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Sous le charme de l’artiste guadeloupéen Biloute


« Il faudrait que tu appelles Biloute », m’a dit il y a quelques jours mon cousin Frédéric, qui est de passage en Guadeloupe. J’ai prêté attention parce qu’il ne me recommande que rarement des personnes à interviewer.

Il m’a raconté que Biloute est un artiste guadeloupéen – chanteur, compositeur, interprète – qui vit dans l’Hexagone mais qui séjourne dans l’archipel pour donner quelques concerts, qu’il a une voix qui sort de l’ordinaire, qu’il est très actif, créatif, connecté… Son enthousiasme était tel qu’il m’a convaincu et j’ai donc téléphoné à ce Biloute, histoire de le rencontrer afin d’en savoir plus.

Mardi dernier, nous voilà donc assis, Biloute et moi, sur un banc, non loin du studio situé à Pointe-à-Pitre où il doit répéter. En fait, son nom est Emmanuel Réveillé. Son surnom lui a été donné par un camarade quand il avait neuf ans. « Cela veut dire zanmi an mwen (ndlr : mon ami). A l’époque, je ne savais pas que ce mot existait en ch’ti. ».

Puis, Biloute a évoqué sa carrière musicale. En seulement 30 minutes de conversation, j’étais impressionnée. Je vous explique.

Passion. C’est un mot très galvaudé depuis quelques années, mais je ne peux en utiliser un autre pour expliquer l’énorme investissement de Biloute dans le domaine musical. A 49 ans, il peut se targuer de centaines de prestations, collaborations, enregistrements, avec des noms prestigieux du monde du Gwoka, mais pas que… J’y reviendrai, mais revenons au début de l’histoire.

Il était une fois un jeune Guadeloupéen, né et habitant aux Abymes, qui très vite développa un goût pour la musique et le théâtre. Grâce à des cours à l’école. Grâce à sa famille, connue à l’époque pour leurs bals de quadrille. Grâce aussi aux fils de M. Charron, un grand du Gwoka, qui lui ont transmis sa passion pour ce genre musical.

« Ma fibre gwoka sortait de Charron, je l’ai appris il n’y a pas si longtemps que cela. »

Durant sa jeunesse, le voilà donc écoutant à longueur de journée Radyo Tanbou, faisant fi des interdictions de sa mère. Passionné, il écoute, enregistre, apprend, en autodidacte. Après le terrible passage de l’ouragan Hugo en Guadeloupe, Biloute est appelé au service militaire dans l’Hexagone. Ses années à l’armée ne font que renforcer son amour pour le Gwoka. « En revenant de permission, dans le train, c’était la seule musique que j’avais envie d’écouter. »

Toujours guidé par cette même passion, Biloute s’investit dans différents associations et groupes : Matouba, Miyo, Bwa Bandé, Pakala Percussions et Balkouta. Il perfectionne son art, multiplie les rencontres, si bien qu’il possède aujourd’hui un beau carnet d’adresses. Par la suite, il passe une nouvelle et importante étape dde sa vie d’artiste, grâce à un autre artiste, Erick Cosaque, qui lui permet d’effectuer ses premiers pas sur scène en tant que Boula, choriste, mais aussi des enregistrements.

« Un jour, un monsieur nommé Jimmy Blanche me dit : ‘Biloute, Guy Konkèt a besoin de quelqu’un. Es-tu disponible ?’ J’ai répondu oui. Ainsi a commencé l’épopée Konkèt. De manière naturelle. C’était le fruit d’un cheminement. Avec le temps, j’ai compris que c’était ce que j’appelle une destinée posée ».

Travailler avec Guy Konkèt, l’une des légendes du Gwoka, cela devait être incroyable !

Concert à la ligne 13, photo Christophe Nzeza.

Autre preuve de la passion de Biloute : depuis 25 ans, il mène sa vie artistique tambour battant, tout en occupant une activité professionnelle de câbleur dans la télécommunication. Je n’ose imaginer ses journées tant elles doivent être bien remplies !

Pourrait-il indiquer le nombre de répétitions, de prestations sur scène qu’il a faites pendant toutes ces années ? Je n’ai pas pensé à lui poser la question. Cependant, elles furent pléthoriques, parce qu’il a accompagné nombre d’artistes – outre Guy Konkèt – et de groupes : Philippe Makaïa, Dominique Tauliaut, Balkouta, Thierry Fanfant, Jean Tauliaut, Akiyo, etc. Son maître-mot : le partage.

« C’est toujours l’entité guadeloupéenne qui est là, traditionnellement parlant et via des contacts artistiques. » 

Biloute, il a également fait du théâtre. Il a notamment participé à la tournée du conte onirique, Waka Douvan Jou, avec la compagnie Boukoussou en 2014. Il a pris part à des rencontres littéraires avec des écrivains comme Patrick Chamoiseau, Aimé Césaire, Ernest Pépin, Cheikh Hamidou Kane, etc.

« Tout cela m’a permis d’acquérir un statut artistique, de respecter les normes de notre domaine. Ce qui prime, c’est la rigueur, le sérieux et le respect. Il faut aussi et surtout savoir qui on est et accepter les autres. »

Biloute, il compose également ses propres chansons. « Je travaille avec Rudy Mango pour les textes en créole », a-t-il précisé. Il m’a ensuite chanté quelques paroles de son titre « La pou bèl » durant l

’interview ! Cela tournait autour du mot « bèl » et dénonçait le fait que les gens salissent notre terre. J’ai trouvé cela très beau.

Au fait… Bientôt, sortira un titre qu’il a enregistré avec un autre artiste guadeloupéen, Fanswa Ladrezeau, et qui portera sur la richesse et la beauté de la Guadeloupe ! 

Biloute, il a aussi créé plusieurs groupes. Le premier était Jenn Ki ka en 2001. Son groupe actuel s’appelle BilouteGwoka qui donne des concerts dans des salles à Paris. Pour le travail en studio, les enregistrements, il travaille avec Patrick Marie-Joseph de Solibo Music, dans le cadre d’une co-production. BilouteGwoka a d’ailleurs sorti « Di yo sa », en 2018. 

« Nous recherchons toujours la valorisation de ce que nous faisons. »

Biloute, il participe également à des créations artistiques originales, parce qu’il apprécie les alliances de genres. Il collabore en ce moment avec François Collombon, concernant un projet alliant Gwoka et musique celte : « il m’a proposé d’interpréter deux chansons guadeloupéennes traditionnelles, mélangée avec de la musique celte ». J’ai vraiment hâte d’entendre le résultat.

Et sa voix dans tout cela ?

Elle est unique. Impossible de la définir…

Concert à la ligne 13, photo Christophe Nzeza.

Biloute m’a même fait l’honneur d’enregistrer spécialement un extrait du morceau que j’ai mentionné aupavant dans le billet, « La pou bèl ». Merci pour ce précieux cadeau, la générosité, Biloute ! 

J’aime aussi « Lakonsa » ! 

PS : si vous voulez entendre Biloute en live, il livre son « BilouteSolo » le 31 juillet prochain, à 20h, à la Maison des Sérénades, chemin de Pavé – Chazeau aux Abymes en Guadeloupe. Pour réserver : 0690 918 975 et 0590 823 024.
Photo de couverture : Christophe Nzeza. Montage : MC.

Commentaires (2)

  • Pascal HIBAU

    Je te félicite Biloute car ton travail reste unique et sublime.
    Je reste émerveillé.
    Encore bravo l’ami

    reply
  • Senaya

    Bravo Biloute On vient de faire connaissance.C’est un plaisir.
    Vwa la ka bay la vwa sa bèl mèsi pou lymié ou ka voyé.Pwoteksyon
    Sé Senaya Awtis
    Big love.Lanmou .

    reply

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