Publié par l’Observatoire régional de l’énergie et du climat (OREC) de Guadeloupe, le Bulletin de l’énergie – semestre 2 2025 dresse un état des lieux précis des évolutions énergétiques du territoire.
Production électrique, montée des renouvelables, consommation de carburants, mobilités : le document offre une lecture chiffrée des transformations en cours, mais aussi des limites structurelles persistantes.
Une production électrique quasi stable, portée par une hausse des renouvelables
Au second semestre 2025, 859 GWh d’électricité ont été livrés au réseau, soit une légère baisse de -1% par rapport à 2024.
Dans le même temps, la part des énergies renouvelables progresse nettement :
- 32% du mix électrique, soit 271 GWh
- une hausse de +4 points en un an
Cette évolution traduit une dynamique réelle, mais encore insuffisante au regard de l’objectif affiché : atteindre 100% d’énergies renouvelables d’ici 2028.
Dans les faits, 68% de l’électricité reste d’origine fossile, ce qui souligne la dépendance persistante du territoire.
Photovoltaïque et biomasse tirent la croissance des énergies renouvelables
La progression des renouvelables repose sur des leviers bien identifiés.
La production d’électricité verte augmente de +46 GWh, soit +20% sur un an.
Dans le détail :
- Biomasse importée : +69% (substitution du charbon par des pellets de bois à la centrale du Moule)
- Photovoltaïque : +24% (ensoleillement favorable et nouvelles capacités installées)
- Hydraulique : +28% (effet d’une pluviométrie élevée et d’une nouvelle installation)
À l’inverse, certaines filières reculent :
- Géothermie : -8%
- Biogaz : -20%
- Bagasse locale : -17%, en raison d’une campagne sucrière écourtée
Le mix renouvelable reste dominé par la biomasse (importée notamment), devant le solaire, ce qui pose la question de l’autonomie réelle du modèle énergétique.
Météo, tourisme, prix : les facteurs qui influencent la consommation
La légère baisse de la production électrique s’explique en partie par des facteurs conjoncturels. Selon les données présentées :
- moins de jours et de nuits de forte chaleur qu’en 2024
- températures globalement plus faibles sur la période.
Or, dans un territoire tropical, la climatisation reste un déterminant majeur de la consommation électrique.
Autre facteur : stabilité de l’activité touristique, avec un taux d’occupation hôtelier en léger recul de -1%.
Enfin : baisse du tarif réglementé de l’électricité de -2,5% en août 2025.
Ces éléments combinés contribuent à une consommation globalement contenue.
Carburants : une baisse modérée, mais un poids toujours dominant
Le transport routier reste un point critique. Au second semestre 2025 :
- 1 440 GWh de carburants consommés
- soit une baisse de -2,8%.
Sur le long terme, le transport routier représente 62% de la consommation totale de carburants du territoire. Cette légère diminution s’explique notamment par :
- la hausse du prix du gazole (+2,5%)
- la progression du parc hybride.
La dépendance aux carburants fossiles reste donc structurelle.
Mobilités : recul du véhicule électrique et du covoiturage
Contrairement aux objectifs affichés, les indicateurs de mobilité durable reculent.
- 582 véhicules électriques neufs vendus
- 7% de part de marché
- en baisse de 2 points.
Plus marquant encore :
- -31% pour les véhicules rechargeables
- -8,2% sur l’ensemble du marché automobile
Le covoiturage suit la même tendance : -44% sur le semestre malgré 8 tonnes de CO₂ économisées.
Ces chiffres traduisent un ralentissement préoccupant des changements de comportement.
Un système électrique en mutation, entre innovation et contraintes
Parmi les faits marquants, l’inauguration d’un compensateur synchrone à Jarry constitue une avancée technique importante. Cet équipement permet :
- de stabiliser le réseau électrique
- sans recourir à des combustibles fossiles
- et sans émissions directes de gaz à effet de serre
Une innovation stratégique dans un système insulaire fragile.
Une trajectoire engagée, mais encore fragile
Les enseignements du semestre sont clairs.
D’un côté :
- une progression tangible des énergies renouvelables
- des investissements techniques structurants
- une consommation globalement maîtrisée.
De l’autre :
- une dépendance fossile toujours majoritaire
- un recul des mobilités bas carbone
- une transition encore largement dépendante de facteurs externes (climat, importations).
La prochaine étape est déjà identifiée : la conversion annoncée de certaines installations vers 100% biomasse dès 2026, qui pourrait accélérer le basculement.

