Le Programme pluriannuel d’intervention 2024-2028 de Terres Caraïbes dresse un bilan solide de dix années d’action foncière en Guadeloupe et trace une feuille de route ambitieuse pour les cinq prochaines années.
Ce document stratégique, que vous pouvez consulter ici , éclaire à la fois la montée en puissance de l’établissement et les défis structurels auxquels le territoire est confronté.
Une décennie de montée en puissance confirmée
Créé en 2013, l’établissement public foncier de Guadeloupe, devenu Terres Caraïbes, atteint aujourd’hui un stade de maturité reconnu par ses partenaires. Le deuxième programme (2019-2023) affiche des résultats au-delà des objectifs.
Le volume d’acquisitions foncières a atteint près de 55 millions d’euros, soit une moyenne annuelle de 11 millions d’euros, contre seulement 3,1 millions par an sur la période précédente.
La priorité donnée au logement est nette. Sur les objectifs initiaux, les acquisitions destinées au logement et à l’armature urbaine ont été largement dépassées, avec 25 millions d’euros réalisés pour une cible de 10 à 15 millions.
Une ingénierie territoriale qui s’affirme
Au-delà de l’achat de foncier, Terres Caraïbes renforce son rôle d’ingénierie publique. L’établissement a mené près de 100 missions d’accompagnement, mobilisant 1,2 million d’euros, souvent au bénéfice des communes les moins dotées.
L’action se territorialise fortement : près des deux tiers des acquisitions sont concentrés sur l’agglomération centrale, tout en maintenant une présence sur l’ensemble du territoire.
Une trajectoire financière jugée solide
Le modèle économique apparaît stabilisé. Terres Caraïbes s’appuie sur :
- 7 millions d’euros de taxe spéciale d’équipement (TSE) par an
- 5,4 millions d’euros d’emprunt annuel moyen
- Un stock foncier d’environ 50 millions d’euros
À cela s’ajoutent des capacités de trésorerie importantes, avec 13 millions d’euros de liquidités en 2022, soit l’équivalent d’une année d’acquisitions.
Des défis structurels qui s’intensifient
Le document ne masque pas les fragilités du territoire. Il met en avant plusieurs défis majeurs :
- sur le plan social : vieillissement et décroissance démographique, crise du logement, persistance de l’habitat indigne.
- sur le plan économique : attractivité fragile, déséquilibres territoriaux persistants.
- sur les ressources : crise structurelle de l’eau et question de l’autonomie alimentaire.
- sur l’environnement : exposition accrue aux risques naturels et au changement climatique.
Le foncier est présenté comme un levier central pour répondre à ces tensions.
Cinq axes stratégiques pour transformer le territoire
Le nouveau PPI repose sur une stratégie structurée autour de 5 priorités.
1. Produire du logement accessible et résorber l’habitat dégradé
L’établissement veut intensifier le recyclage urbain, mobiliser le parc vacant (estimé à 35 000 logements) et développer des outils comme le Bail Réel Solidaire.
2. Renforcer la résilience face aux risques naturels
Relocalisation des populations exposées, lutte contre l’érosion côtière, accompagnement des politiques de gestion de l’eau.
3. Moderniser l’offre économique
Requalification de zones d’activités vieillissantes et développement de secteurs à forte valeur ajoutée (tourisme, agriculture spécialisée).
4. Structurer le territoire
Reconversion de grandes friches, dont le CHU de Pointe-à-Pitre ou la clinique Tirolien, et développement d’infrastructures.
5. Protéger les espaces naturels et agricoles
Renaturation, désartificialisation et protection des terres agricoles.
Une inflexion nette vers la sobriété foncière
Le document marque un tournant clair : l’action foncière doit désormais s’inscrire dans la logique de zéro artificialisation nette (ZAN). L’objectif est de privilégier le recyclage des espaces existants plutôt que l’étalement urbain.
Un exemple concret : l’identification de 542 parcelles vacantes sur 83,5 hectares dans des lotissements existants, offrant un potentiel de densification immédiat.
Une ambition : devenir un acteur pivot de la transformation territoriale
Terres Caraïbes ne se limite plus à un rôle d’opérateur foncier. L’établissement revendique une position de “laboratoire d’innovation” dans la fabrique du territoire, avec une offre élargie allant de l’acquisition à l’ingénierie, en passant par la gestion transitoire et la régularisation foncière.
Dans un territoire sous pression, la maîtrise du foncier devient un outil stratégique pour arbitrer entre développement, cohésion sociale et adaptation climatique.

