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Mortalité maternelle, mortinatalité, mortalité périnatale en Guadeloupe : l’archipel affiche les taux les plus élevés de France

Santé publique France a publié le 8 juillet 2026 la première édition régionale de son bulletin de surveillance de la santé périnatale consacrée à la Guadeloupe, à Saint-Martin et à Saint-Barthélemy.
Ce document de 43 pages, rédigé par Mathieu Rivière et validé par Jacques Rosine, agrège pour la première fois à l’échelle régionale et départementale des indicateurs issus du Système national des données de santé, de l’état civil, de l’Enquête nationale périnatale de 2021, de l’Enquête nationale confidentielle sur les morts maternelles et du Centre national de coordination du dépistage néonatal. Les séries couvrent, quand les sources le permettent, la période 2012-2024, et l’ensemble des données est déposé en accès libre sur la plateforme ODISSE de l’agence.
3 indicateurs de mortalité au sommet du classement national
Le taux de mortalité maternelle, calculé sur la période 2013-2018 pour les décès survenus pendant la grossesse et dans l’année suivant l’accouchement, atteint 39,6 décès pour 100 000 naissances vivantes en Guadeloupe, Saint-Martin et Saint-Barthélemy, contre 11,1 au niveau national.
Il s’agit du taux régional le plus élevé du pays. L’intervalle de confiance, large (de 19,7 à 70,8), rappelle la rareté de l’événement et impose la prudence sur la valeur exacte, sans effacer l’écart. Le bulletin rappelle que le suicide est devenu, dans l’édition 2016-2018 de l’enquête nationale, la première cause de mortalité maternelle jusqu’à un an après la fin de la grossesse.
La mortinatalité suit la même logique. 64 enfants sont nés sans vie en 2024, soit 17,7 pour 1 000 naissances contre 9,2 en France entière, là encore le taux le plus élevé du territoire national. La composante spontanée explique l’essentiel de l’écart, à 15,5 pour 1 000 contre 5,6 au niveau national, alors que la mortinatalité induite reste, elle, inférieure à la moyenne française.
La mortalité périnatale, qui additionne les enfants mort-nés et les décès survenus dans les six premiers jours de vie, s’établit à 20,5 pour 1 000 naissances contre 11,2 en France, un troisième record national. Sur l’ensemble de la période 2014-2024, elle est restée constamment très supérieure aux valeurs nationales, avec un maximum de 27,7 en 2015.
La mortalité infantile complète le tableau : 165 décès d’enfants de moins d’un an entre 2020 et 2024, soit 7,89 pour 1 000 naissances vivantes contre 3,83 au niveau national. Ses 3composantes sont toutes significativement supérieures à la moyenne française, la mortalité néonatale précoce (4,11 contre 1,91) portant la part la plus lourde.
Une natalité en chute et des nouveau-nés plus fragiles
L’état civil a enregistré 3 608 naissances en 2024 sur les trois territoires, soit un taux de natalité de 9,4 pour 1 000 habitants, proche du niveau national (9,6). La trajectoire est en revanche rapide : ce taux était de 13,0 pour 1 000 en 2012, ce qui représente environ 1 600 naissances annuelles en moins en douze ans.
Les nouveau-nés guadeloupéens présentent des marqueurs de fragilité nettement plus fréquents. La prématurité concerne 9,9 % des naissances vivantes en 2024, contre 6,7 % en France, et les 3 degrés de prématurité sont significativement supérieurs aux taux nationaux, y compris la très grande prématurité avant 28 semaines (0,71 % contre 0,43 %).
Les naissances de moins de 2 500 grammes représentent 12,0 % du total contre 7,4 % au niveau national, et les petits poids pour l’âge gestationnel 14,7 % contre 9,6 %. Une note plus favorable apparaît toutefois : la prématurité était de 11,0 % en 2012, la tendance est donc à la baisse.
Le dépistage néonatal signale par ailleurs une prévalence de drépanocytose de 29,73 pour 10 000 enfants dépistés sur 2020-2024, contre 17,44 en France entière.
La précarité comme toile de fond
Le bulletin documente précisément le contexte social des femmes qui accouchent dans l’archipel. En 2024, 38,2 % d’entre elles bénéficiaient de la Complémentaire santé solidaire gratuite ou de l’Aide médicale de l’État, contre 17,4 % au niveau national, une proportion stable depuis 2014.
Seules 35,1 % déclaraient un sentiment d’aisance financière en 2021, contre 57,7 % en France, l’un des taux les plus faibles du pays. Elles étaient 50,4 % à occuper un emploi pendant leur grossesse (68,1 % au niveau national) et 53,5 % à vivre en couple dans le même logement (90,6 %).
Les facteurs de risque médicaux suivent la même pente. La moitié des femmes (50,7 % en 2021) étaient en situation de surpoids ou d’obésité avant leur grossesse, contre 37,9 % en France entière. Les désordres hypertensifs de la grossesse concernent 9,2 % des accouchements en 2024, contre 5,5 % au niveau national, avec une pré-éclampsie 2 fois plus fréquente (5,0 % contre 2,5 %). Le diabète gestationnel a presque doublé en 12 ans, passant de 5,8 % à 12,1 %, tout en restant inférieur au taux national de 15,0 %.
Prévention : des angles morts documentés
Certains indicateurs de prévention primaire se situent parmi les plus bas de France. La prise d’acide folique avant la grossesse, recommandée au moins 4 semaines avant la conception pour prévenir les anomalies de fermeture du tube neural, concernait 8,2 % des femmes en 2021, contre 27,2 % au niveau national. Les conseils de prévention contre le cytomégalovirus, première cause infectieuse de handicap non génétique chez l’enfant, avaient été reçus par 3,4 % des femmes, contre 15,7 % en France.
La vaccination antigrippale illustre un double décrochage : elle avait été proposée à 16 % des femmes enceintes seulement, et 3,0 % avaient effectivement été vaccinées, contre 29 % au niveau national. La vaccination contre la coqueluche s’en sort mieux, à 48,9 %, sans atteindre la moyenne française de 66,7 %.
Le couchage des nourrissons constitue l’autre alerte du bulletin. Deux mois après la naissance, 54,3 % des mères déclaraient coucher systématiquement leur enfant sur le dos, contre 79,2 % au niveau national, et 28,4 % couchaient principalement leur bébé dans le lit des parents, contre 13 % en France, une pratique associée au risque de mort inattendue du nourrisson.
Ce qui distingue positivement l’archipel
Le bulletin identifie plusieurs points forts. L’allaitement place la Guadeloupe parmi les régions les mieux placées de France : 92,7 % des femmes ont tenté d’allaiter, 88,7 % allaitaient en suites de couches et 71,2 % allaitaient encore à deux mois, contre 54,6 % au niveau national.
La consommation de tabac pendant la grossesse est nettement inférieure à la moyenne nationale à tous les temps de mesure : 18,9 % de fumeuses un an avant la grossesse contre 26,8 %, 3,9 % au troisième trimestre contre 11,8 %, et 8,3 % deux mois après l’accouchement contre 15,1 %.
Les pratiques obstétricales se signalent également.
- Le taux d’épisiotomie sur accouchement par voie basse non instrumentale est tombé à 0,8 % en 2024, contre 2,8 % au niveau national, après avoir été de 5,3 % en 2012.
- Le taux de déchirures sévères, à 0,51 %, reste inférieur à la moyenne nationale de 1,36 %.
- Le taux de césariennes, à 21,1 %, se situe légèrement en dessous du niveau national (22,0 %).
- Le suivi médical des nourrissons durant les deux premiers mois est par ailleurs assuré par un pédiatre dans 71,3 % des cas, contre 43,2 % en France.
Une santé mentale périnatale mal prise en charge
Les indicateurs psychiques figurent parmi les plus dégradés du bulletin. En 2021, 28,6 % des femmes en Guadeloupe déclaraient une grossesse non souhaitée ou non planifiée, contre 17,1 % au niveau national, une proportion atteignant 40,3 % à Saint-Martin, le niveau le plus élevé du territoire national.
Une femme sur 6 (16,8 %) rapportait un mauvais vécu psychologique de sa grossesse, et 39,4 % un sentiment de tristesse ou une anhédonie pendant au moins deux semaines au cours de la grossesse.
Deux mois après l’accouchement, 30,9 % des femmes présentaient des symptômes de dépression selon l’échelle d’Édimbourg, contre 16,8 % à l’échelle nationale, et 28,7 % de l’anxiété. Le recours à un professionnel pour difficultés psychologiques pendant la grossesse restait pourtant plus faible qu’en France (7,3 % contre 8,8 %), et l’entretien postnatal précoce, rendu obligatoire en juillet 2022, ne bénéficiait qu’à 19,8 % des femmes en 2024 contre 24,9 % au niveau national. Les auteurs précisent que ces femmes ont accouché pendant la pandémie de Covid-19, ce qui a pu peser sur leur santé mentale.
Une géographie de l’accouchement singulière
3 maternités fonctionnent en Guadeloupe, auxquelles s’ajoute le centre hospitalier de Saint-Martin. La répartition des accouchements est atypique : 76,0 % ont lieu en maternité de type 3, le niveau de soins le plus élevé, contre 31,2 % au niveau national, et 23,9 % en maternité de type 1, les types intermédiaires étant quasi absents du territoire. Cette part du type 3 a gagné 18,6 points depuis 2013.
Dans le même temps, 40,4 % des accouchements se déroulent dans un établissement réalisant moins de 1 000 accouchements par an, contre 19,2 % en France, et 12,9 % des femmes déclaraient en 2021 mettre au moins 45 minutes pour rejoindre leur maternité, le taux le plus élevé des départements d’outre-mer, contre 7,7 % au niveau national.



