Narcotrafic aux Antilles-Guyane : le gouvernement français dévoile son plan de guerre contre les cartels

Le gouvernement français a récemment présenté son Plan Antilles-Guyane contre le narcotrafic, un document qui détaille la mobilisation interministérielle décidée face à la montée en puissance des trafics de stupéfiants dans le bassin caribéen.

Porté par le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, avec la ministre des Outre-mer Naïma Moutchou et le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, ce plan s’est accompagné d’une conférence régionale de sécurité organisée à Fort-de-France, en Martinique, du 29 juin au 3 juillet.

Une région en première ligne du narcotrafic mondial

Le constat posé par les autorités est sans détour. La proximité géographique des Antilles et de la Guyane avec les zones de production de cocaïne d’Amérique latine a intégré ces territoires dans les chaînes logistiques mondiales acheminant la drogue vers l’Europe. Cette situation alimente une part importante des homicides et des violences observés localement, avec une accentuation récente aux Antilles.

Le développement de réseaux de traite des êtres humains pour le transport de la drogue par des « mules » figure parmi les conséquences directement pointées.

Sur le terrain, les chiffres confirment cette pression croissante. Les saisies de stupéfiants opérées en haute mer par les autorités françaises ont grimpé de 30 % en un an, passant de 28 tonnes en 2024 à 35,7 tonnes en 2025, selon les données communiquées par le ministère de l’Intérieur.

Genèse d’un plan interministériel exceptionnel

Le plan trouve son origine dans un déplacement du ministre de l’Intérieur aux Antilles en août 2025, suivi d’une décision présidentielle en janvier 2026 confiant au ministère de l’Intérieur, aux côtés de celui des Outre-mer, une mobilisation interministérielle totale. Neuf ministères et administrations ont été associés à sa construction : Intérieur, Outre-mer, Armées, Justice, Éducation nationale, Europe et Affaires étrangères, Santé, Familles, ainsi que la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives.

Le plan, officiellement lancé le 29 janvier 2026 par le président de la République, comprend 140 mesures initiales, dont 80 sont déjà retenues à ce stade selon les précisions apportées lors de la conférence de Fort-de-France.

5 axes structurent la stratégie

Le plan repose sur une architecture en 5 volets.

Le premier vise à renforcer la coopération avec les États partenaires de la zone Caraïbes et d’Amérique latine, afin de rendre la région inhospitalière pour les trafiquants. 15 accords de coopération ont déjà été signés depuis 2025, de la Colombie au Panama en passant par Sainte-Lucie et le Mexique, avec une feuille de route récemment conclue avec le Brésil. Vingt accords supplémentaires seraient en préparation, et une académie régionale de lutte contre la criminalité organisée est en cours de création.

Le deuxième axe porte sur la sécurisation des points d’entrée en Martinique et en Guyane. Ports, aéroports, trait de côte et frontières terrestres sont concernés, avec entre autres le déploiement d’un drone de moyenne endurance en Guadeloupe pour la surveillance maritime, la création de brigades nautiques à Saint-Pierre et à Gourbeyre, ainsi que l’achat de scanners millimétriques destinés à détecter la drogue dissimulée par les mules.

Le troisième axe concerne le soutien aux populations locales et le renforcement de la cohésion sociale, via une dotation exceptionnelle de vidéoprotection, la création de brigades de quartier à Sainte-Rose et Bouillante, et de nouveaux programmes de prévention à destination des jeunes.

Le quatrième axe donne des outils supplémentaires pour cibler les réseaux, avec la création de groupes dédiés à la lutte contre les armes à feu, le renforcement de l’Office antistupéfiants aux Antilles et la mise en place d’un laboratoire balistique pour la police nationale.

Le cinquième axe, enfin, concerne la protection des agents exposés, notamment à travers un programme de prévention des risques corruptifs destiné aux forces de sécurité intérieure, à l’administration pénitentiaire, aux douanes et aux personnels portuaires et aéroportuaires.

Les moyens financiers annoncés

  • La vidéoprotection dans les Antilles bénéficie d’un renforcement exceptionnel de 1,5 million d’euros en 2026, dont 1 million financé par le ministère des Outre-mer.
  • La création des brigades nautiques à Saint-Pierre, Gourbeyre et Pointe-à-Pitre représente un investissement de 4 millions d’euros.
  • D’autres mesures sont annoncées pour 2027, sous réserve de l’adoption d’une loi de finances.

Une conférence internationale à Fort-de-France

La conférence régionale de sécurité, co-présidée par les trois ministères concernés, s’est articulée en deux temps. Un groupe de responsables de haut niveau des États d’Amérique latine et des Caraïbes s’est réuni du 29 juin au 2 juillet, dans le cadre de la session internationale Amérique latine Caraïbes organisée avec l’Institut des hautes études de défense nationale.

Les 2 et 3 juillet, chefs d’État, de gouvernement et ministres se sont retrouvés pour une conférence internationale portant sur la coopération judiciaire, la lutte contre le trafic d’armes, le blanchiment, la sécurisation des ports et des aéroports et la surveillance maritime.

La coalition rassemblée est large : les 14 États membres de la Communauté caribéenne (CARICOM), les principaux pays producteurs (Colombie, Pérou, Bolivie), l’Union européenne et ses partenaires présents dans la Caraïbe (Pays-Bas, Royaume-Uni, Espagne), des partenaires régionaux comme le Brésil ou la République dominicaine, les États du G7, ainsi que plusieurs organisations internationales dont l’ONUDC et l’OEA.

Pour la ministre des Outre-mer Naïma Moutchou, ce combat “engage notre souveraineté pleine et entière” et “la capacité de notre pays à tenir sa promesse d’égalité républicaine partout sur son territoire ».

Mylène Colmar
Mylène Colmar

Journaliste, consultante éditoriale et éditrice, je décrypte la Grande Caraïbe depuis 2015. Mon objectif : rendre cette région plus lisible, plus compréhensible et plus visible auprès du grand public.