La Grande Caraïbe décryptée depuis 2015

Dans sa note de conjoncture publiée en juin, l’Institut d’émission des départements d’outre-mer (IEDOM) et l’Institut d’émission d’outre-mer (IEOM), en lien avec la Banque de France, dressent le bilan d’une année 2025 de redressement pour les économies ultramarines.
Après une année 2024 marquée par les cyclones Chido à Mayotte et Belal à La Réunion, les émeutes en Nouvelle-Calédonie et les mouvements contre la vie chère en Martinique, l’horizon s’est éclairci.
La reprise demeure néanmoins fragile, et le choc énergétique survenu début 2026 rappelle déjà la persistance des vulnérabilités structurelles.
Le climat des affaires renoue avec l’optimisme
L’indicateur du climat des affaires (ICA), dont la moyenne de longue période est fixée à 100, repasse au-dessus de ce seuil dans la plupart des départements et collectivités en fin d’année.
En Guadeloupe, les chefs d’entreprise affichent un optimisme constant tout au long de l’année, avec un ICA en progression à 103,8. La Martinique, partie d’un point bas fin 2024 lié aux manifestations contre la vie chère, retrouve sa moyenne de longue période à 102,7. La Guyane se redresse significativement à partir du deuxième trimestre pour atteindre 104,9, après avoir évolué sous sa moyenne depuis 2022.
Mayotte se distingue par une progression forte de son ICA, à 113, portée par la reconstruction post-Chido. En Polynésie française, l’indicateur reste nettement supérieur à sa moyenne, soutenu par un secteur touristique en troisième année record consécutive avec 281 277 visiteurs, soit une hausse de 7 % par rapport à 2024.
La Nouvelle-Calédonie demeure l’exception. Son ICA poursuit certes son redressement depuis le point bas du deuxième trimestre 2024, mais sa stabilisation s’effectue à un niveau très inférieur à l’avant-crise. Fin 2025, un tiers des entreprises interrogées déclarent encore une activité très dégradée, inférieure à 50 % de leur niveau d’avant-crise.
L’inflation repasse sous la barre des 2 %
L’année 2025 confirme la trajectoire désinflationniste mondiale amorcée en 2023. En France entière hors Mayotte, l’inflation s’établit à +0,8 % fin 2025, contre +1,3 % en 2024 et +3,7 % en 2023. Les DCOM de la zone euro affichent des taux modérés, compris entre +0,9 % et +1,9 %, à l’exception de Saint-Pierre-et-Miquelon, en quasi-stabilité des prix avec -0,2 %.
Le recul des prix de l’énergie s’observe partout, de façon particulièrement marquée à Mayotte (-9,4 %), en Guyane (-6,6 %) et à La Réunion (-5,9 %). Il compense la hausse des produits alimentaires, qui va de +0,6 % en Martinique jusqu’à +5,1 % à Mayotte. Dans la zone franc Pacifique, l’inflation reste faible en Polynésie française (0,3 %) et en Nouvelle-Calédonie (0,7 %), tandis que Wallis-et-Futuna se démarque avec 3,5 % au quatrième trimestre, sous l’effet des prix alimentaires.
Un marché du travail qui ne suit pas la reprise
C’est l’un des points de vigilance majeurs du rapport : l’amélioration de la conjoncture ne soutient pas l’emploi privé, qui reste atone ou en repli.
En Guadeloupe et en Martinique, l’emploi salarié recule en 2025, pénalisé notamment par la contraction du secteur de la construction. La Guyane fait figure d’exception avec un marché du travail plus dynamique, porté par sa démographie et les services. À La Réunion, l’emploi privé est quasi stable.
Le taux de chômage demeure significativement supérieur à la moyenne hexagonale dans l’ensemble des DROM, dépassant 10 % dans la quasi-totalité des géographies. La Nouvelle-Calédonie illustre la gravité de sa crise : l’emploi privé y continue de reculer de 2,1 % sur un an, prolongeant la chute de 15 % enregistrée en 2024.
À l’opposé, Saint-Pierre-et-Miquelon se rapproche du plein emploi, et la Polynésie française voit son emploi salarié marchand progresser de 2,8 %.
Le crédit redevient plus accessible
La détente des taux directeurs de la BCE et de l’IEOM se traduit par un repli généralisé des taux de crédit. Pour les entreprises, les taux de trésorerie échéancée reculent de 32 points de base dans le bassin Atlantique et de 149 points de base dans le bassin Indien, pour s’établir respectivement à 3,19 % et 2,92 %, en dessous de la moyenne nationale de 3,55 %.
Un point d’attention persiste néanmoins pour les particuliers : les taux de découverts demeurent très supérieurs à la moyenne nationale, à 12,84 % en moyenne sur les DCOM contre 7,86 % au plan national, avec des écarts importants entre territoires.
Un financement bancaire en hausse, une sinistralité sous surveillance
Au 31 décembre 2025, l’encours sain des crédits dans les DCOM de la zone euro atteint 66,4 milliards d’euros, dont 71 % concentrés par la place bancaire locale. Les crédits à l’habitat progressent de 2,7 %, en deçà toutefois des 5,3 % de 2024. La sinistralité reste stable à 4,8 %.
Dans le Pacifique, l’encours atteint 1 887 milliards de francs Pacifique, soit 15,8 milliards d’euros. La Polynésie française porte cette reprise avec +4,2 %, tandis que la Nouvelle-Calédonie n’affiche que +1,5 % après une contraction de 6,1 % en 2024. Le taux de créances douteuses y reste élevé, stabilisé à 8,3 % de l’encours brut, loin des 2,5 % de la Polynésie française.
2026 : un optimisme prudent rattrapé par la géopolitique
Les perspectives pour 2026 appellent à un optimisme prudent. Plusieurs territoires affichent des intentions d’investissement en progression et un repli des craintes de défaillances. Cependant, le recours au surendettement a fortement progressé en 2025 et les défaillances d’entreprises atteignent un niveau record, reflet d’un effet de rattrapage post-Covid et de tensions persistantes.
Surtout, la hausse des prix des carburants, conséquence du conflit au Moyen-Orient déclenché le 28 février 2026, dégrade les perspectives de croissance à court terme. Ce choc met en lumière l’impératif de la transition énergétique des territoires ultramarins, qui disposent d’atouts pour produire une électricité décarbonée à partir du solaire, de la géothermie, de l’éolien et de la biomasse.
Le rapport identifie plusieurs leviers à activer :
- renforcement de la concurrence
- simplification réglementaire
- réduction des délais de paiement
- concentration des investissements sur les infrastructures portuaires, la connectivité, la souveraineté alimentaire et la transition énergétique.



