CIMSUPRO : la place de marché en ligne qui veut faire acheter caribéen avant d’importer

Acheter d’abord dans la Caraïbe avant de se tourner vers le reste du monde : c’est le principe fondateur du marché unique de la CARICOM, et c’est la promesse de CIMSUPRO, la place de marché en ligne de la Communauté caribéenne.

Lancée en septembre 2022 à l’initiative du Suriname, cette plateforme numérique met en relation directe les entreprises de la région, des matières premières aux produits finis, et simplifie la procédure de suspension du tarif extérieur commun lorsque le produit recherché n’existe pas dans le marché unique. Un outil discret, toutefois stratégique, pour le commerce intrarégional dans la Grande Caraïbe.

Un principe simple : chercher d’abord dans le marché unique

Le marché et l’économie uniques de la CARICOM (CSME) reposent sur une règle claire : les fabricants de la région doivent d’abord rechercher et acheter leurs intrants au sein du CSME. Pour protéger la production régionale, les États membres appliquent un tarif extérieur commun (TEC), un ensemble uniforme de droits de douane sur les marchandises provenant de pays tiers, prévu par les articles 82 et 83 du Traité révisé de Chaguaramas.

Le système prévoit une soupape : lorsqu’un produit n’est pas disponible dans la région, ou en quantité insuffisante, une suspension du TEC peut être accordée pour permettre son importation à droits réduits.

Dans la pratique, cette procédure administrative s’est révélée lourde, chronophage et mal adaptée aux contraintes de délais des entreprises. Les fonctionnaires régionaux faisaient face à un volume élevé de demandes, avec une information limitée sur l’offre réelle de biens disponibles dans la CARICOM.

Ce que change la plateforme

C’est précisément ce problème que CIMSUPRO, pour CARICOM Interactive Marketplace and Suspension Procedure, entend résoudre. La plateforme, accessible sur cimsupro.com, enregistre les fournisseurs et les acheteurs de biens originaires de la CARICOM. Les entreprises y publient leurs matières premières, leurs emballages et leurs produits finis, et sont responsables de la mise à jour de leur portefeuille en ligne. Les acheteurs peuvent rechercher un produit régional par description ou par code tarifaire.

Deux scénarios sont alors possibles. Si un fournisseur régional existe, l’acheteur est mis en relation immédiatement avec lui, sans passer par la procédure de suspension. Si aucune correspondance n’est trouvée, ou si le produit ne répond pas aux exigences techniques, la procédure de suspension s’enclenche sur la base de la trace déjà créée par le système, sans qu’il soit nécessaire de déposer une nouvelle demande. Le Secrétariat de la CARICOM est ainsi déchargé de la tâche fastidieuse d’apparier acheteurs et vendeurs, tout en conservant une piste d’audit complète.

Une initiative surinamaise portée au plus haut niveau

L’outil est né d’une proposition du gouvernement du Suriname, approuvée par les ministres du Commerce de la CARICOM. Il a été lancé officiellement le 26 septembre 2022 par le président surinamais Chandrikapersad Santokhi, alors président en exercice de la CARICOM, aux côtés de la secrétaire générale Carla Barnett et de la ministre surinamaise de l’Économie Rishma Kuldipsingh.

« Les longues périodes d’attente pour une suspension accordée par le Secrétariat de la CARICOM, et l’incertitude de ne pas savoir à quel stade se trouve votre demande, appartiennent au passé », avait alors déclaré le président Santokhi, appelant tous les États membres à alimenter la plateforme. Il inscrivait l’outil dans une ambition plus large : le développement d’une politique industrielle de la CARICOM, dans une région confrontée à la nécessité de transformer sa base économique après la pandémie de Covid-19.

Le projet a également bénéficié du soutien de la Banque de développement des Caraïbes (CDB), qui avait approuvé dès juin 2019 une subvention de 43 665 dollars américains pour achever le portail et financer la formation des fonctionnaires du commerce et des opérateurs. « CIMSUPRO est conçu pour pousser le processus du CSME un cran plus loin, en permettant à nos producteurs et à nos détaillants de se trouver plus facilement », expliquait alors Daniel Best, directeur des projets de la CDB.

Un potentiel qui dépend de son appropriation

La plateforme prévoyait initialement de servir les acheteurs du CSME, avant une ouverture au reste du monde dans l’année suivant son lancement. Sa réussite repose néanmoins sur une condition que le président Santokhi avait lui-même identifiée : que les entreprises de la région s’en emparent et y maintiennent des informations à jour. Un marché en ligne ne vaut que par ce qu’on y trouve.

Pour la Grande Caraïbe, l’enjeu dépasse l’outil lui-même. Le commerce intrarégional reste le maillon faible de l’intégration caribéenne, et chaque dispositif qui abaisse le coût de la rencontre entre un producteur de Trinidad-and-Tobago, un transformateur du Suriname et un acheteur de la Jamaïque rapproche le CSME de sa promesse initiale : faire de la région un réel espace économique unique.

Mylène Colmar
Mylène Colmar

Journaliste, consultante éditoriale et éditrice, je décrypte la Grande Caraïbe depuis 2015. Mon objectif : rendre cette région plus lisible, plus compréhensible et plus visible auprès du grand public.