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Sandy Lawrence : « Il manque une vraie culture startup » en Guadeloupe


Souvenez-vous. J’ai publié un billet de blog intitulé « Combien y a-t-il de startups en Guadeloupe ? ». C’était une grande introduction à un dossier que j’espère alimenter au fur et à mesure, sur le long terme. Comme pour la fibre, je n’ai pas d’idées précises et ma motivation n’est autre que de comprendre, obtenir quelques réponses et partager le maximum d’informations.

La publication de mon billet a donné lieu à de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux, mais au final peu de réponses concrètes à mes questions. Heureusement, j’ai eu quelques échanges par la suite qui m’ont permis de guider mes recherches.

J’ai notamment discuté avec Sandy Lawrence, une Guadeloupéenne, créatrice de Blupéyi, un compte sur le réseau social Instagram qui met en avant des apps et startups de la Caraïbe. Elle m’a livré des informations pertinentes et je l’en remercie.

Sans plus attendre, voici l’essentiel de notre conversation en 7 points clés, à commencer par la définition de ce qu’est une startup.

1.

Innovation + évolution

« Une startup est une entreprise qui est scalable, c’est-à-dire qu’elle peut se développer très rapidement. Généralement, elle crée son propre marché, puisque ce qu’elle propose a un aspect innovant, donc qui n’existait pas vraiment. Les startups sont très souvent dans le digital, la technologie. »

 

2.

Le pourquoi de ce flou total

« Une startup peut évoluer assez rapidement, mais cela reste conditionnel. On a du mal à identifier des startups dans la Caraïbe française, car on n’en voit aucune qui se développe vite. Cela s’explique par l’absence d’outils qui permettraient qu’elles évoluent à la vitesse à laquelle elles le devraient. »

 

« Il manque de la structuration, des fonds, de l’accompagnement, de la culture autour des startups. »

 

3.

L’exemple édifiant d’Airbnb

« Je vais prendre un exemple que nous connaissons tous : Airbnb. Tout le monde est d’accord pour dire que ce fut une startup qui s’est développée à la vitesse grand V pour devenir aujourd’hui une entreprise reconnue. Toutefois, au départ, durant deux ans, le projet n’a pas du tout avancé. Les créateurs ont incroyablement galéré. Le développeur a même dû continuer à travailler à côté. Les deux autres se dépatouillaient comme ils le pouvaient ».

 

4.

Y Combinator, vous connaissez ?

Le changement pour Airbnb est survenu lorsqu’ils ont intégré un incubateur nommé Y Combinator, le meilleur au monde selon moi. Ils ont rencontré l’un des dirigeants de cet incubateur qui leur a expliqué réellement ce qu’ils devaient faire.

A noter qu’à leur entrée dans Y Combinator, les créateurs de Airbnb ont reçu 20 000 $ en échange d’une participation de 6% dans Airbnb. Ce procédé permet de s’installer et survivre à San Francisco, ville où se trouve l’incubateur, mais aussi où le coût de la vie est très élevé.

Par ailleurs, cet incubateur est extrêmement proche des fonds d’investissement, les investisseurs y viennent faire leur marché. Quand ces derniers rencontrent des créateurs, ils les conseillent, les accompagnent, avant même d’investir de l’argent. »

 

« Les startupers qui intègrent Y Combinator obtiennent un maximum d’informations, si bien qu’en en un an, ils passent d’une entreprise qui vaut quelques milliers d’euros à plusieurs millions, avec une notoriété qui fait toute la différence. »

 

« Tant que tu n’as pas l’accompagnement, la structure nécessaires, que tu n’es pas dans un environnement adapté, tu peux passer deux, trois, quatre ans sans que rien n’arrive. Cependant tu restes quand même une startup. »

 

5.

Matière grise incontournable

« Une startup est une entreprise qui, pour évoluer, a juste besoin de recruter les bonnes personnes. »

« La plupart des startups ne fonctionnent pas, non pas parce que le projet en lui-même n’était pas bon, mais parce que que le fondateur a abandonné pour x raisons : cela n’avance pas, il n’a pas trouvé les fonds, il ne trouve pas le bon produit… »

 

6.

Grande lacune culturelle

« Oui, il y a des startups en Guadeloupe (ndlr : Sandy Lawrence m’a d’ailleurs transmis une liste avec une vingtaine de noms). Toutefois, il manque une vraie culture startup. »

« Il y a de la bonne volonté, notamment d’Antillais qui retournent au pays et donnent des conseils dans leur domaine. Toutefois, il en faut un peu plus pour propulser nos startups. »

 

7.

Où trouver le nerf de la guerre ?

« Des personnes des Antilles ont gagné ou gagnent beaucoup d’argent. Par exemple, certains sportifs de très haut niveau, des artistes, qu’il faudrait aller chercher pour leur expliquer l’intérêt d’investir dans des startups. Autre solution : les fonds d’investissement, notamment ceux à Paris.

Néanmoins, avant de les contacter, il faut se renseigner sur la manière dont ils fonctionnent, notamment en faisant des recherches sur internet. »

 

Merci à Sandy Lawrence pour cet entretien et pour le travail qu’elle effectue afin de valoriser les startups et apps de la Caraïbe.

Photo de couverture : montage à partir d’un cliché de Sandy Lawrence. 

Commentaires (2)

  • Marc

    Il y a aussi ce culte de la personnalité qui s’exprime généralement de la façon suivante, c’est mon idée, c’est mon bébé je suis donc la bonne personne pour mener le projet à bien. Si cela s’avère vrai dans bien des cas (car on est suffisamment entouré ce qui ramène à ton article) nombre de projets meurent à cause de l’ego ou de la peur des dirigeants (le fameux on va me voler mon projet). Comprendre que parfois il soit plus profitable d’être un bon matelot plutôt qu’un piètre capitaine n’est pas chose aisée….et souvent quand cela devient une évidence il est trop tard.

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