Mangroves : 5,5 millions d’euros pour sauver un rempart vital de la Caraïbe

Le 15 avril, l’Organisation des États de la Caraïbe Orientale (OECO) a officialisé le lancement du projet REMAR.

Derrière cet acronyme — Resilient Ecosystems through Mangrove Restoration — se cache une initiative régionale structurante, soutenue notamment par l’Agence Française de Développement et le Fonds Français pour l’Environnement Mondial. Objectif affiché : restaurer les mangroves et renforcer la résilience des territoires face aux chocs climatiques.

Un investissement stratégique de 5,5 millions d’euros

Le projet REMAR mobilise 5,5 millions d’euros sur 5 ans, un montant significatif à l’échelle des politiques environnementales caribéennes.  Il concerne cinq territoires :

  • Grenade
  • Sainte-Lucie
  • Saint-Vincent-et-les-Grenadines
  • Martinique
  • Guadeloupe.

Ce point mérite d’être souligné : le programme associe pour la première fois des États indépendants et des territoires français autour d’un même dispositif environnemental régional.

Au-delà du financement, REMAR est présenté comme un investissement structurant pour la résilience climatique, la biodiversité et les économies locales.

Les mangroves, première ligne face aux crises climatiques

Si ce projet existe, c’est que l’urgence est réelle. Les mangroves jouent un rôle clé dans les équilibres caribéens :

  • protection contre l’érosion et les houles
  • soutien à la pêche via les nurseries naturelles
  • filtration de l’eau
  • stockage du carbone

Dans la région, ces écosystèmes sont pourtant sous pression : urbanisation, ouragans, inondations, changement climatique et prolifération des sargasses fragilisent leur survie.

À l’échelle de la Grande Caraïbe, la situation est encore plus préoccupante : près de 24 % des mangroves ont disparu en 25 ans, accentuant la vulnérabilité des territoires insulaires.

3 piliers pour transformer l’approche environnementale

Le projet REMAR ne se limite pas à planter des palétuviers. Il repose sur une stratégie structurée autour de 3 axes :

1. Restaurer les sites dégradés avec les communautés : la dimension locale est centrale : habitants, pêcheurs et acteurs de terrain participent directement aux opérations.

2. Produire et partager la connaissance scientifique : l’ambition est de mieux comprendre les écosystèmes pour améliorer les politiques publiques et mutualiser les données à l’échelle régionale.

3. Renforcer les capacités institutionnelles : le projet vise à structurer la gouvernance environnementale, avec la création d’un réseau régional des mangroves piloté par l’OECO.

Cette approche traduit une évolution nette : passer d’actions ponctuelles à une gestion intégrée et durable des écosystèmes côtiers.

Un projet environnemental… et économique

Le discours des acteurs est sans ambiguïté. Pour le directeur général de l’OECO, Didacus Jules, restaurer les mangroves relève d’un « impératif de développement ».

Autrement dit, il ne s’agit pas seulement d’écologie, mais bien d’un levier économique et social :

  • sécurisation des littoraux
  • maintien des activités de pêche
  • création d’activités durables
  • amélioration des conditions de vie.

Le projet s’inscrit clairement dans une logique de solutions fondées sur la nature, de plus en plus privilégiée dans les politiques climatiques.

Une coopération régionale qui change d’échelle

REMAR illustre une montée en puissance de la coopération caribéenne, avec un modèle qui combine : financements internationaux, pilotage régional et ancrage local.

La Commission de l’OECO se positionne ici non plus seulement comme bénéficiaire, mais comme acteur moteur de solutions régionales. En filigrane, c’est une question stratégique pour la Caraïbe : sa capacité à produire des réponses collectives face à des crises qui ignorent les frontières.

Mylène Colmar
Mylène Colmar

Journaliste, consultante éditoriale et éditrice en Guadeloupe. Caribbean blogger depuis 2007.