puisse concrétiser son projet de mini-série, Moun.gp.

J’ai toujours apprécié la volonté de BNi de créer des contenus originaux, de qualité. Il fait ainsi partie de ces Guadeloupéens, Caribéens, qui cherchent réellement à apporter leur pierre à l’édifice, à faire en sorte que nous nous racontions nous-mêmes. En est une énième preuve sa dernière création, En corps.. !, un podcast entièrement dédié à la sexualité des femmes, qu’il a élaboré seul, de A à Z.

Le format : 7 épisodes de moins de 30 minutes à écouter en ligne gratuitement. A chaque fois, une femme – entre 25 et 55 ans – évoque sa sexualité, en répondant aux questions de BNi, en toute sincérité et simplicité.

Le Guadeloupéen voulait faire un podcast à la fois « populaire et intimiste » et je trouve que c’est réussi, d’où mon envie de rédiger ce billet de blog et de contribuer à mettre en lumière son initiative.

 

Un homme qui parle de sexe avec des femmes, pourquoi pas ?

J’ai bien sûr écouté l’introduction mise en ligne par BNi fin 2020 pour expliquer En corps.. !.

Cependant, rien ne vaut un échange pour en savoir plus. BNi m’a ainsi fourni quelques explications supplémentaires sur ses motivations, le processus de création de ce podcast, que je m’en vais vous livrer.

« Nous parlons beaucoup de sexe en Guadeloupe, mais cela reste un sujet tabou, car nous en parlons librement uniquement dans des cercles confidentiels – famille, amis – et dans l’espace public sous forme d’humour, ce qui constitue déjà un paravent. J’ajouterai que la parole est essentiellement masculine. L’exemple le plus flagrant qui me vient à l’esprit est Francky Vincent. Est-ce qu’une femme avec le même répertoire que lui aurait eu le même succès ? Je m’interroge, sans jugement. En plus, on parle des années 70, 80 ! »

« J’ai voulu libérer la parole pour montrer que c’est un sujet ordinaire ou en tout cas j’aimerais que cela le soit. Et surtout libérer la parole des femmes ! »

« Je tiens à préciser que je parle de mon expérience, de mon vécu. De mon point de vue, les femmes qui abordent la sexualité sont généralement mal vues, moins bien vues que nous les hommes. »

Autre précision importante de BNi concernant la ligne éditoriale de son podcast.

« Pour cette première saison d’En corps.. !, j’ai volontairement choisi de ne pas aborder des sujets négatifs. Non pas qu’ils ne soient pas importants, ils le sont extrêmement. Je loue le fait qu’on parle ouvertement, de plus en en plus souvent, des agressions sexuelles, de harcèlement, de viol et de consentement… Cependant, j’ai préféré évoquer le sexe heureux, pour montrer qu’il existe chez la femme aussi. »

« L’idée est de parler des expériences sexuelles, parfois chaotiques, des femmes, de manière très simple. »

 

Trouver des femmes à interviewer : un défi !

Comment ont été choisies les femmes qui témoignent dans les épisodes ? Une question évidente. Réponse de BNi.

« Je n’ai pas fait d’appel à témoins. Je voulais conserver une authenticité de la parole. Or, avec un appel grand public, tu ne maîtrises pas trop, car des gens peuvent avoir des motivations autres et s’inventer une vie.

J’ai décidé d’avoir recours à mon réseau de proches. J’ai demandé à des amies si elles connaissaient une femme qui accepterait de parler de sa sexualité, en ayant quelques garanties. En effet, quand j’étais mis en contact avec une potentielle interviewée, je lui expliquais le sens de ma démarche, mais aussi que je choisirais des photos libres de droit, donc pas besoin de photo d’elle. Nous utiliserions un pseudo également. Le seul point sur lequel je ne transigerais pas, c’est que je ne touche pas à la voix. »

« Je me suis assuré que les femmes qui témoignent soient bien conscientes de la démarche qu’elles allaient entreprendre et des conséquences éventuelles. »

« Par exemple, une femme avait déjà accepté. Cependant, j’ai insisté afin de savoir si elle avait pris en compte tous les points. Je lui ai demandé si cela serait ok avec ses parents, ses enfants. Elle m’a répondu qu’elle n’y avait pas pensé et elle hésitait. Je lui ai alors expliqué qu’il valait mieux que nous ne fassions pas l’interview. »

Cela n’a pas été évident. J’ai eu autant de refus que de réponses positives. Par contre, je n’ai pas eu de refus lié à l’intérêt de ce projet. Beaucoup de femmes le trouvaient bien, étaient intéressées, mais n’ont pas accepté pour des raisons de confidentialité. Celles qui ont accepté ont fait fi de tout cela. »

« Mon gros challenge a été de gagner la confiance – en un temps record – de femmes qui ne me connaissaient pas, pour, de plus, me parler de leur intimité. »

 

Je vous recommande d’écouter  

Je vous invite à écouter ce podcast « progressiste » suivant l’adjectif bien trouvé par BNi, qui contribue vraiment à « briser des tabous et à faire avancer les mentalités sur la question des femmes à travers l’angle de leur propre sexualité ».


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