La Grande Caraïbe expliquée, analysée et racontée autrement
Indice mondial de l’innovation 2026 : la Grande Caraïbe entre percées ciblées et angles morts

L’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI) a publié le 29 septembre 2026 son Indice mondial de l’innovation, qui classe 139 économies. 13 pays de la Grande Caraïbe y figurent, du Mexique au Venezuela. Costa Rica signe une percée historique, le Mexique recule, et une large partie de la région reste absente du classement.
Un sommet mondial figé, une base en mouvement
Le rapport 2026, intitulé « Powering Entrepreneurs at the Frontier of Science », s’appuie sur environ 80 indicateurs.
La Suisse occupe la première place pour la seizième année consécutive, devant la Suède et les États-Unis. La Chine reste dixième, seule économie à revenu intermédiaire parmi les leaders de l’innovation.
Au sein de la région Amérique latine et Caraïbes, le peloton de tête réunit le Chili (51e), le Brésil (53e), le Mexique (65e), l’Uruguay (66e) et Costa Rica (70e). Seuls deux de ces cinq pays appartiennent à la Grande Caraïbe.
13 pays de la Grande Caraïbe au classement
Voici le rang et le score (sur 100) des pays de la Grande Caraïbe évalués par l’OMPI en 2026 :
- Mexique : 65e (30,6)
- Costa Rica : 70e (29,8)
- Colombie : 78e (28,6)
- Jamaïque : 87e (24,9)
- Panama : 89e (24,4)
- Barbade : 91e (24,2)
- République dominicaine : 99e (22,9)
- Salvador : 100e (22,8)
- Trinité-et-Tobago : 107e (21,2)
- Honduras : 116e (19,2)
- Guatemala : 120e (19,0)
- Nicaragua : 124e (18,0)
- Venezuela : 127e (16,7)
Le constat est net : aucun pays de la Grande Caraïbe n’entre dans la première moitié du classement, et plus de la moitié d’entre eux se situent au-delà de la 85e place.
Costa Rica, la percée de l’année
Costa Rica constitue la principale bonne nouvelle régionale. Le pays fait partie des économies qui franchissent un seuil symbolique en 2026, en entrant dans le top 70. Il se classe 5e sur les 21 économies d’Amérique latine et des Caraïbes.
L’OMPI attribue cette performance à un écosystème internationalisé et tourné vers les services. Costa Rica occupe le 1er rang mondial pour les investissements étrangers créateurs de capacités en R-D et en haute technologie, nouvel indicateur introduit cette année, ainsi que le 14e rang pour les exportations de services TIC et le 17e pour la croissance de la productivité. Le pays se distingue aussi par la sophistication de ses entreprises, 40e au monde, nettement au-dessus de son rang général.
Le point faible reste la transformation de ces atouts en résultats : Costa Rica figure au 62e rang pour les intrants de l’innovation, mais seulement au 76e pour les extrants.
Mexique : un recul de sept places et un aimant à investissements
Le Mexique, première économie de la Grande Caraïbe dans le classement, perd 7 places et descend au 65e rang. Le pays conserve néanmoins une particularité : ses résultats en matière d’innovation dépassent le niveau que laisseraient prévoir ses ressources, un profil partagé avec le Vietnam, la Turquie et la Tunisie.
Le rapport souligne surtout son attractivité. Le Mexique apparaît comme l’aimant le plus puissant parmi les pays qui reçoivent bien plus de projets d’investissement en R-D et haute technologie qu’ils n’en lancent à l’étranger : 188 projets accueillis en 2025, contre seulement six projets sortants. L’OMPI met en avant ses capacités manufacturières et exportatrices comme principal atout.
La Colombie et le peloton intermédiaire
La Colombie (78e) figure, avec le Brésil et le Mexique, parmi les trois économies latino-américaines qui attirent nettement plus d’investissements en R-D et haute technologie qu’elles n’en émettent. Le rapport la cite parmi les pays de la région dotés d’universités solides et parmi les leaders du capital-risque en phase avancée. Avec le Brésil, la Colombie se démarque aussi par la valorisation de ses licornes et ses indicateurs liés aux start-up.
Derrière elle, la Jamaïque (87e), le Panama (89e) et la Barbade (91e) forment un groupe resserré, à quelques dixièmes de point d’écart.
Trinidad-and-Tobago, Venezuela, Amérique centrale : des progressions en bas de tableau
Plusieurs pays de la Grande Caraïbe progressent, même s’ils restent dans la seconde moitié du classement. Le Venezuela, Trinidad-and-Tobago et le Nicaragua figurent parmi les plus fortes progressions régionales. Trinidad-and-Tobago gagne 7 places, tandis que le Honduras et le Guatemala avancent également.
Ces pays présentent des profils déséquilibrés. Trinidad-and-Tobago se classe 96e pour les intrants et 121e pour les extrants, signe d’un écart important entre ressources mobilisées et résultats obtenus. Le Nicaragua affiche un 36e rang pour la sophistication des marchés, très au-dessus de sa 124e place générale. Le Salvador (100e) et la République dominicaine (99e) se situent au seuil de la centième place.
Un moteur régional trop concentré
Au-delà des trajectoires nationales, le diagnostic de l’OMPI sur la région reste sévère. L’Asie centrale et du Sud consolide son avance sur l’Amérique latine et les Caraïbes, grâce à des résultats d’innovation plus solides. Les atouts régionaux existent, toutefois ils demeurent concentrés dans un petit nombre d’économies et ne forment pas un véritable moteur régional.
Le défi ne se limite pas à convertir les ressources en résultats. L’OMPI pointe aussi la faiblesse de certaines ressources elles-mêmes et des liens trop lâches entre création de connaissances, entreprises, financement, propriété intellectuelle et marchés internationaux. La collaboration entre universités et entreprises reste limitée dans de nombreux pays.
Un chiffre résume la situation : l’Amérique latine et les Caraïbes comptent 14 économies dont la performance en matière d’innovation reste inférieure à leur niveau de développement, soit la plus forte proportion de toutes les régions du monde. Le rapport précise toutefois que ce classement relatif ne signifie pas l’absence d’atouts significatifs.
Une piste se dégage néanmoins : la région dispose d’un avantage relatif dans la sophistication des entreprises. Pour l’OMPI, l’enjeu central n’est donc pas l’absence de capacités dans le secteur privé, mais leur connexion avec la recherche, la commercialisation et la production technologique.
Les grands absents du classement
L’indice laisse dans l’ombre une large partie de la Grande Caraïbe. Sur les 46 territoires qui la composent, seuls treize figurent au classement. Cuba, Haïti, les Bahamas, le Belize, le Guyana, le Suriname et les petits États insulaires de l’Organisation des États de la Caraïbe orientale n’y apparaissent pas. Les territoires ultramarins, qu’ils relèvent de la France, des Pays-Bas, du Royaume-Uni ou des États-Unis, ne font pas non plus l’objet d’une évaluation propre.
Cette absence tient en grande partie à la disponibilité des données. L’OMPI accompagne les économies qui souhaitent rejoindre l’indice en identifiant les indicateurs manquants ou obsolètes et en les mettant en relation avec les fournisseurs de données concernés. Le Bhoutan a intégré le classement en 2026 au terme de ce processus, directement au 74e rang. Pour les États caribéens absents, la voie existe donc : elle passe d’abord par la statistique.



