Pourquoi MSC mise sur l’année entière aux Antilles françaises : la croisière en Guadeloupe, de l’âge d’or à la renaissance

Mediterranean Shipping Company (MSC) Croisières a annoncé que la Martinique et la Guadeloupe deviendront, dès 2027, des ports de départ accessibles toute l’année, une première pour la région.

Cette décision marque un tournant après 25 ans de montagnes russes pour le tourisme de croisière antillais, passé d’un âge d’or dans les années 1990 à un effondrement spectaculaire dans les années 2000, avant un lent redressement depuis 2013.

L’annonce qui change la donne

En décembre 2025, le MSC Virtuosa a lancé sa deuxième saison aux Antilles. Face à l’engouement du public pour les croisières au départ de la Martinique et de la Guadeloupe, MSC Croisières a annoncé qu’à partir de la prochaine saison, deux navires seraient positionnés au départ des deux îles. Autre nouveauté : l’un de ces navires sera basé aux Antilles toute l’année, dès 2027.

Concrètement, le MSC World Europa, fleuron de la flotte, proposera des itinéraires de 7 à 14 nuits au départ de la Martinique, de la Guadeloupe ou encore de la Barbade pour la saison hiver 2026-2027, de novembre à Pâques. Le MSC Opéra, de son côté, opérera pendant toute la saison des grandes vacances, avec des croisières de 7 jours au départ de la Martinique.

Les années 1990, un âge d’or oublié

Pour mesurer la portée de cette annonce, il faut remonter à l’histoire mouvementée de la croisière dans l’archipel guadeloupéen. Dans les années 1990, la destination vivait une période faste. Selon un rapport d’information du Sénat publié en 2011, la Guadeloupe et la Martinique représentaient ensemble, en 1991, un flux de 699 000 passagers de croisière, soit 8,2 % du total de la région caribéenne. En 1996, les deux départements ont atteint un niveau record, avec 998 000 croisiéristes, soit 9,3 % du total régional.

C’est dans ce contexte porteur que Costa Croisières lance en 1993 son itinéraire emblématique « Perles des Antilles » au départ de Pointe-à-Pitre, une offre qui perdure encore aujourd’hui plus de trente ans plus tard. À l’échelle mondiale, la Caraïbe s’impose alors comme la première destination croisière au monde, portée par un nombre de passagers qui plus que doublera en vingt ans, passant de 8,54 millions en 1991 à 19,64 millions en 2004.

L’effondrement des années 2000

Cette embellie ne dure pas. Alors que la croisière connaît un essor continu à l’échelle mondiale et française, la Guadeloupe et la Martinique s’enfoncent dans un déclin sévère au cours de la décennie 2000. Selon le même rapport sénatorial, la Guadeloupe a perdu 55 % de ses passagers de croisière entre 2000 et 2009, tandis que la Martinique en a perdu 75 %.

En 2009, les deux îles ne totalisaient plus que 185 000 visites, soit à peine 1 % du trafic croisiériste régional, contre 9,3 % treize ans plus tôt.

Plusieurs facteurs expliquent cet effondrement, selon les travaux d’Atout France cités par les sénateurs.

  • La situation sociale du territoire pesait lourdement sur la confiance des compagnies maritimes, qui construisent leurs programmes deux ans à l’avance et redoutent l’incertitude.
  • La mobilisation générale de 2009 a ainsi entraîné des annulations d’escales et nui à l’image des îles.
  • L’offre d’excursions et l’attractivité des villes de débarquement étaient également jugées insuffisantes, Pointe-à-Pitre étant même décrite dans le rapport comme une « ville peu attractive au niveau touristique ». Le Sénat recommandait alors de relancer la croisière en s’appuyant notamment sur un projet de développement du port de Basse-Terre, jugé mieux placé pour accueillir les croisiéristes grâce à sa proximité avec le Parc national et ses sites naturels.

Le redressement, entre infrastructures et nouveaux acteurs

Le tournant s’amorce au début des années 2010. Deux terminaux de croisière ouvrent au port de Pointe-à-Pitre, en novembre 2012 puis fin 2013, améliorant sensiblement les capacités d’accueil. MSC Croisières commence à proposer des croisières au départ de Pointe-à-Pitre à partir de 2012, aux côtés de Costa, restée fidèle à la destination depuis 1993. La fréquentation repart alors nettement à la hausse : le début des années 2010 comptait environ 75 000 croisiéristes à Pointe-à-Pitre, un chiffre qui atteint environ 310 000 quelques années plus tard.

La pandémie de Covid-19 interrompt à nouveau cette dynamique à partir de 2020, éloignant les paquebots des îles françaises pendant plusieurs saisons et privant le territoire d’au moins 70 millions d’euros de chiffre d’affaires selon les estimations professionnelles.

La reprise n’intervient qu’en 2022. La saison 2022-2023 enregistre 223 escales pour plus de 300 000 passagers. La saison 2023-2024, avec 242 à 243 escales, permet à la destination de retrouver son niveau d’avant-crise, celui de la saison 2018-2019.

La dynamique se poursuit ensuite : la saison 2025-2026 comptabilise 297 escales réparties entre les ports et les neuf mouillages de l’archipel, et la saison 2026-2027 à venir est attendue avec près de 430 000 passagers.

Un pari qui rompt avec la saisonnalité historique

C’est dans ce contexte de reconquête progressive que s’inscrit l’annonce de MSC. Toutefois, le pari n’est pas anodin : pendant plus de 20 ans, la croisière antillaise n’a jamais réussi à s’affranchir d’une saisonnalité limitée à quatre ou cinq mois par an, ni à retrouver le poids qu’elle occupait dans le trafic régional au milieu des années 1990.

En choisissant de baser un navire à l’année dès 2027, MSC Croisières prend le contre-pied de cette histoire faite d’à-coups, et mise sur une stabilité que ni les crises sociales des années 2000 ni la pandémie n’avaient permis d’installer durablement.

Néanmoins, cette croissance continue du trafic croisiériste soulève aussi des interrogations, notamment environnementales, régulièrement pointées par les acteurs du tourisme guadeloupéen à mesure que les escales se multiplient. Reste que, pour les professionnels du secteur, la perspective d’une desserte permanente change la nature même de l’offre, en transformant un marché longtemps cantonné à quelques mois en une activité conçue pour durer toute l’année.

Mylène Colmar
Mylène Colmar

Journaliste, consultante éditoriale et éditrice, je décrypte la Grande Caraïbe depuis 2015. Mon objectif : rendre cette région plus lisible, plus compréhensible et plus visible auprès du grand public.