La fibre progresse, le mobile recule : le grand écart des télécoms ultramarins en 2025

L’Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse (Arcep) a publié le 23 juillet 2026 son Observatoire des marchés des communications électroniques dans les départements et collectivités d’outre-mer pour l’année 2025. Ce document collecte trimestriellement et annuellement les données transmises par les opérateurs. Elle dresse un état des lieux précis des revenus, des abonnements et des usages sur les réseaux fixes et mobiles en Martinique, en Guadeloupe, en Guyane, à La Réunion et à Mayotte.

Ce rapport raconte une histoire contrastée : celle d’un marché qui retrouve un peu de souffle après deux années difficiles, d’une fibre optique qui progresse à des vitesses très inégales selon les territoires, et d’un territoire, Mayotte, encore marqué par le passage du cyclone Chido en décembre 2024.

Un marché qui se stabilise après deux ans de recul

Le revenu total des opérateurs dans les départements et collectivités d’outre-mer s’élève à 1,088 milliard d’euros hors taxes en 2025. Environ 60 % de cette somme est réalisée dans la zone Antilles-Guyane. Après sept années de croissance modérée, inférieure à 1 % par an, ce revenu avait légèrement reculé en 2023 et 2024, de 0,6 % par an en moyenne. En 2025, il se stabilise, avec une timide progression de 0,2 %.

Ce chiffre global masque cependant deux dynamiques opposées. D’un côté, le revenu des services mobiles continue de reculer, à 604 millions d’euros, soit une baisse de 1 % en un an. Cette érosion dure depuis douze ans, presque sans interruption. De l’autre, le revenu des services fixes progresse sans discontinuer depuis 2015, avec une hausse de 2 % en 2025, portée quasi exclusivement par la vente d’abonnements internet à haut et très haut débit, qui pèse désormais 96 % du revenu fixe total.

La fibre optique s’impose, mais à des rythmes très différents

Au 31 décembre 2025, les départements et collectivités d’outre-mer comptent 835 000 abonnements internet à haut et très haut débit. Parmi eux, 615 000 sont en fibre optique de bout en bout, soit 74 % de l’ensemble des abonnements internet, sept points de plus qu’un an auparavant. La fibre représente désormais 85 % des abonnements à très haut débit.

La Réunion se distingue nettement, avec un taux d’adoption de la fibre de 92 %, le plus élevé de tous les territoires ultramarins. Dans la zone Antilles-Guyane, la progression est plus tardive mais rapide : la part de la fibre atteint 71 % en Guadeloupe (+ 11 points en un an) et en Guyane (+ 10 points), et 54 % en Martinique (+ 10 points). Toutefois, le taux de locaux effectivement raccordés reste inférieur à celui de La Réunion : 43 % dans la zone Antilles-Guyane contre 65 % à La Réunion, un niveau comparable à la moyenne nationale de 64 %.

Mayotte, un territoire encore sous le choc du cyclone Chido

Le cas de Mayotte illustre à quel point une catastrophe naturelle peut redessiner un marché des télécommunications en quelques mois. Le cyclone Chido, qui a frappé l’île en décembre 2024, a endommagé une partie importante du réseau cuivre aérien. Conséquence directe : le nombre d’abonnements à très haut débit a doublé en un an, atteignant 18 000 fin 2025, soit 56 % du total des abonnements internet actifs sur le territoire, contre 28 % un an plus tôt. Les clients privés de leur accès cuivre se sont massivement tournés vers des offres alternatives, notamment les box 4G ou 5G à usage fixe, et les offres satellitaires. Les déploiements de la fibre optique n’ont, eux, débuté qu’en décembre 2025 sur l’île, et ne représentent encore que moins de 2 % des abonnements à très haut débit.

L’impact se lit aussi sur la téléphonie fixe traditionnelle : le nombre d’abonnements recule de 6 000 en un an à Mayotte, où le taux d’équipement demeure faible, avec seulement 21 000 abonnements pour 329 000 habitants, soit six abonnements pour cent habitants. Sur le mobile en revanche, la consommation de données explose : + 43 % en un an, portant la consommation mensuelle moyenne à 18,9 gigaoctets par carte SIM, la plus élevée de tous les départements d’outre-mer.

Le mobile entre 5G naissante et appels en repli

Le nombre de cartes SIM en service dans les départements et collectivités d’outre-mer atteint 2,6 millions fin 2025, en hausse de 1,4 % après deux années de recul. Cette reprise s’explique par une décélération de la baisse des cartes prépayées, tandis que le marché des forfaits continue sa progression régulière.

La 5G, lancée progressivement depuis l’été 2022 à La Réunion, puis en Guyane, en Martinique, en Guadeloupe et à Mayotte au premier semestre 2025, reste un marché naissant : 292 000 cartes actives fin 2025, soit un taux d’utilisation de 11 %, quand la métropole affiche déjà 40 %. La 4G, elle, est bien installée avec 80 % des cartes actives, un chiffre néanmoins toujours inférieur à la moyenne nationale de 91 %.

Les usages évoluent aussi dans leurs habitudes. La consommation de données mobiles poursuit une croissance soutenue, avec 480 000 téraoctets consommés en 2025, en hausse de 15 % en un an. Dans le même temps, les usages plus traditionnels reculent : le nombre de SMS émis chute de 7 % en un an, pour s’établir à 1,5 milliard, et le trafic vocal, fixe et mobile confondus, s’établit à 7,4 milliards de minutes, en repli constant depuis 2019 à l’exception du rebond lié à la crise sanitaire.

Ce que ces chiffres racontent du territoire

Le portrait dressé par l’Arcep est celui d’un outre-mer numérique à deux vitesses.

  • La Réunion, avec son taux de fibre proche de 100 % et son ancienneté sur la 5G, se rapproche des standards métropolitains.
  • La zone Antilles-Guyane rattrape son retard sur la fibre à un rythme soutenu, mais reste en retrait sur le taux de raccordement effectif.
  • Mayotte, enfin, cumule un réseau fixe fragilisé par une catastrophe climatique et une bascule accélérée vers le mobile, préfigurant peut-être, pour ce territoire, un modèle de connectivité différent de celui du reste de l’outre-mer.

Néanmoins, un point commun demeure : dans tous les territoires ultramarins, la facture mensuelle moyenne d’un abonnement internet fixe reste supérieure à la moyenne nationale, 46,8 euros hors taxes contre 36,9 euros en métropole, tout comme celle des forfaits mobiles, plus chers de 37 % qu’en France hexagonale.

Mylène Colmar
Mylène Colmar

Journaliste, consultante éditoriale et éditrice, je décrypte la Grande Caraïbe depuis 2015. Mon objectif : rendre cette région plus lisible, plus compréhensible et plus visible auprès du grand public.