La Grande Caraïbe décryptée depuis 2015

Guadeloupe : en 2026, une économie qui résiste, des secteurs dans une passe difficile, selon l’IEDOM
L’Institut d’Émission des Départements d’Outre-Mer (IEDOM) publie ses tendances conjoncturelles pour le premier trimestre 2026 en Guadeloupe. Ce document trimestriel, établi à partir des enquêtes de conjoncture auprès des chefs d’entreprise et de données douanières, fiscales et financières, dresse un tableau nuancé : le climat des affaires s’améliore, mais la demande intérieure reste atone et plusieurs secteurs traversent une passe difficile.
Un climat des affaires au-dessus de sa moyenne historique
L’indicateur du climat des affaires (ICA) atteint 105,8 points au premier trimestre 2026, en progression de 1,5 point sur le trimestre, après déjà +2,8 points au trimestre précédent. Il se maintient ainsi au-dessus de sa moyenne de longue période, fixée à 100.
Cette orientation favorable repose sur deux facteurs principaux : une activité globalement stable et une amélioration des délais de paiement qui contribue à détendre les trésoreries. Le signal le plus frappant concerne les impayés sur effets de commerce, qui chutent de 35,2 % en glissement trimestriel, après un recul déjà notable de 6,5 % au trimestre précédent.
La dynamique de création d’entreprises reste soutenue avec 1 553 nouvelles immatriculations au premier trimestre, en hausse de 4,9 %, tirées principalement par les microentreprises. Ce chiffre contraste toutefois avec un niveau de défaillances toujours élevé, qui ne recule que de 1,2 % sur le trimestre.
L’inflation guadeloupéenne, nettement inférieure à la moyenne nationale
L’indice des prix à la consommation progresse de seulement 0,3 % sur trois mois en Guadeloupe, après +0,6 % au quatrième trimestre 2025 et très loin des +1,3 % enregistrés en France métropolitaine sur la même période. Le recul des prix de l’énergie (-4,5 %) est le principal facteur de cette modération. Les prix des services (+1,3 %) et des produits manufacturés (+0,3 %) évoluent plus modérément. L’IEDOM signale toutefois une remontée des prix de l’énergie en fin de trimestre, susceptible de se propager au cours des prochains mois.
Les ménages se serrent la ceinture
Malgré des importations de biens de consommation en hausse, l’IEDOM interprète ces chiffres avec prudence : il s’agirait davantage de reconstitutions de stocks après les fêtes que d’un regain de demande. Les chefs d’entreprise du commerce confirment que les niveaux de stocks sont supérieurs à la normale.
Les indicateurs financiers sont plus explicites. Le recours au crédit à la consommation recule de 1,1 %, les ménages mobilisant leur épargne disponible : les dépôts à vue baissent de 2,1 % et les placements liquides de 1,9 %. Le signal le plus préoccupant reste la hausse de 24,1 % du nombre de dossiers de surendettement par rapport à un an plus tôt, une donnée qui illustre la fragilité budgétaire d’une partie significative de la population.
BTP et commerce en retrait, tourisme résistant, automobile en rebond
Le BTP paie le prix de l’achèvement de plusieurs grands chantiers fin 2025. Le chiffre d’affaires du secteur recule de 6,5 % sur un an, et les attestations de conformité électrique s’effondrent de 35,6 %. Les perspectives à moyen terme sont cependant soutenues par un carnet de commandes public substantiel :
- extension du port de Jarry, déviation Boucan/Sainte-Rose,
- plan Eau
- nouvelle unité géothermique à Bouillante
- construction des maisons d’arrêt de Basse-Terre (44,5 M€) et de Baie-Mahault (43,7 M€), modernisation de l’aéroport.
Les permis de construire repartent à la hausse (+23,9 %), laissant entrevoir un redressement dans les prochains trimestres.
Le commerce général demeure atone, avec un chiffre d’affaires en recul de 1,1 %, des stocks supérieurs à la normale et des délais de paiement qui se dégradent. Les recettes d’octroi de mer baissent de 8,1 % pour s’établir à 87,1 millions d’euros.
Seule exception notable dans ce secteur : le marché automobile, avec 3 300 immatriculations de véhicules neufs, en hausse de 9,1 %. Le tourisme, lui, résiste mieux qu’attendu. Le trafic de passagers à l’aéroport recule légèrement de 2,0 %, mais le chiffre d’affaires de l’hébergement-restauration progresse de 1,7 %, soutenu par l’attractivité du carnaval et la bonne tenue de la saison des croisières.
La Caraïbe dans un contexte mondial sous tension
L’IEDOM consacre une section à l’environnement régional et international.
Selon la CEPALC, la région caribéenne devrait afficher une croissance de 8,2 % en 2026, un chiffre trompeur, quasi intégralement porté par l’essor pétrolier du Guyana. Hors Guyana, la croissance régionale passerait de 1,9 % en 2025 à 1,8 % en 2026, reflétant la fragilité structurelle d’économies insulaires exposées aux chocs climatiques, dépendantes du tourisme et des importations. L’ouragan Mélissa illustre cette vulnérabilité, avec des dégâts équivalant à 30 % du PIB jamaïcain. Le phénomène El Niño, attendu à partir de mi-2026, fait peser un risque supplémentaire sur les secteurs agricoles et énergétiques.
À l’échelle mondiale, le FMI anticipe une croissance de 3,1 % en 2026, plombée par la crise au Moyen-Orient et ses effets sur les prix de l’énergie et le commerce international. La zone euro voit ses perspectives limitées à 1,1 %, et la France à 0,9 % selon la Banque de France. Ces dynamiques pèsent inévitablement sur une économie guadeloupéenne dont les échanges extérieurs reculent déjà : les exportations hors produits pétroliers baissent de 7,7 % et les importations totales de 1,3 % sur le trimestre.
