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Leasing social : la voiture électrique à 200€/mois enfin en Guadeloupe, en Martinique et en Guyane

Longtemps tenus à l’écart d’un dispositif censé s’appliquer sur tout le territoire national, les ménages modestes de Guadeloupe, de Martinique et de Guyane pourront enfin commander une voiture électrique en leasing social à partir du 16 juillet 2026.
Revenu fiscal plafonné, loyer sous les 200€, conditions de kilométrage : voici ce que change concrètement cette 3e édition du dispositif pour les Antilles-Guyane, et pourquoi il aura fallu deux ans et demi de bataille politique pour y parvenir.
Un dispositif qui, sur le papier, concernait déjà les Outre-mer
Le leasing social permet à un foyer modeste de louer une voiture électrique neuve pendant au moins trois ans, avec un loyer mensuel plafonné à 200 euros et un kilométrage inclus d’au moins 15 000 km par an.
L’aide de l’État, déduite directement du loyer, s’élève à 29 % du coût d’acquisition du véhicule, dans la limite de 6 500 euros. Ce plafond peut grimper jusqu’à 9 000 euros si le véhicule et sa batterie sont fabriqués dans l’Espace économique européen, et jusqu’à 9 500 euros si le moteur électrique l’est également.
Lancé en janvier 2024, le dispositif était en théorie ouvert à la France entière, DROM compris. Dans les faits, la Guadeloupe, la Martinique et la Guyane en ont été exclues dès la première édition. En 2025, seule La Réunion a pu réellement en bénéficier. Sur le portail national, la mention « indisponible » s’affichait systématiquement pour les 3 territoires antillo-guyanais.
Deux ans et demi d’interpellations politiques
Le député de la première circonscription de Martinique, Jiovanny William, a fait de ce dossier un combat personnel. « J’ai saisi le Premier ministre en 2024. Relancé le ministère des Transports en 2025. Puis en 2026 », a-t-il rappelé le 7 juillet dernier, jour où il a annoncé sur les réseaux sociaux que le leasing social devenait enfin accessible aux Antilles et à la Guyane. Sur TikTok, il avait résumé l’enjeu en des termes simples : en Martinique, une voiture est souvent la condition pour avoir un emploi, pas un luxe.
D’autres élus ultramarins avaient également porté le dossier. Le 21 octobre 2025, le député guadeloupéen Olivier Serva avait interpellé le gouvernement à l’Assemblée nationale pour réclamer l’ouverture de 10 000 véhicules aux Antillais et aux Guyanais. Le ministre de l’Économie de l’époque, Roland Lescure, avait alors reconnu que le dispositif « n’a tout simplement pas été pensé pour la Guadeloupe, la Martinique ou la Guyane », avant de missionner les préfets de Guadeloupe et de Martinique pour auditer transporteurs, concessionnaires et banquiers.
Le député de la 4ème circonscription de Guadeloupe, Elie Califer, avait quant à lui demandé des mesures d’adaptation fiscale et financière propres aux territoires caribéens et à la Guyane, rappelant que ce dossier dépasse la seule question de la mobilité pour toucher directement au pouvoir d’achat.
Pourquoi le dispositif ne fonctionnait pas dans les Antilles-Guyane
Plusieurs obstacles structurels expliquent ce retard.
- Dans les trois territoires, les véhicules neufs coûtent en moyenne 10 % plus cher qu’en métropole, en raison du transport maritime et de l’octroi de mer.
- Les taux d’intérêt bancaires y sont également plus élevés, ce qui alourdit les mensualités.
- La valeur de revente des véhicules est par ailleurs plus faible, le soleil, le sel marin et l’état des routes accélérant leur usure.
- Enfin, contrairement à La Réunion, l’octroi de mer n’était pas exonéré pour les véhicules électriques aux Antilles et en Guyane, ce qui empêchait les concessionnaires locaux de proposer des loyers compatibles avec le plafond national de 200 euros.
La Réunion, elle, bénéficie d’une fiscalité spécifique sans octroi de mer sur ces véhicules, ce qui a permis aux loueurs réunionnais de s’aligner sur les conditions métropolitaines dès 2025.
Ce contraste illustre un dispositif pensé sans prendre en compte les réalités économiques propres à chaque territoire ultramarin, alors même que les taux de pauvreté y sont nettement supérieurs à la moyenne nationale.
Ce qui change à partir du 16 juillet
Pour cette troisième édition, doté d’une enveloppe nationale de 390 millions d’euros, 50 000 véhicules seront proposés à l’échelle du pays, DROM inclus. Les loueurs peuvent d’ores et déjà constituer les dossiers des candidats.
Pour être éligible, il faut avoir un revenu fiscal de référence par part inférieur ou égal à 16 880 euros, contre 15 400 euros lors de l’édition 2024. Il faut également remplir l’une des deux conditions suivantes : un trajet domicile-travail strictement supérieur à 10 km effectué avec son véhicule personnel, ou plus de 8 000 km parcourus par an à titre professionnel.
Les ménages ayant déjà bénéficié du leasing social en 2024 ou en 2025 ne peuvent pas prétendre à cette nouvelle édition. Seuls les véhicules neufs sont concernés, les voitures d’occasion ou converties à l’électrique étant exclues du dispositif.
Une différence notable subsiste pour les Outre-mer : la règle imposant aux loueurs de proposer au moins un modèle sous les 140 euros par mois, en vigueur dans l’Hexagone, ne s’applique pas dans ces territoires, en raison des contraintes logistiques spécifiques.
Une victoire à confirmer sur le terrain
Si l’annonce est saluée, plusieurs voix appellent à la prudence quant à son application concrète. Jiovanny William lui-même a insisté sur la nécessité d’une vigilance collective, afin que les concessionnaires locaux jouent effectivement le jeu et proposent des offres réellement conformes aux plafonds annoncés.
L’histoire du leasing social dans les Antilles et en Guyane aura montré qu’entre un texte applicable en théorie à tout le territoire national et sa mise en œuvre réelle sur le terrain, l’écart peut se compter en années.



