Agriculture en Guadeloupe en 2025 : une dépendance alimentaire qui s’aggrave, malgré la reprise partielle

Le service statistique du ministère de l’Agriculture, Agreste, publie sa note de conjoncture annuelle pour la Guadeloupe 2025. Le document, établi par la Direction de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt (DAAF 971), dresse filière par filière un tableau contrasté de l’année 2025 : une météo moins hostile qu’en 2024, des signaux positifs dans plusieurs productions, mais une dépendance alimentaire extérieure qui s’aggrave.

Une météo plus clémente qu’en 2024, mais toujours capricieuse

Le point de départ du bilan est climatique. En 2025, la pluviométrie annuelle s’établit à 1 488 mm, soit un écart de seulement -70 mm par rapport à la normale, contre un excédent de +358 mm en 2024. La température moyenne annuelle est de 26,9°C, proche de la normale, après une année 2024 nettement plus chaude à 27,4°C. Cette accalmie relative a offert des conditions globalement plus favorables à l’agriculture guadeloupéenne.

Cependant, l’année n’a pas été sans aléas. La tempête tropicale Jerry, le 7 octobre, a apporté jusqu’à 200 mm de précipitations sur la Grande Terre, entraînant des pertes de récoltes dans neuf communes reconnues au titre des calamités agricoles. La DAAF prévoit une indemnisation de 800 000 euros via le Fonds de Secours pour l’Outre-Mer. Des pluies survenues entre le 3 et le 18 mai ont également donné lieu à une reconnaissance de calamité agricole, pour un montant total d’indemnisation de 65 000 euros répartis sur 13 dossiers.

Élevage : la filière porcine tire son épingle du jeu, les autres reculent

La production animale présente en 2025 un tableau majoritairement en retrait. La filière bovine enregistre une baisse de 2 % des volumes de carcasses abattues, aggravée par une chute de 3 % du poids moyen par carcasse, une conséquence directe de la dermatophilose, maladie bactérienne qui affecte les bovins et entrave leur locomotion. Les filières caprine et volaille reculent respectivement de 2,4 % et 5,1 %.

La filière porcine fait exception avec une progression de 15 %. Elle a cependant subi une perturbation logistique significative : la fermeture de l’abattoir de Sainte-Rose en juillet 2025 a contraint les éleveurs à rediriger leurs animaux vers l’abattoir du Moule, qui ne dispose pas des certifications permettant la valorisation en filière de qualité. Cette incapacité à certifier les porcs a pesé sur les perspectives économiques des producteurs. L’abattoir de Sainte-Rose a rouvert en février 2026, ce qui devrait normaliser la situation.

Par ailleurs, les éleveurs bovins touchés par la contamination au chlordécone ont bénéficié d’une aide de 210 à 250 euros par animal, sous condition de respect des consignes sanitaires de décontamination de SANIGWA.

Fruits et légumes : les prix à la production s’effondrent

Les prix des fruits et légumes affichent une tendance générale à la baisse en 2025, particulièrement marquée pour les légumes. Sur le marché de Gourdeliane, le prix moyen des légumes chute de 17 %, passant de 3,0 €/kg à 2,5 €/kg. Certains produits concentrent l’essentiel de cette chute : la salade, qui représente 6 % de la valeur totale des échanges sur ce marché, voit son prix baisser de 34 % ; la cive, pesant 9 % de la valeur totale, perd 35 %. Les fruits reculent plus modérément, de 9 % (de 2,7 à 2,5 €/kg). Seules les Plantes à Parfum, Aromatiques et Médicinales (PPAM) progressent légèrement, de 5 %.

Côté consommation, les Grandes et Moyennes Surfaces maintiennent le prix des fruits à 4,4 €/kg, mais baissent légèrement sur les légumes (-7 %, à 4,5 €/kg) et les PPAM (-8 %, à 19,2 €/kg). L’écart entre prix à la production et prix à la consommation reste considérable : les légumes vendus 2,5 €/kg à Gourdeliane se retrouvent à 4,5 €/kg en GMS.

La canne : reprise réelle mais incomplète

La campagne sucrière 2025 marque une reprise après une année 2024 particulièrement difficile. La surface récoltée progresse de 6 % et la production de sucre bondit de 67 % pour atteindre 32 765 tonnes. Ces chiffres flatteurs doivent être relativisés : la production reste inférieure de 21 % à la moyenne des dix dernières années. Le taux de richesse saccharine, bien qu’en hausse de 9 % sur un an, demeure 12 % en dessous de la moyenne décennale — les épisodes pluvieux ayant dilué la teneur en sucre des cannes.

Des contraintes industrielles ont par ailleurs bridé la reprise :

– pannes répétées liées à des difficultés du fournisseur de vapeur

– fin de campagne avancée au 11 juillet pour cause de travaux

– refus des opérateurs de coupe sur des parcelles trop enherbées.

Une aide nationale de 415 000 euros a été attribuée aux planteurs pour compenser ces pertes. La production de rhum, avec 77 958 hectolitres, reste stable par rapport à 2024, mais les exportations continuent de se contracter, de 4,6 % après -6,4 % l’année précédente.

Banane : légère embellie, valeur en hausse

La filière banane export affiche un bilan plus satisfaisant. Les volumes exportés progressent de 2 % pour atteindre 56 165 tonnes, et le prix du colis est revalorisé de 0,90 €, soit +6 %, à 15,8 €/colis. La valeur totale des exportations progresse ainsi de 8 %, à 48,9 millions d’euros, après un creux à 41,1 millions en 2024. Le calendrier d’exportation 2025 présente toutefois une saisonnalité atypique, avec un pic marqué en juin et un creux au troisième trimestre — conséquence directe du décalage des cycles de production provoqué par la tempête tropicale Ernesto en août 2024.

Souveraineté alimentaire : la dépendance s’aggrave

Le constat le plus préoccupant du rapport concerne les importations alimentaires. En 2025, les volumes importés de viande bovine, porcine et de volaille augmentent de 21,4 % en un an, atteignant 22 268 tonnes. La volaille importée bondit de 27 % (13 558 tonnes), la viande porcine congelée de 23 %.

Ce dynamisme des importations n’est pas corrélé aux seules évolutions de la production locale : le porc local progresse de 15 %, ce qui soulève la question structurelle de la concurrence entre produits importés et productions guadeloupéennes, dans un contexte de légère hausse de la fréquentation touristique (+2 %, avec 2,1 millions de visiteurs en 2025). Du côté des fruits et légumes, la progression des importations est plus limitée (+3,3 % au total), mais les légumes importés augmentent de 7,1 %, tirés notamment par les pommes de terre, non produites localement (+21 %).