Jour 3 de 2026. Le Venezuela attaqué par les Etats-Unis. Maduro capturé et exfiltré de son pays… Je suis sans voix. Jour 3 ! Pas de répit.
Cependant, difficile d’être surprise, car depuis des mois, la tension croît dans la région. La Grande Caraïbe, riche en ressources de toutes sortes (à commencer par le pétrole), est plus que jamais dans le viseur américain. L’inquiétude est de mise, face à la multiplicité des acteurs, des positions, des enjeux.
Etats-Unis vs Venezuela, l’escalade
Le président Donald Trump a lancé des frappes militaires terrestres contre le Venezuela dans la nuit du 2 au 3 janvier, menant à la capture du président vénézuelien Nicolás Maduro et de son épouse.
Selon les déclarations officielles de l’administration Trump, cette opération visait principalement à appréhender Maduro pour des accusations de trafic de drogue et de narcoterrorisme, des charges portées contre lui par les États-Unis depuis 2020. Ces allégations incluent une implication présumée dans le narcotrafic international, avec des liens supposés à des cartels.
Cette action s’inscrit dans un contexte de tensions prolongées entre les deux pays, exacerbées par :
- des sanctions économiques imposées sous la première présidence de Trump (2017-2021) contre le régime de Maduro, accusé de violations des droits humains, de corruption et de fraudes électorales ;
- Une escalade récente, incluant des attaques en mer.
- Des enjeux géopolitiques plus larges, comme l’opposition à l’influence russe, chinoise et iranienne au Venezuela, ainsi que des intérêts liés au pétrole vénézuélien.
Pour rappel, comme je l’ai déjà écrit dans un précédent billet, les États-Unis n’ont pas un droit clair, reconnu internationalement, pour mener ces frappes. Ils s’appuient sur une série d’arguments juridiques internes et des interprétations très extensives du droit international, mais rien qui fasse consensus. Leur « droit » est surtout un choix politique, servi par leur puissance militaire et leur capacité à imposer leur narratif.
Du point de vue du droit international, les frappes sont considérées par de nombreux pays (comme la Russie, l’Iran et Cuba) comme une violation flagrante de la souveraineté vénézuélienne et une agression armée, sans autorisation du Conseil de sécurité des Nations unies ni base légale explicite dans des traités internationaux.
Même aux États-Unis, des critiques ont qualifié l’action de guerre illégale, faute d’autorisation congressionnelle ou de déclaration de guerre.
Des rappels importants
Le Venezuela fait partie de la Grande Caraïbe, il est notamment membre de l’Association des Etats de la Caraïbe. Il est membre observateur de la Communauté caribéenne (Caricom).
Second rappel : les Etats-Unis ont perdu beaucoup d’influence dans la région au fil des ans au détriment de la Chine (notamment), qui a conquis nombre d’Etats caribéens en finançant une foule de projets et en signant des partenariats forts. De plus, les décisions en matière d’immigration et de sanctions de Trump ont provoqué des réactions négatives et nuit à l’image des Etats-Unis.
Enfin, un troisième rappel primordial, que j’ai déjà expliqué. Notre région est au cœur de l’échiquier mondial : la Grande Caraïbe est au croisement des routes commerciales, des ambitions énergétiques et des rivalités diplomatiques.
Une grande Caraïbe éclatée, malaise général
Les Etats-Unis s’attaquent au Venezuela… Et il règne un sentiment de malaise à l’échelle régionale. Il n’y a pas grand monde pour s’élever contre les actions états-uniennes.
La question restera toujours : de quel droit les Etats-Unis mènent-ils de telles attaques ? La puissance américaine revendique un droit unilatéral basé sur leur législation nationale et leur interprétation de la sécurité, mais cela n’est pas reconnu internationalement comme une base légitime pour une intervention militaire.
Les gouvernants caribéens ne parviennent pas à parler d’une seule voix, car les Etats-Unis comptent des alliés dans la région et point question de perdre le soutien états-unien.
Il n’y a qu’à voir la neutralité du message de la Caricom, organisation régionale, pour comprendre la dynamique…
The Conference of Heads of Government of CARICOM met very early on 3 January following reports of military action in Venezuela.
— CARICOM: Caribbean Community (@CARICOMorg) January 3, 2026
CARICOM is actively monitoring the situation which is of grave concern to the Region with possible implications for neighbouring countries. CARICOM… pic.twitter.com/AqWafAxjPr
Ne vous attendez donc pas à une pluie de condamnations des actions etats-uniennes.
La région risque une polarisation accrue. Les alliances anti-américaines avec la Russie, la Chine et l’Iran vont être plus que d’actualité pour les territoires qui s’opposent aux Etats-Unis.
Le Mexique a appelé à cesser l’agression contre le peuple vénézuélien, soulignant une violation du droit international.
El Artículo 2, párrafo 4 de la Carta de las Naciones Unidas dice textualmente:
— Claudia Sheinbaum Pardo (@Claudiashein) January 3, 2026
“Los Miembros de la Organización, en sus relaciones internacionales, se abstendrán de recurrir a la amenaza o al uso de la fuerza contra la integridad territorial o la independencia política de…
Allié fort des Etats-Unis, Trinidad-and-Tobago s’est empressé de nier toute implication dans les opérations américaines. Des semaines que Kamla Persad-Bissessar, premier ministre, tient des propos pro-américains de manière très agressive. Et la voilà donc bien embarrassée désormais…
Des graves retombées à venir
Les explosions à Caracas et dans les zones urbaines ont causé des coupures d’électricité, des victimes civiles (morts et blessés signalés par les autorités vénézuéliennes) et un état d’urgence, aggravant la crise humanitaire existante.
La CARICOM redoute une nouvelle vague migratoire massive, qui pourrait submerger les petites nations insulaires déjà confrontées à des flux de réfugiés vénézuéliens (plus de 7 millions depuis 2015). Des inversions de flux migratoires sont anticipées : retours de Vénézuéliens pour défendre leur pays, suivis de déplacements dus au conflit. Des pays comme la Colombie (accueillant déjà 2,5 millions de Vénézuéliens) pourraient voir leurs ressources sociales et économiques sous pression, avec des risques accrus de tensions communautaires.
Le Venezuela étant un producteur majeur de pétrole (environ 800 000 barils par jour), les frappes sur les ports comme La Guaira et le blocus naval américain imposé depuis décembre 2025 pourraient perturber les exportations, entraînant une hausse temporaire des prix du pétrole. Bien que l’impact global sur les prix soit limité grâce à une production accrue de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis, les pays caribéens dépendants du pétrole vénézuélien pourraient affronter des hausses de coûts énergétiques et des disruptions commerciales.
Alors que nous sommes en pleine haute saison touristique dans la région, cette période d’extrême tension risque d’avoir des retombées très négatives. D’ores et déjà, des annulations de vols se sont multipliées…
Ainsi commence 2026. La Grande Caraïbe est plus que jamais l’objet d’enjeux internationaux et n’a toujours pas cette unité indispensable pour y faire face.




