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Haïti : le cri d’alarme de Guterres ou la mise en accusation de l’indifférence du monde

C’est l’une des charges les plus frontales jamais prononcées par un haut responsable international à propos de la réponse globale à la crise haïtienne. Le 16 juin 2026, le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, s’est rendu à Port-au-Prince en signe de solidarité avec un peuple confronté à ce qu’il a lui-même qualifié de pire crise humanitaire de l’hémisphère occidental.
Haiti is more than its trials. It’s a nation of creative youth & engaged diaspora, with a culture that shines far beyond its borders.
— António Guterres (@antonioguterres) June 18, 2026
I'm convinced with adequate international support the people of Haiti will be able to free themselves from gang violence, reclaim their security… pic.twitter.com/jycu4aA7bh
Des chiffres qui disent l’ampleur du désastre
Les statistiques publiées par les Nations Unies à l’occasion de la visite donnent la mesure de l’effondrement. Depuis le début de l’année 2026, 2 300 personnes ont été tuées à travers le pays et une centaine d’autres enlevées. Surtout, 1,5 million de personnes ont été déplacées, dans un pays de près de 12 millions d’habitants. Autrement dit, plus d’une personne sur 10 se retrouve aujourd’hui sans domicile en raison de la violence des gangs.
Ces groupes armés contrôlent désormais de larges portions de la capitale, Port-au-Prince, et ont étendu leur emprise sur le territoire. Le tableau dressé par Guterres est sans ambiguïté : la situation sécuritaire s’est gravement détériorée.
During my visit to Haiti I witnessed a humanitarian crisis of extraordinary proportions driven by insecurity.
— António Guterres (@antonioguterres) June 17, 2026
Amid severely constrained access & security challenges, @WFP_UNHAS is serving as a daily lifeline for humanitarian operations around the world. pic.twitter.com/CgX13GVDrr
Une critique frontale de l’inaction internationale
Le ton de la visite a surpris par sa sévérité. Lors d’une conférence de presse tenue à Pétion-Ville avant son départ, Guterres a condamné ce qu’il a décrit comme l’indifférence persistante de la communauté internationale et a exhorté les Haïtiens à ne pas laisser passer l’occasion de sortir d’une crise multidimensionnelle. Le message adressé à la population : les Haïtiens ne sont pas seuls, et le monde ne peut continuer à détourner le regard de leurs souffrances.
Cette prise de parole vient confirmer ce que les dirigeants haïtiens, les organisations de la société civile et les agences humanitaires dénoncent depuis des années : les promesses internationales se sont rarement traduites en actions concrètes. Les plans de réponse humanitaire ont régulièrement manqué leurs objectifs de financement, et l’aide à la sécurité est arrivée lentement, ou pas du tout.
Une force anti-gangs encore sous-dotée
Le premier déplacement de Guterres sur le sol haïtien a été pour le quartier général de la nouvelle force de répression des gangs, approuvée par le Conseil de sécurité de l’ONU en septembre 2025. Ce dispositif remplace la mission précédente, menée par la police kényane pour épauler la Police nationale d’Haïti, qui était restée sous-financée et en sous-effectif.
À ce stade, la Jamaïque, le Tchad, le Salvador et le Guatemala ont déployé des troupes dont le nombre reste inférieur à mille hommes pour constituer cette force en montée en puissance. Elle doit travailler aux côtés de la Police nationale et des Forces armées d’Haïti, en pleine reconstitution.
Cependant, le Secrétaire général a martelé que cette mission multinationale de soutien à la sécurité demeure sous-financée et sous-équipée, ce qui limite sa capacité à affronter efficacement des groupes criminels solidement implantés. Il a donc appelé les États membres à fournir une assistance financière et logistique supplémentaire.
Une crise politique en toile de fond
La dimension sécuritaire ne peut être dissociée de l’impasse politique. Guterres s’est entretenu à huis clos avec le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, soumis à une forte pression pour organiser des élections. Le pays n’a plus de président depuis l’assassinat de Jovenel Moïse à sa résidence privée en juillet 2021, et n’a pas connu de scrutin depuis près d’une décennie.
Devant les journalistes, le chef de l’ONU a malgré tout voulu ouvrir une perspective. À propos du déploiement de la nouvelle force, il a estimé qu’il offrait une réelle opportunité de juguler la violence et de restaurer l’autorité de l’État.
Pour la Grande Caraïbe, une équation régionale
Au-delà d’Haïti, cette crise engage toute la région. La présence de contingents jamaïcain, mais aussi la mobilisation antérieure de la CARICOM, rappellent que la stabilité haïtienne est un enjeu caribéen autant qu’international.
Photo de couverture : UN Geneva
