République dominicaine : face à une contestation historique, le projet minier Romero suspendu

En République dominicaine, le projet minier Romero est devenu en quelques semaines un symbole des tensions entre développement économique, exploitation des ressources naturelles et protection des territoires agricoles.

Dans un contexte de manifestations inédites, le président Luis Abinader a ordonné la suspension immédiate du projet porté par la société canadienne GoldQuest Mining. Une décision qui traduit la montée de la pression populaire autour des enjeux environnementaux dans la Caraïbe.

Un projet aurifère stratégique dans le sud-ouest dominicain

Le projet Romero prévoit l’exploitation d’un gisement d’or et d’argent situé dans la province de San Juan, dans le sud-ouest de la République dominicaine. Présenté comme un projet capable d’attirer des investissements et de générer des emplois, Romero s’inscrit dans la stratégie dominicaine de valorisation des ressources minières.

Le secteur minier représente déjà une activité importante pour l’économie dominicaine, notamment grâce à l’exploitation de l’or. Le pays accueille l’une des plus grandes mines aurifères des Caraïbes, ce qui renforce l’intérêt des investisseurs internationaux pour le territoire.

Le projet Romero était ainsi perçu par ses promoteurs comme une nouvelle étape dans le développement minier du pays.

Une mobilisation populaire d’une ampleur rare

Depuis plusieurs semaines, les opposants au projet multiplient les manifestations, marches et prises de parole publiques. Agriculteurs, habitants, organisations environnementales et acteurs religieux dénoncent les risques potentiels liés à l’exploitation minière.

Au cœur des inquiétudes : la préservation de l’eau et des terres agricoles de San Juan, une région considérée comme stratégique pour la production agricole dominicaine.

Les manifestants craignent que l’activité minière fragilise durablement les ressources hydriques et affecte les activités agricoles locales. Dans une île régulièrement confrontée aux effets du changement climatique, à la sécheresse et aux tensions autour de l’accès à l’eau, ces préoccupations trouvent un écho particulièrement fort.

La mobilisation apparaît comme l’une des plus importantes observées ces dernières années en République dominicaine sur une question environnementale.

Luis Abinader contraint de temporiser

Face à la montée de la contestation, Luis Abinader a choisi de suspendre immédiatement le projet Romero.

Cette décision illustre la sensibilité croissante des questions environnementales dans les sociétés caribéennes. Elle montre également les limites politiques auxquelles peuvent se heurter les grands projets extractifs, même lorsqu’ils promettent des retombées économiques importantes.

Le gouvernement dominicain cherche désormais à éviter une aggravation des tensions sociales dans un contexte où les enjeux environnementaux deviennent de plus en plus centraux dans le débat public régional.

Un débat plus large sur le modèle de développement caribéen

Au-delà du seul cas dominicain, l’affaire Romero relance le débat sur le modèle de développement économique dans la Grande Caraïbe.

Plusieurs territoires de la région sont confrontés à des arbitrages complexes entre exploitation des ressources naturelles, attractivité des investissements étrangers, souveraineté économique et protection des écosystèmes.

La suspension du projet Romero pourrait ainsi devenir un précédent observé de près dans d’autres pays caribéens confrontés à des projets miniers ou énergétiques controversés.

Mylène Colmar
Mylène Colmar

Journaliste, consultante éditoriale et éditrice en Guadeloupe. Caribbean blogger depuis 2007.