Loto du patrimoine 2026 : 3 trésors menacés des Antilles françaises et de la Guyane sélectionnés

Le 14 avril, la Mission Patrimoine a dévoilé les 18 sites régionaux « emblématiques » retenus pour cette neuvième édition du Loto du patrimoine – un par région d’Hexagone et d’outre-mer.

Parmi eux, 3 sites des Antilles et de la Guyane ont été distingués, témoins fragiles d’une histoire riche et douloureuse : la maison de l’historien Lacour à Basse-Terre (Guadeloupe), l’église Notre-Dame de la Visitation au Gros-Morne (Martinique) et l’ancien moulin de l’habitation Loyola à Rémire-Montjoly (Guyane).

Une reconnaissance nationale bienvenue pour un patrimoine ultramarin trop souvent méconnu, et aujourd’hui en danger.

L’enjeu en chiffres

Depuis sa création en 2018, le dispositif a permis de collecter plus de 210 millions d’euros et de soutenir la restauration de 1 080 sites à travers la France. Aujourd’hui, 70 % des projets sélectionnés sont sauvés ou sur le point de l’être, et cinq cents chantiers sont terminés.

Pour les trois sites ultramarins retenus cette année, les budgets de travaux sont considérables :

  • Maison Lacour (Guadeloupe) : 1,3 million d’euros de coût total des travaux
  • Église du Gros-Morne (Martinique) : 4,9 millions d’euros de coût total des travaux
  • Moulin de l’habitation Loyola (Guyane) : 1,1 million d’euros de coût total des travaux.

En plus des 18 sites emblématiques régionaux, 102 autres monuments – un par département – seront dévoilés le 31 août prochain.

Demeure d’Auguste Lacour, historien de la Guadeloupe, cette modeste bâtisse coloniale, similaire à une case créole, menace de tomber en ruine si des travaux ne sont pas amorcés rapidement. Le bâti est très endommagé, les bois rongés par l’humidité devant être remplacés d’urgence.

Le projet prévoit la réhabilitation complète de la maison, la restauration de la fontaine en pierre de taille et de la grille en fer forgé, ainsi que la revalorisation du potager. Les travaux doivent débuter au second semestre 2026 pour une fin prévisionnelle en décembre 2027.

Construite en 1743, l’église Notre-Dame de la Visitation est fermée au public depuis 2016, fragilisée par le séisme du 29 septembre 2009 qui l’a mise hors normes parasismiques.

Les travaux viseront à sécuriser le vaisseau principal et les bas-côtés, et à restaurer les deux sacristies, l’avant-chœur et la nef. Début des travaux prévu à l’été 2026, fin prévisionnelle en 2027.

Les jésuites, implantés en Guyane avec la mission d’évangéliser les Indiens, firent l’acquisition en 1668 d’un vaste domaine appelé « habitation Loyola » — la plus grande habitation esclavagiste de Guyane. Occupée jusqu’en 1769, les traces de cette présence jésuite ont été préservées par la forêt envahissante après l’abandon des lieux. Depuis 1994, les archéologues en dégagent et étudient les vestiges.

L’objectif des travaux est de restaurer intégralement le moulin, y compris son mécanisme de prise au vent, de transmission et de broyage. Le début des travaux est prévu fin 2026, pour une livraison en 2027.

Pourquoi c’est important

Ces 3 sélections ne sont pas de simples récompenses administratives. Elles signalent une urgence : sans intervention rapide, ces édifices disparaîtront.

Cependant, elles portent aussi une vision — celle d’un patrimoine ultramarin vivant, ouvert, ancré dans les territoires et porteur d’avenir. La dotation accordée à chacun de ces sites sera annoncée lors des prochaines Journées européennes du patrimoine, les 19 et 20 septembre 2026.

D’ici là, les billets du Loto du patrimoine mis en vente à la rentrée financeront directement leur sauvegarde. Jouer, cette fois, c’est aussi préserver.

Mylène Colmar
Mylène Colmar

Journaliste, consultante éditoriale et éditrice en Guadeloupe. Caribbean blogger depuis 2007.