Direction générale des Outre-mer 2026 : ce que révèle le guide officiel des territoires ultramarins français

La Direction générale des outre-mer (DGOM), administration centrale du ministère des Outre-mer français, édite un livret d’accueil 2026, document de référence destiné à familiariser les agents publics avec la réalité des territoires ultramarins.

Ce guide de 58 pages compile des données institutionnelles, socio-économiques et géographiques sur l’ensemble des 13 territoires français répartis dans cinq océans.

Destiné à ancrer ce que la DGOM nomme elle-même le « réflexe outre-mer » dans la sphère publique, ce document offre une photographie saisissante des défis et des atouts d’une France qui s’étend bien au-delà de l’Hexagone.

Une France mondialisée : 13 territoires, 5 océans, 11 millions de km² de ZEE

La première donnée frappante est géographique. La France dispose de la deuxième zone économique exclusive (ZEE) au monde, avec 11 millions de km², dont 97 % situés en outre-mer. Cette présence planétaire n’est pas anecdotique : elle confère à la France une capacité de projection militaire dans les cinq océans, un site majeur de l’industrie spatiale en Guyane (le Centre spatial européen de Kourou), et un poids stratégique considérable dans la gouvernance des océans à l’heure où 90 % du transport mondial de marchandises s’effectue par voie maritime.

Les 2,8 millions de Français ultramarins habitent 11 de ces 13 territoires, dont un tiers a moins de 20 ans. Ce profil démographique jeune est à la fois un atout et un défi, particulièrement dans les territoires qui enregistrent des taux de chômage deux à trois fois supérieurs à la moyenne nationale.

Les Outre-mer abritent par ailleurs 80 % de la biodiversité française, 10 % des récifs coralliens mondiaux et 1 400 des 1 800 espèces d’oiseaux recensées sur le territoire national. Des chiffres qui positionnent ces territoires comme des enjeux environnementaux planétaires, pas simplement des réalités locales.

Des économies sous pression : les chiffres qui interpellent

Le document ne masque aucune fragilité structurelle. Le PIB par habitant des territoires ultramarins est systématiquement inférieur à la moyenne nationale (37 408 euros en euros courants pour 2021). L’écart varie selon les territoires : 23 925 euros en Guadeloupe, 15 611 euros en Guyane, et seulement 9 978 euros à Mayotte, soit un niveau représentant à peine le quart du PIB moyen hexagonal.

Le taux de pauvreté atteint des niveaux préoccupants : 34 % en Guadeloupe, 42 % à La Réunion, 53 % en Guyane et 77 % à Mayotte, contre moins de 20 % dans l’Hexagone. Les taux de chômage oscillent entre 19 % en Guadeloupe et 37 % à Mayotte, pour une moyenne nationale de 7 %. Le coût de la vie y est en outre supérieur de 8 à 13 % à celui de l’Hexagone, avec un surcoût alimentaire compris entre 28 et 38 %.

Ces indicateurs révèlent une réalité profondément inégalitaire au sein de la République française, que le document attribue à plusieurs facteurs structurels : insularité et éloignement, économies peu diversifiées et dépendantes du secteur public, échanges commerciaux déséquilibrés avec un taux moyen de couverture des importations par les exportations de seulement 7,4 %.

Guadeloupe et Martinique : 2 territoires caribéens sous tension démographique

  • La Guadeloupe (375 845 habitants en 2023) enregistre une variation démographique de -0,6 % par an entre 2015 et 2021, principalement due aux départs, notamment des jeunes (-0,9 %), plutôt qu’à un déficit naturel.
  • La Martinique présente une tendance encore plus marquée : -0,9 % par an sur la même période, avec un taux de départ de -1 %.

Ces deux territoires, régions ultrapériphériques (RUP) de l’Union européenne, partagent les mêmes grands défis :

  • pollution à la chlordécone
  • phénomène des sargasses
  • renouvellement de la flotte de pêche
  • vie chère
  • recul du trait de côte
  • besoins en logement.

Leur ZEE commune est de 123 483 km². Leur taux de pauvreté respectif est de 34 % et 33 %, pour des PIB par habitant qui représentent environ 64 % et 68 % de la moyenne nationale.

Sur le plan institutionnel, la Guadeloupe conserve deux assemblées distinctes (Conseil départemental et Conseil régional), tandis que la Martinique fonctionne depuis 2015 comme une collectivité unique exerçant les compétences des deux instances, avec des habilitations spécifiques lui permettant d’adapter les lois applicables sur son territoire.

Mayotte et la Guyane : des urgences sociales qui appellent une réponse d’État

Le livret met en lumière deux situations d’urgence sociale particulièrement aiguës. Mayotte (310 022 habitants en 2023) cumule les difficultés : 53 % de sa population a moins de 20 ans, 50 % a au moins un parent étranger, le taux de chômage atteint 37 % et 77 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. Devenu département et RUP en 2011 seulement, le territoire fait face en 2026 à la reconstruction consécutive au passage du cyclone Chido, crise qui mobilise une mission interministérielle dédiée mentionnée en introduction du document.

La Guyane présente, pour sa part, une trajectoire démographique inverse : une croissance de +3,5 % par an, concentrée autour de Cayenne et Saint-Laurent du Maroni, contre +1,8 % en France hexagonale. Seul département français à avoir la taille d’un pays (83 846 km², équivalent du Portugal), il abrite le Centre spatial européen de Kourou et 90 % de forêts tropicales, tout en affichant un taux de pauvreté de 53 % et un PIB par habitant de 15 611 euros. La pression migratoire y est forte, alimentée notamment par des flux en provenance du Suriname, du Brésil, du Guyana et d’Haïti.

Un cadre institutionnel complexe, pensé pour l’adaptation

Le guide rappelle utilement la diversité des statuts juridiques qui régissent ces territoires au sein de la République et de l’Union européenne.

  • Les DROM (Guadeloupe, Martinique, Guyane, La Réunion, Mayotte) relèvent de l’article 73 de la Constitution et appliquent le droit français de plein droit, avec des possibilités d’adaptation.
  • Les collectivités d’outre-mer (Saint-Martin, Saint-Barthélemy, Saint-Pierre-et-Miquelon, Wallis-et-Futuna, Polynésie française) relèvent de l’article 74, dans un régime de spécialité législative où les lois hexagonales ne s’appliquent que sur mention expresse.

Au sein de l’Union européenne, 6 territoires français sont des régions ultrapériphériques (RUP) bénéficiant des fonds de cohésion à taux renforcés : Guadeloupe, Martinique, Guyane, La Réunion, Mayotte et Saint-Martin. Les autres collectivités françaises ont le statut de pays et territoires d’outre-mer (PTOM), ne faisant pas partie intégrante du territoire communautaire, toutefois éligibles à certains programmes européens (Erasmus+, Horizon 2020, Europe Créative).

Cette architecture juridique complexe, que la DGOM a pour mission de faire vivre quotidiennement, est au cœur de la raison d’être de cette administration de 180 agents, dont 40 militaires du Service militaire adapté (SMA), dispositif d’insertion socioprofessionnelle qui forme 6 000 jeunes par an dans sept régiments, avec plus de 80 % de sorties positives vers l’emploi ou la formation.

Mylène Colmar
Mylène Colmar

Journaliste, consultante éditoriale et éditrice, je décrypte la Grande Caraïbe depuis 2015. Mon objectif : rendre cette région plus lisible, plus compréhensible et plus visible auprès du grand public.