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Rencontres Caribéennes : un beau moment avec Kenza Andrèze-Louison, Miss Guadeloupe 2020


Après une journée de cours, un moment cocooning, bien-être, Kenza Andrèze-Louison m’a accordé un moment d’échange et de partage sur ses expériences en tant que jeune femme ET en tant que Miss Guadeloupe ! Un véritable honneur pour moi de la recevoir pour cette première interview de l’année.

 

Miss Guadeloupe 2020 : son parcours de miss

Cela fait presque deux ans que Kenza a été élue. Certaines miss se préparent principalement physiquement (grâce au sport) ou la prise de parole, notamment. La préparation fut pour elle beaucoup plus psychologique que physique. Depuis l’âge de 18 ans, elle consultait les modalités du concours afin de savoir si elle se présenterait ou non. Il a fallu attendre le déclic, ce sentiment d’être prête et d’être capable de pouvoir s’exposer au monde.

« Le principal pour moi c’était vraiment d’être prête mentalement et d’avoir quelque chose à dire ! A 18 ans, on a plein d’idées, de rêves, d’utopies, mais rien de suffisamment construit pour affirmer qu’on va pouvoir porter un message. Cependant, en 2020 ma vision du monde était beaucoup plus affirmée et concrète. J’ai donc pu me lancer dans cette élection. »

Kenza confie qu’une fois élue, le règne de miss dure un an mais passe très vite. La première partie avant la préparation à Miss France était déjà de réaliser qu’elle avait gagné l’élection de Miss Guadeloupe ! Une fois la couronne sur la tête, il faut prendre conscience que c’est bien réel !

La préparation à Miss France restait aussi très mentale, bien que Kenza se soit également préparée physiquement (sport, cours de catwalk…).

« Je n’ai pas pris de cours de prise de parole. »

Très jeune, Kenza avait l’habitude d’être devant un public à l’église, par exemple, car elle était  « enfant prédicateur » depuis l’âge de 8 ans. A l’école en 4e et en 3e, elle faisait du théâtre dans le cadre d’une option de son collège. Au lycée, l’option musique lui permit de participer à l’opéra « La flûte enchantée » avec Carib’Opéra. Durant ses études supérieures, en France elle a participé au concours Voix Des Outremers.

« La scène m’a toujours un peu suivie dans mon parcours à l’école ou autre. J’ai donc toujours eu cette aisance ou cette absence de stress. On ne stresse pas pour marcher ou respirer ! C’est aussi une question d’entraînement et d’habitude. »

Elle perfectionna le tout en regardant des élections de miss, en prêtant attention au dynamisme des jeunes femmes et ce qu’elles avaient en commun pour pouvoir se préparer. L’important était surtout de savoir quel message elle souhaitait transmettre.

A Miss France, elle se classa en huitième place et obtint le prix du défilé !

« J’étais très contente même si ce n’était pas un prix que je visais, mais il y a toujours cette petite crainte de tomber sur scène qu’ont toutes les miss ! Et pourtant ça avait l’air d’être une évidence pour les autres, on m’appelait ‘la panthère’ ou ‘catwoman’. »

 

L’après Miss France : Arilas Unity

Après l’élection nationale, Kenza s’est concentrée sur la création de son association Arilas Unity, qu’elle avait déjà envie de lancer avant même l’aventure Miss Guadeloupe. Issue d’un milieu modeste, la jeune femme est consciente qu’elle n’a jamais été sur un pied d’égalité avec des gens issus de classe plus aisée.

« En fonction du foyer d’où tu viens, du salaire de tes parents, du quartier où tu vis, de la couleur de peau, il y a beaucoup de facteurs qui auront une influence sur la vie que tu auras, même si évidemment on peut se hisser au-delà de ça. »

Par la création de cette association, Kenza souhaitait donner cette impulsion aux jeunes issus des quartiers semblables au sien, et pouvoir les rassembler afin d’avancer ensemble. En tant que féministe, elle met notamment l’accent sur les femmes concernées par ces situations.

« Je trouve que c’est parfois plus compliqué pour les femmes d’avancer dans la société, parce qu’il y a beaucoup de pression sur nous. Arilas Unity a pour but de rassembler les femmes de tous les milieux et d’agir pour les jeunes quand ils ont besoin d’un soutien supplémentaire, d’une main tendue, tout en mettant de côté les stigmatisations. »

Cette association vise donc à relever les jeunes des quartiers modestes en leur faisant prendre conscience qu’ils peuvent atteindre leurs objectifs indépendamment des difficultés du milieu dont ils viennent. Le fait d’avoir été miss lui donne l’opportunité de mettre cette cause en avant, et de lui donner plus de force que si elle n’avait pas eu cette plateforme.

 

Photo : Guillaume Aricique

« Je me suis dit que pouvoir mettre le titre de miss Guadeloupe au service de ce projet ce serait fantastique. »

Dans la vie de tous les jours elle a rencontré d’autres personnes issues de quartiers comme le sien, et en leur expliquant son parcours, ces personnes lui répondaient qu’elle les oublierait une fois miss.

« C’est dommage que les gens aient cette vision superficielle du titre de Miss Guadeloupe, qu’ils croient que les miss mentent et qu’elles ne tiennent de beaux discours que pour l’élection. Ça m’a un peu attristé car mon but était de montrer aux jeunes du même milieu que le mien qu’on peut faire ce que l’on veut. »

Elle avoue qu’à Miss Guadeloupe, les quartiers populaires ne sont que très peu représentés, les miss venant de ces derniers ne le mettent pas toujours en avant. Pourtant, Kenza pense que c’est une belle chose à souligner, car cela démontre que l’on n’a pas besoin d’avoir un statut social déjà élevé pour pouvoir représenter la Guadeloupe et avoir le statut d’ambassadrice.

Les gens ont donc été surpris à l’ouverture de son association de constater que son discours n’était pas des paroles en l’air.

« Ca m’a fait plaisir de voir que j’ai pu avoir un impact positif sur les gens qui m’entouraient. »

 

Miss Guadeloupe 2020 : sa personne

Bientôt âgée de 22 ans, Kenza Andrèze-Louison étudie les géosciences à l’Université des Antilles.

C’est une personne engagée. Elle aime à penser que chaque personne lors de son passage sur Terre a une mission qui lui est propre, quelque chose à accomplir, le but premier étant de chercher ce pour quoi on est là et d’accomplir cette mission.

« Ce que j’aime ? Manger ! Je suis une gourmande. » Elle se plait aussi dans les activités en nature, dans les sensations fortes…

« Je suis une hyperactive, quelqu’un qui a énormément d’idées, de projets en attente. J’aime bouger ! »

A ce sujet, elle compte bientôt se lancer dans le monde des NFT, ces jetons numériques qui permettent de contenir des images, des sons, des photos et autres éléments numériques.

Son projet vise plus particulièrement les œuvres digitales qui mettent en avant la nature et la biodiversité guadeloupéenne. Cette collection financera des associations et laboratoires de recherche qui vont préserver cette biodiversité fragile. Grâce à la visibilité sur les collections de NFT qui sortent en ce moment à l’international, un rayonnement international sera donné aux espèces de chez nous, afin de financer leur préservation et de sensibiliser la population à un comportement pro-environnement. Cela passe notamment par l’achat de produits d’entretien moins agressifs, plus naturels, par la consommation et l’achat écologiques…

« En faisant des recherches, j’ai découvert récemment la marque Fairphone qui propose des téléphones composés entièrement de pièces recyclées et non nocives pour l’environnement. La famille de Bob Marley aussi s’est engagée en proposant des baffles et tourne-disques en bois. Ce sont des marques formidables dont on n’entend pas forcément parler et dont les prix ne sont pas excessivement chers. »

« L’objectif de notre collection de NFT sera d’allier technologie et environnement. La technologie fait partie de notre quotidien mais cela ne veut pas dire que l’on doit oublier ce qu’il y a autour de nous, ce qui est naturel. »

C’est au travers de cette interview que j’ai découvert cette facette de Miss Guadeloupe 2020 que l’on ne voit pas toujours : cette personne engagée pour plusieurs causes, véritable activiste à son niveau et qui se donne les moyens nécessaires d’agir pour les nobles causes qui lui tiennent à cœur.


Passionnée par les langues, les cultures caribéennes et les voyages, le contenu que je propose s'ouvre cependant plus amplement sur des sujets divers. Féministe, Noire, Activiste.

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