Haïti va-t-elle enfin retrouver des dirigeants élus ? Après près de 10 ans sans scrutin national, le Conseil électoral provisoire (CEP) a publié lundi 27 juillet 2026 le calendrier des élections présidentielle, législatives et du référendum constitutionnel, avec un premier tour fixé au 13 décembre 2026. Une annonce très attendue dans ce pays de la Caraïbe, cependant conditionnée à un défi de taille : la sécurisation d’un territoire largement aux mains des gangs armés.
Un calendrier électoral détaillé et ambitieux
Selon le calendrier publié par le CEP, le premier tour de la présidentielle, des législatives et du référendum constitutionnel se tiendra le 13 décembre 2026. Le second tour, couplé aux élections territoriales, est prévu le 21 février 2027. Les résultats préliminaires du premier tour doivent être affichés dès le 19 décembre 2026, tandis que le nom du nouveau président et la composition de l’Assemblée nationale et du Sénat seront officiellement proclamés le 7 mars 2027.
En amont du scrutin, l’inscription des candidats débutera le 20 août et se poursuivra jusqu’au 2 octobre 2026. Les listes électorales définitives seront quant à elles publiées le 13 novembre. Ce calendrier fait suite à plusieurs reports successifs, l’hypothèse d’un vote dès le mois d’août 2026 ayant été écartée pour des raisons de sécurité.
Une condition sécuritaire loin d’être acquise
Le CEP l’a précisé noir sur blanc : la tenue effective de ces scrutins dépend de « l’établissement d’un climat sécuritaire acceptable » et de la disponibilité des financements nécessaires aux opérations électorales. Une prudence qui n’a rien d’excessif.
Les groupes armés contrôlent aujourd’hui environ 90 % de Port-au-Prince et de sa zone métropolitaine, et ont étendu leur emprise à des départements auparavant épargnés, notamment l’Artibonite, le Centre et le Nord-Ouest. Au premier semestre 2026, ce sont plus de 2 310 décès, 99 enlèvements et 699 victimes de violences sexuelles qui ont été recensés dans le pays.
Face à cette situation, le Conseil de sécurité de l’ONU a autorisé la transformation de la mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS) en une « Force de répression des gangs » forte de 5 550 personnes, épaulée par un nouveau Bureau d’appui de l’ONU en Haïti (UNSOH). Cette force doit travailler aux côtés de la Police nationale d’Haïti pour démanteler les groupes criminels, garantir l’accès humanitaire et sécuriser les infrastructures essentielles. Son déploiement reste toutefois un facteur déterminant pour la crédibilité du calendrier électoral.
Un pays sans élections depuis 2016
Haïti n’a plus organisé d’élections nationales depuis 2016, une situation qui a privé le pays de parlementaires élus pendant plusieurs années. L’assassinat du président Jovenel Moïse, le 7 juillet 2021, avait précipité la crise institutionnelle, ouvrant une période de vacance du pouvoir et de luttes d’influence entre acteurs politiques.
Un Conseil présidentiel de transition avait été formé le 12 avril 2024, un mois après la démission du Premier ministre Ariel Henry. Son mandat s’est achevé le 7 février 2026, date à laquelle ses pouvoirs ont été transférés au Conseil des ministres et au Premier ministre.
C’est dans la nuit du 21 au 22 février 2026 qu’un nouvel accord politique, le « Pacte national pour la stabilité et l’organisation des élections », a été signé entre le Premier ministre et la classe politique. Les acteurs politiques s’y sont engagés à proposer des amendements constitutionnels limités durant la période de transition, et à les soumettre au vote des électeurs lors du premier tour, ce qui explique la tenue simultanée du référendum constitutionnel et du premier tour des élections le 13 décembre.
Un test de crédibilité pour la région
Pour la Grande Caraïbe, ce rendez-vous électoral dépasse le seul cadre national. Il constitue un test de la capacité de la communauté internationale à créer les conditions minimales d’un scrutin crédible dans un pays miné par l’insécurité. Il interroge également la solidité d’un pacte politique conclu dans l’urgence, et la capacité des institutions haïtiennes à tenir un calendrier déjà repoussé à plusieurs reprises.
Le CEP lui-même reconnaît que l’échéance du 13 décembre reste suspendue à deux inconnues majeures : la sécurité et le financement. Néanmoins, pour un pays privé de représentation élue depuis une décennie, cette annonce marque une étape que beaucoup d’observateurs attendaient depuis longtemps.




