Sainte-Lucie : le projet Patience s’apprête à mettre fin à des décennies de pénurie d’eau

Depuis des générations, les habitants de dix communautés du district de Micoud, dans le sud-est de Sainte-Lucie, vivent au rythme des coupures d’eau, de la turbidité chronique et des citernes qu’il faut remplir par camion.

Le projet Patience, financé par le Fonds de développement de la CARICOM (CDF) et piloté par la Water and Sewerage Company Inc. (WASCO), vise à moderniser en profondeur le système d’approvisionnement de la région.

Après plusieurs années de travaux, l’échéance approche : la mise en service est désormais annoncée pour septembre 2026.

Un système à bout de souffle

Le réseau actuel repose sur une petite prise d’eau à Piton, dont le débit s’écoule par gravité jusqu’à un réservoir situé à Lombard. Ce dispositif, resté quasiment inchangé depuis des décennies, ne suffit plus à couvrir les besoins d’une population en croissance.

Lors de la cérémonie de lancement des travaux en mars 2024, le ministre Jeremiah Norbert, représentant parlementaire de Micoud Nord, a résumé la situation en des termes sans détour : « Le même approvisionnement en eau qui existait quand j’étais jeune existe encore aujourd’hui, et les difficultés restent les mêmes. Parfois, nous passons des semaines sans eau. »

La directrice générale de WASCO, Zilta George-Leslie, avait alors détaillé les deux visages du problème :

  • une pénurie en saison sèche, faute de volume suffisant à la source
  •  une eau trop trouble en saison des pluies, en l’absence d’une véritable installation de filtration.

À cela s’ajoutent des opérations coûteuses de camionnage d’eau lors des interruptions de service, un pis-aller onéreux pour WASCO comme pour les usagers.

Un chantier de grande ampleur

Le projet Patience prévoyait :

– la construction d’une prise d’eau à parois de moellons sur la rivière Fond, à Mon Repos, ainsi que d’une station de pompage, d’une conduite de refoulement d’eau brute et d’une usine de traitement climato-résiliente équipée de deux unités Degremont UCD 50, capable de produire 1 200 m³ par jour ;

– un nouveau réservoir de stockage de 150 000 gallons impériaux érigé à Lombard, relié au système par environ 22 kilomètres de canalisations neuves en polyéthylène haute densité ;

–  un volet de réduction de l’eau non facturée, avec un objectif de faire passer ce taux de 56 % à 35 %, ainsi que des mesures d’efficacité énergétique, de captage des eaux pluviales, de télérelève et d’assistance technique pour la protection des bassins versants.

10 communautés doivent bénéficier directement de ces travaux : St. Marie, Patience, Lombard, La Haut, Mon Repos, Wenn Development, Mamiku, Praslin, La Pointe et Malgretoute, au profit d’environ 4 700 résidents répartis sur 1 729 comptes clients.

Un financement révisé à la hausse

Approuvé par le CDF en 2023 pour un coût initial de 1,46 million de dollars américains, le projet a vu son enveloppe augmenter au fil des besoins constatés sur le terrain.

En juillet 2025, le CDF a accordé un financement complémentaire de 781 000 dollars américains, portant le total du prêt concessionnel à près de 2 millions de dollars. Selon la mise à jour la plus récente publiée par WASCO, le projet est désormais évalué à 2,1 millions de dollars américains, financés conjointement par le gouvernement de Sainte-Lucie et un prêt du CDF, auquel s’ajoute une nouvelle tranche de 700 000 dollars approuvée pour garantir la poursuite des travaux sans interruption.

Le CEO du CDF, Rodinald Soomer, a souligné que cet investissement « s’inscrit pleinement dans les objectifs stratégiques et le mandat régional du CDF, qui vise à favoriser un développement inclusif et à réduire les disparités entre les États membres ».

Le Premier ministre Philip J. Pierre a, de son côté, rappelé en avril 2026 que le projet représentait un investissement de 5,35 millions de dollars des Caraïbes orientales (1,73 million d’euros), destiné à desservir environ 4 700 résidents du Micoud.

Où en sont les travaux

Selon la dernière mise à jour de WASCO, des progrès significatifs sont visibles sur le site de la nouvelle prise d’eau, sur la rivière Fond à Mon Repos. Les repères de la prise d’eau ont été établis et le terrain a été dégagé pour la phase de construction. Les travaux de terrassement de l’usine de traitement se poursuivent, tandis que l’approvisionnement en canalisations est en cours. WASCO indique que les résidents de Mon Repos devraient constater, dans les prochains mois, une intensification de l’activité sur le site.

Une fois achevé, le nouveau système devrait permettre une réduction de 90 % du nombre annuel de jours de rupture d’approvisionnement liée aux pénuries, ainsi qu’une chute spectaculaire des épisodes de turbidité, de 44 à seulement 4 jours par an. La consommation quotidienne autorisée par habitant devrait par ailleurs passer de 60 à 80 gallons.

Un chantier qui s’inscrit dans un contexte plus large

Le projet Patience ne se déploie cependant pas dans un vide institutionnel. En avril 2026, le Premier ministre Pierre a annoncé une révision complète de la gestion de WASCO, ainsi que la mise en place d’un comité chargé de travailler avec la Société financière internationale (IFC), filiale de la Banque mondiale, pour élaborer un cadre de partenariat public-privé.

Cette décision intervient alors que la frustration du public face à la fiabilité de l’approvisionnement en eau ne cesse de croître à l’échelle de l’île, WASCO affichant un taux d’eau non facturée avoisinant les 51 à 52 %.

D’autres chantiers hydrauliques avancent en parallèle, notamment la réhabilitation de l’usine de traitement de Theobalds, financée à hauteur de 13,64 millions de dollars par la Banque de développement des Caraïbes, ou encore le remplacement d’un tronçon de cinq kilomètres de la conduite d’eau brute reliant le barrage John Compton à Millet et Vanard. Toutefois, pour les habitants de Patience, Mon Repos ou Praslin, c’est l’achèvement de leur propre projet, désormais fixé à septembre 2026, qui reste la priorité la plus concrète et la plus attendue.

Mylène Colmar
Mylène Colmar

Journaliste, consultante éditoriale et éditrice, je décrypte la Grande Caraïbe depuis 2015. Mon objectif : rendre cette région plus lisible, plus compréhensible et plus visible auprès du grand public.