L’AFD et les Outre-mer en 2025 : reconstruction, transition, coopération régionale

L’Agence française de développement (AFD) vient de publier son bilan d’activité 2025 pour les Outre-mer, un document intitulé « Un niveau d’activité soutenu en Outre-mer en 2025 » et daté de juillet 2026.

Ce rapport, signé par Matthieu Discour, directeur du département Trois océans de l’AFD, dresse le portrait d’une institution financière au chevet des territoires ultramarins, entre urgence post-crise, transition énergétique et coopération régionale.

Pour la Grande Caraïbe, où l’AFD finance aussi bien la Guyane que la Martinique, la Guadeloupe ou des projets transfrontaliers avec Sainte-Lucie, la Dominique et Cuba, ce bilan mérite qu’on s’y attarde.

Un chiffre record, à lire avec prudence

Le montant total annoncé par l’AFD impressionne : 1,7 milliard d’euros financés sur 163 projets ultramarins en 2025.

Ce résultat est toutefois exceptionnel et s’explique en grande partie par un événement ponctuel, le prêt garanti par l’État (PGE) de 800 millions d’euros accordé à la Nouvelle-Calédonie pour préserver les finances publiques du territoire et assurer la continuité des services publics, dans le contexte de reconstruction que connaît l’archipel.

Une fois ce PGE retiré du calcul, l’activité réelle de l’AFD dans les Outre-mer s’établit à 882 millions d’euros. Ce chiffre marque en réalité une légère baisse par rapport aux 992 millions d’euros engagés en 2024. L’AFD explique ce repli par l’accroissement de l’offre bancaire disponible sur les territoires et par la contraction des ressources budgétaires qui lui sont déléguées.

Les financements accordés ont néanmoins continué de cibler des projets à fort impact environnemental et social, portés aussi bien par les collectivités locales que par les entreprises privées ultramarines.

Où va l’argent : secteur public, entreprises et garanties

Le rapport détaille la répartition des 882 millions d’euros hors PGE. Le secteur public en capte l’essentiel avec 556 millions d’euros, orientés en priorité vers les investissements des collectivités locales et les infrastructures essentielles que sont la santé, l’eau et l’assainissement. Cette activité a cependant reculé en 2025, freinée par les incertitudes budgétaires et politiques qui ont retardé certains investissements, ainsi que par la baisse des ressources en bonification, laquelle a réduit les volumes de prêts bonifiés accordés.

Le secteur privé, de son côté, a bénéficié de 169 millions d’euros, dont 107 millions d’euros de prêts à conditions de marché accordés directement aux entreprises et 62 millions d’euros de refinancement du secteur bancaire local. Les prêts directs aux entreprises affichent une progression notable de 14 % sur un an.

À cela s’ajoutent 156 millions d’euros de garanties dédiées au secteur privé, via les dispositifs Société de Gestion de Fonds de Garantie d’Outre-Mer (SOGEFOM) et Fonds de garantie en faveur de l’agriculture et de la pêche. L’activité de garanties a d’ailleurs atteint un niveau record en 2025, avec 154 millions d’euros accordés à la SOGEFOM, contre 84 millions d’euros en 2024, dans le cadre du dispositif « Reconstruction » destiné à la Nouvelle-Calédonie.

Au total, plus de 2 100 garanties ont été octroyées durant l’année, pour un montant moyen de 80 000 euros chacune. Ces garanties ont bénéficié en priorité aux très petites entreprises, qui représentent 87 % des opérations, et ont contribué au maintien de plus de 8 700 emplois.

La Caraïbe au cœur de plusieurs projets phares

Le bilan de l’AFD met en avant plusieurs opérations concrètes menées dans la zone caribéenne et guyanaise.

  • En Guyane, l’agence a financé le projet Triton-Petit-Saut, qui prévoit la construction d’une centrale biomasse destinée à couvrir 8 % de la production électrique totale du territoire.
  • En Guadeloupe, l’AFD a soutenu le financement d’une centrale géothermique, ainsi que des projets photovoltaïques déployés aux Antilles et en Guyane, dans le cadre plus large de sa stratégie de transition énergétique.

Le secteur bancaire ultramarin a également été renforcé, avec 62 millions d’euros consacrés notamment à une ligne de crédit climat accordée à la Socredo en Polynésie française, ainsi qu’au financement de projets d’hôtellerie durable en Martinique et à Mayotte.

À Mayotte, la ville de Koungou a par ailleurs reçu un financement de 15 millions d’euros pour un projet de rénovation et de construction de logements et de bâtiments scolaires, une réponse post-crise destinée à améliorer la qualité de vie des habitants et l’accès à l’éducation des enfants.

Coopération régionale : Caribsan et le lancement de Coréom

L’insertion régionale des territoires ultramarins demeure, selon l’AFD, un axe majeur de sa stratégie. En 2025, 14 projets régionaux ont associé des territoires ultramarins à leurs pays voisins. Le projet Caribsan est entré dans sa deuxième phase, dotée de 3 millions d’euros, afin de développer le traitement des eaux usées par filtres plantés à Sainte-Lucie, en Dominique et à Cuba, en s’appuyant sur l’expertise de l’Office de l’eau de la Martinique.

L’année 2025 a également vu le lancement de la phase pilote du programme « Coopérations régionales en Outre-mer » (Coréom). Doté d’un million d’euros, ce programme finance 16 projets répartis entre cinq territoires ultramarins, la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane, La Réunion et Mayotte, en lien avec leurs partenaires régionaux respectifs. Le rapport précise que cette phase pilote a été jugée concluante et que la phase 2 du programme sera lancée avant la fin de l’année 2026.

Toujours dans cette logique de coopération, l’AFD a renforcé son appui en ingénierie et en assistance technique via Expertise France, notamment pour accompagner la réforme en cours en Nouvelle-Calédonie. À la fin de l’année 2025, 14 assistants techniques étaient déployés sur les différents territoires.

Le Fonds Outre-mer, un outil sous tension

Le Fonds Outre-mer (FOM), fonds d’ingénierie géré par l’AFD pour le compte du ministère des Outre-mer, a soutenu 37 des 163 projets octroyés en 2025. Sa dotation a toutefois nettement diminué, passant de 17,2 millions d’euros en 2024 à 9,4 millions d’euros en 2025.

Malgré cette contraction budgétaire, le FOM a permis de lancer une facilité dédiée à la coopération régionale, de reconduire son soutien au Plan eau DOM à hauteur de 600 000 euros et au Partenariat pour l’efficacité énergétique des bâtiments à hauteur de 800 000 euros. Il a aussi permis la mise en place de l’Initiative adaptation au changement climatique, destinée à appuyer les collectivités dans la prise en compte de l’adaptation climatique au sein de leurs projets.

Le rapport souligne enfin qu’en 2025, 39 % des projets financés par l’AFD dans les Outre-mer présentaient un co-bénéfice climat, une proportion en progression continue depuis 2021.

Ce qu’il faut retenir

Derrière le chiffre spectaculaire du 1,7 milliard d’euros se cache donc une réalité plus contrastée : un soutien exceptionnel à la Nouvelle-Calédonie qui gonfle mécaniquement le total, et une activité de fond en légère érosion, sur fond de concurrence bancaire accrue et de ressources publiques resserrées.

Pour la Grande Caraïbe, ce bilan confirme néanmoins la poursuite d’engagements concrets, de la biomasse guyanaise à la géothermie guadeloupéenne, en passant par les filtres plantés partagés avec Sainte-Lucie, la Dominique et Cuba.

L’AFD annonce vouloir poursuivre en 2026 son rôle de banque de développement durable des Outre-mer, avec notamment le lancement de la phase 2 du programme Coréom.

Mylène Colmar
Mylène Colmar

Journaliste, consultante éditoriale et éditrice, je décrypte la Grande Caraïbe depuis 2015. Mon objectif : rendre cette région plus lisible, plus compréhensible et plus visible auprès du grand public.