La Grande Caraïbe décryptée depuis 2015

Trinidad-and-Tobago de retour au Conseil de sécurité de l’ONU après 40 ans d’absence
Le 3 juin, l’Assemblée générale des Nations Unies a élu Trinidad-and-Tobago membre non permanent du Conseil de sécurité pour la période 2027-2028. C’est la première fois depuis 1985-1986 que cet État caribéen accède à ce siège prestigieux. Les chefs de gouvernement de la CARICOM ont immédiatement salué l’événement dans un message commun. Retour sur une élection qui dépasse les frontières de Port-of-Spain.
Last night, the UN General Assembly elected five non-permanent members of the Security Council for a two-year term – beginning on 1 January 2027 :
— United Nations Geneva (@UNGeneva) June 4, 2026
Austria 🇦🇹
Portugal 🇵🇹
Trinidad and Tobago 🇹🇹
Zimbabwe 🇿🇼
Kyrgyzstan 🇰🇬 pic.twitter.com/4BMMAlAZFY
40 ans d’absence, un retour remarqué
La dernière fois que Trinidad-and-Tobago siégeait au Conseil de sécurité des Nations Unies, Ronald Reagan était à la Maison Blanche, Mikhail Gorbatchev venait de prendre la tête de l’URSS. C’était en 1985-1986. 40 ans plus tard, Trinidad-and-Tobago retrouve un siège au cœur de l’instance la plus puissante du système multilatéral mondial.
L’élection s’est tenue lors d’un vote de l’Assemblée générale des Nations Unies le 3 juin 2026. Le soutien obtenu par Trinidad-and-Tobago a été qualifié d’écrasant par la Communauté caribéenne (CARICOM) dans son message de félicitations. Ce résultat témoigne d’un travail diplomatique soutenu mené par Port-of-Spain auprès des États membres, et d’une crédibilité internationale construite sur la durée.
🇹🇹 🇺🇳 After 40 years, T&T is back at the United Nations Security Council.
— United Nations Trinidad and Tobago (@UN_TandT) June 3, 2026
Today, the UN General Assembly elected T&T as a non-permanent member of the Security Council for 2027–2028 – the first time since 1985-1986.
🎊Congratulations to the Government and people of T&T! pic.twitter.com/EO0jmmPmA0
La CARICOM fait bloc derrière Trinidad-and-Tobago
La réaction de la Communauté caribéenne ne s’est pas fait attendre. Les chefs de gouvernement de la CARICOM ont publié dès le 3 juin un message commun de félicitations, soulignant que cette élection constituait un moment de fierté non seulement pour Trinidad-and-Tobago, mais pour l’ensemble de la région caribéenne. Le bloc régional a également indiqué se tenir prêt à collaborer activement avec Trinidad-and-Tobago pour faire valoir les intérêts collectifs de la Caraïbe au sein du système onusien pendant toute la durée du mandat.
Cette solidarité affichée n’est pas que rhétorique. Elle traduit une stratégie diplomatique bien rodée au sein de la CARICOM : utiliser chaque opportunité d’accès aux instances internationales pour amplifier la voix collective des petits États insulaires, structurellement sous-représentés dans les cercles de décision mondiale.
Porter la voix des îles là où se décide la paix
Ce que la CARICOM attend précisément de Trinidad-and-Tobago au Conseil de sécurité est clairement articulé dans son message : porter les perspectives spécifiques des petits États insulaires et États côtiers de faible altitude. Derrière cette formulation diplomatique se trouvent des enjeux existentiels pour des millions d’habitants de la Caraïbe et du Pacifique : montée des eaux, intensification des ouragans, érosion côtière, insécurité alimentaire, vulnérabilité aux chocs climatiques.
Que ces enjeux soient explicitement mentionnés dans le contexte d’une élection au Conseil de sécurité, instance historiquement centrée sur la sécurité militaire et géopolitique,n’est pas anodin. Cela reflète un combat de longue haleine mené par les États insulaires pour faire reconnaître les menaces climatiques comme des menaces à la paix et à la sécurité internationales au sens plein du terme. Plusieurs petits États du Pacifique et de la Caraïbe plaident depuis des années pour que le Conseil de sécurité s’empare formellement de cette question, jusqu’ici traitée principalement dans le cadre des négociations climatiques de la CCNUCC.
Un poids lourd de la diplomatie caribéenne
Cette élection confirme le statut particulier de Trinidad-and-Tobago dans le concert caribéen. Plus grande économie de la Caraïbe anglophone, producteur significatif d’hydrocarbures, membre fondateur de la CARICOM en 1973, Trinidad-and-Tobago dispose d’une expérience diplomatique, d’un réseau international et de ressources financières qui la distinguent de la plupart de ses voisins insulaires.
Le pays a par ailleurs développé au fil des décennies une tradition d’engagement multilatéral solide, notamment sur les questions de droit international, de désarmement et de justice internationale. En effet, Trinidad-and-Tobago est l’un des États à l’origine de la création de la Cour pénale internationale, dont le Statut de Rome a été en partie inspiré par une initiative caribéenne.
Pour la période 2027-2028, Trinidad-and-Tobago occupera l’un des dix sièges de membres non permanents du Conseil aux côtés des cinq membres permanents : États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni. Dans un contexte international marqué par les tensions au Moyen-Orient, la guerre en Ukraine et les fractures croissantes du multilatéralisme, la présence d’une voix caribéenne à cette table prend une résonance particulière.
