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Guyane 2025 : la croissance repart, portée par le retour en force du spatial

L’Institut d’émission des départements d’outre-mer (IEDOM) vient de publier son rapport annuel économique consacré à la Guyane pour l’exercice 2025. Ce document de référence, élaboré à partir des données de l’Insee, des Douanes, du Centre Spatial Guyanais, d’EDF, de la Banque de France et de plusieurs autres sources institutionnelles, dresse un panorama complet de la situation démographique, économique, sectorielle et bancaire du territoire.
Il confirme une reprise progressive de l’activité en 2025, après une fin d’année 2024 marquée par les incertitudes budgétaires, tout en pointant plusieurs facteurs de fragilité pour 2026.
Une population jeune, un développement humain contrasté
Au 1er janvier 2026, la Guyane compte 298 600 habitants, contre 254 500 en 2015. L’Insee anticipe une poursuite de cette dynamique démographique, avec une population projetée à 421 000 habitants à l’horizon 2050. Le territoire se distingue par sa jeunesse : 39,3 % de la population a moins de 20 ans, contre 22,5 % dans l’Hexagone, tandis que seuls 11,9 % des Guyanais ont 60 ans ou plus, contre 28,5 % au niveau national. La densité de population reste très faible, 3,6 habitants au kilomètre carré, à comparer aux 121,6 de l’Hexagone.
Sur le plan du développement humain, l’indice de développement humain (IDH) de la Guyane s’établit à 0,799 en 2023, un niveau proche de la moyenne nationale (0,920) mais avec des inégalités marquées : l’indice de Gini atteint 0,43 et le taux de pauvreté au seuil de 60 % touche 52,9 % de la population, contre 15,4 % dans l’Hexagone.
Un climat des affaires qui poursuit sa progression
En 2025, l’indicateur du climat des affaires (ICA) n’a cessé de progresser pour s’établir à 105,0 en fin d’année, un niveau bien au-dessus de sa moyenne de longue période. En moyenne annuelle, l’ICA atteint 100,3 points, soit 1,8 point de plus qu’en 2024. Le début d’année avait pourtant été marqué par la poursuite de la baisse d’activité amorcée fin 2024, dans un contexte d’incertitudes budgétaires. Toutefois, l’adoption du projet de loi de finances pour 2025 a réduit une partie de l’incertitude, et le regain d’activité du Centre Spatial Guyanais en fin d’année a permis aux entreprises de retrouver confiance et perspectives.
Les créations d’entreprises confirment cette dynamique, avec 3 966 immatriculations sur l’année, soit une hausse de 12,0 %, dont 2 142 micro-entreprises. Les défaillances d’entreprises ont néanmoins fortement augmenté (+205,5 % à fin décembre 2025 par rapport à fin décembre 2024), une évolution que le rapport relativise au regard du nombre limité d’entreprises concernées et qu’il attribue en partie à un effet de rattrapage post-Covid ainsi qu’à un plan d’action du Tribunal de Commerce visant à fiabiliser le registre des entreprises.
L’inflation ralentit, le chômage reste élevé
En moyenne annuelle, l’inflation s’établit à 1,5 % en 2025, contre 3,0 % en 2024, un niveau sous le seuil de 2 % fixé par la Banque centrale européenne. Ce ralentissement s’explique principalement par la baisse des prix de l’énergie (-6,4 % en moyenne annuelle), dont la contribution à l’inflation est négative. À l’inverse, les prix des services et de l’alimentation progressent respectivement de 3,7 % et 2,6 %.
Le marché du travail affiche une évolution plus mitigée. Le nombre de demandeurs d’emploi de catégorie A atteint 26 212 en moyenne sur l’année, et le nombre de chômeurs de longue durée bondit de 32,5 %, soit 8 851 personnes. Le taux de chômage reste stable à 16,9 %, un niveau néanmoins bien supérieur aux 7,5 % de l’Hexagone. Le taux de chômage guyanais s’établissait à 22,0 % en 2015.
Consommation en berne, investissement dynamique
La consommation des ménages montre des signes de ralentissement. Les importations de biens de consommation progressent de 0,8 % en valeur mais reculent de 1,7 % en volume. Le marché automobile connaît également un net ralentissement, avec une chute de 12,7 % en valeur des importations de véhicules de tourisme et une baisse de 5,8 % des immatriculations. Le nombre de dossiers de surendettement déposés à l’IEDOM progresse de 8,2 %, atteignant 315 dossiers, ce qui témoigne d’une hausse de la vulnérabilité des ménages.
L’investissement privé, à l’inverse, reste dynamique. Les encours de crédits d’investissement progressent de 8,3 % en moyenne annuelle. Plusieurs grands projets structurants alimentent cette dynamique : la construction d’un second pont du Larivot (145 millions d’euros), une cité du ministère de la Justice à Saint-Laurent-du-Maroni (160 millions d’euros), ainsi que des centrales bioénergie du Larivot (600 millions d’euros) et biomasse à Sinnamary (145 millions d’euros).
Le déficit commercial se stabilise, portée par l’or
Le déficit commercial de la Guyane atteint 2 025 millions d’euros en 2025, un niveau stable par rapport à 2024. Les exportations totales (218 millions d’euros pour 20 906 tonnes) progressent de 42,7 % en valeur, portées notamment par la hausse des exportations d’or (+28,7 % en valeur), conséquence directe de l’envolée du cours de l’once (+44,0 % en moyenne par rapport à 2024). En volume cependant, l’activité aurifère recule à nouveau, avec une baisse des exportations de 1,0 %.
Les importations totales atteignent 2 243 millions d’euros pour 750 572 tonnes, en hausse de 2,6 % en valeur mais en chute de 15,7 % en volume, une baisse notamment portée par le recul des importations de produits énergétiques.
Le Centre Spatial Guyanais retrouve le rythme
Après deux années de transition, l’activité du Centre Spatial Guyanais redémarre en 2025 avec 7 lancements réussis, dont quatre pour Ariane 6 et trois pour Vega-C, contre 10 lancements en 2015. Le rapport anticipe une accélération de la cadence en 2026, avec l’exploitation de nouvelles capacités d’Ariane 6 et la poursuite des travaux de l’Ensemble de lancement multi-lanceurs (ELM1), une infrastructure censée accueillir dès 2026 des opérateurs privés de micro-lanceurs sur l’ancien pas de tir Diamant.
Le tourisme profite également de cette embellie spatiale. Le nombre de passagers à l’aéroport Félix Eboué augmente de 6,2 % par rapport à 2024, et le nombre de vols progresse de 22,6 %. Le nombre de nuitées hôtelières enregistre une légère hausse de 0,3 % sur l’année.
Une activité bancaire toujours soutenue
La collecte de dépôts s’accélère en Guyane en 2025, avec des encours en progression de 4,6 %. L’encours sain de crédits augmente de 6 %, portant la croissance cumulée à plus d’un milliard d’euros en quatre ans. Les crédits d’investissement progressent à un rythme très soutenu (+9,3 %), tandis que les crédits à la consommation des ménages accélèrent nettement (+9,6 %, après +7,0 % en 2024).
L’année 2025 marque néanmoins un tournant dans l’évolution des taux de crédit. Après deux années de hausse, les premiers signes d’inflexion apparaissent, portés par l’assouplissement progressif de la politique monétaire. Les taux des prêts immobiliers reculent ainsi de 66 points de base, pour une moyenne annuelle de 3,50 %, restant toutefois supérieurs de 46 points de base à la moyenne nationale.
Des perspectives 2026 sous conditions
L’enquête de conjoncture menée auprès des chefs d’entreprise laisse entrevoir une poursuite de la trajectoire de croissance au début 2026, sans rupture de tendance. L’adoption de la loi de finances 2026 réduit le risque de reconduction budgétaire et sécurise la trajectoire des grands projets d’investissement. L’intensification de l’activité spatiale, avec un carnet de commandes d’Arianespace déjà rempli, constitue un autre facteur de soutien.
Plusieurs risques pourraient toutefois assombrir ce tableau. Les tensions commerciales entre les États-Unis et l’Union européenne pourraient conduire à un renchérissement des biens américains importés en Guyane, qu’il s’agisse de produits énergétiques, de machines ou d’équipements. Le conflit en Iran, qui perturbe le détroit d’Ormuz, fait également peser un risque sur les prix de l’énergie. Le contexte budgétaire français, marqué par des efforts de maîtrise des dépenses de l’État, interroge enfin sur la capacité de ce dernier à soutenir durablement le développement du territoire.



